Au-delà de la peine

D'Osvalde Lewat

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Des prisons camerounaises, nous avions les terribles images du Chef ! de Jean-Marie Teno. C’est ici en s’attachant à l’incroyable destin du plus vieux prisonnier du Cameroun que la journaliste Osvalde Lewat, dont c’est le quatrième film, décrit le système pénitenciaire de l’intérieur. Pour avoir fait des faux papiers d’état civil, le sculpteur Pierre Owono, alors âgé de 25 ans, se trouve par une bureaucratique accumulation de peines condamné en 1969 à être emprisonné jusqu’en 2028 : il n’en serait sorti qu’à 84 ans. Lorsque la réalisatrice le rencontre, il en a déjà 58 et 33 ans d’emprisonnement. Sans argent pour graisser la patte des magistrats, il restait oublié…
Une double approche se superpose et s’entremêle alors : un édifiant témoignage sur la vie carcérale et la tentative de percer le mystère d’un homme non dénué d’ambiguïtés qui tout en se distinguant comme un fervent animateur de la messe catholique a su faire les compromis nécessaires à sa survie dans un système corrompu et violent. C’est bien sûr ce qui permet au film de dépasser un accablant état des lieux pour trouver une remarquable dimension humaine. La voix de Pierre Owono s’inscrit ainsi en commentaire intérieur des images forcément distanciées et partielles d’une réalité aussi complexe.
Lorsqu’à la faveur d’interventions extérieures et non de ses trois tentatives d’évasion, Owono sort enfin de la prison, cette réalité le rattrape une fois de plus : son retour au village est un échec. Le poids du temps n’a pas joué en sa faveur et sa femme ne veut pas de lui. Accablé par une liberté retrouvée si tard, Owono se voit perdre sur tous les fronts. C’est l’amère conclusion d’un film sensible et sans pancarte, mariage réussi d’investigation journalistique et d’un regard très humain posé sur son sujet.

///Article N° : 3348

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