20 ans de musiques d’ailleurs et d’ici

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Vingt ans de travail pour l’hybridation des cultures. C’est ce que représente le festival Villes des musiques du monde. Cette année un prix des musiques d’ici a été créé, en lien avec six régions françaises.

Croisière musicale Nouvelle-Orléans sur le canal de l’Ourcq, fanfare klezmer à Drancy ou bal tango à Aulnay sous- Bois… Depuis sa création à Aubervilliers en 1997, Villes des musiques du monde, qui fête ses vingt printemps cette année, a su s’ancrer durablement dans le 93. « A l’époque ça s’appelait Aubervil’ des musiques du monde », se souvient Kamel Dafri, le fondateur du festival. « A partir de l’an 2000, l’association avec la ville de la Courneuve a donné une nouvelle impulsion. Aujourd’hui le projet s’est largement développé sur tout le département. » Dès le départ le pari des organisateurs est d’envisager la diversité culturelle de ces villes de Seine-Saint-Denis comme une richesse à partager, non un handicap. « Ce festival célèbre l’accueil, le vivre ensemble au coeur des réalités de nos villes », estime Kamel Dafri. « On considère les musiques dans leur globalité : pas les musiques urbaines d’un côté, ou « traditionnelles » de l’autre.»

Le prix des musiques d’ici

C’est pour donner un autre relief à cette « notion assez abscons de musiques du monde » – dixit Kamel Dafri-que le Prix des musiques d’ici a été créé. « Toutes ces musiques ont été introduites dans l’espace culturel français par trois générations d’enfants d’immigrés nées sur le territoire. Aujourd’hui elles font partie du patrimoine. » Pour Benjamin Minimum, ex-rédacteur en chef de Mondomix et compagnon de route du festival, le concept de world music est dépassé car il est circonscrit à un mouvement de la fin des années 1980 à la fin des années 1990 : « Chaque musique possède sa terminologie propre. Qu’y a-t-il de commun entre les musiques traditionnelles du Sahel et l’electro brésilienne ? La sincérité de la démarche. On pourrait presque parler de musique écologique. Ces musiques nous apprennent des choses sur la façon sincère qu’a un artiste de s’exprimer en mettant à l’intérieur de son art la culture variée qu’il s’est forgée. » Historienne, spécialiste de l’immigration maghrébine, co-conceptrice du spectacle Barbès café, Naïma Yahi fait partie du jury de ce Prix des musiques d’ici, composé d’une trentaine de chercheurs, producteurs, et journalistes. Selon elle, l’idée de musiques du monde se base trop souvent sur un prisme quasi « ethnologique ». « On a toujours tendance à vouloir chercher des musiques du monde dans les pays d’origine, au fin fond du désert ou dans des contrées lointaines en Équateur, estimet- elle. à côté il y a presque du mépris pour celles et ceux qui venant de là-bas, créent à partir d’ici. Comme ce voisinage musical n’était représenté par aucune catégorie, ce prix a tout son sens. » Aussi pour cette édition, outre les têtes d’affiche comme les Américains d’Abraham Inc, le Colombien Toto Marenco, la diva malienne Oumou Sangaré, ou l’Orchestra Baobab sénégalais, l’un des événements du festival est le retour en France du groupe Raïna Raï. « C’est typiquement un groupe de diaspora, rappelle Naïma Yahi. Il a été créé dans les années 1980 par des étudiants algériens de l’université Paris 8 Vincennes, les premiers à avoir connu de grands succès avec le raï en France. Ils ne s’y sont pas produits depuis une quinzaine d’années.»

Un réseau de capteurs

En amont de cette édition l’équipe du festival a travaillé avec un réseau de « capteurs de talents » sur six régions : Île-de- France, Normandie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne. « L’idée c’était de détecter des groupes issus des diasporas musicales », raconte Kamel Dafri. « Après une première sélection, il restait une quarantaine de projets, pour arriver à huit finalistes : du gnawa rock, de la musique chinoise mélangée avec de la musique auvergnate, un trio turc traditionnel de Normandie…. C’est une représentation nouvelle des musiques de France. » Comme ces artistes sont généralement peu accompagnés par les circuits artistiques, le festival propose aux finalistes des premières parties sur des dates parisiennes de Marcus Sacramento, Rona Hartner ou encore Roger Raspail. Les quatre lauréats bénéficieront d’un accueil en résidence et d’une campagne de diffusion dans les six régions concernées.

Quand et où ?
Le festival Villes des Musiques du monde se tient du 13 octobre au 12 novembre 2017 dans le 93 et le Grand Paris.
Plus d’infos :
villesdesmusiquesdumonde.com

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2 commentaires

  1. Belle initiative! La musique africaine est tellement riche et diversifiée qu’elle devrait être beaucoup plus promue sur les ondes. Malheureusement la musique anglo-saxonne prend toute la place (sur les radios généralistes tout du moins).

  2. Vraiment d’accord avec Gatien : dommage que nous en France, nous ne soyons pas d’avantage familiarisés avec la diversité de la musique africaine. Il faut toujours plus d’initiative !