Bamako 2000 : la percée internet

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A Bamako, la Rencontre des Passerelles du Développement sur l’internet en Afrique a mobilisé plus que prévu : le palais des congrès pris d’assaut par 2000 participants au lieu des 300 prévus au départ ! Notre numéro 23 de décembre avait documenté les problématiques et donné la parole aux acteurs africains de l’internet. Bamako 2000 aura été une importante occasion d’approfondissement et de rencontres.

Le jury (dont faisait partie Africultures) du premier concours Alcatel de réalisations dans le domaine des nouvelles technologies a attribué :
– Le prix des passerelles technologiques à Laurent Bourbeau (Québec) pour le développement de progiciels de traitement techno-linguistique (www.progiciels-bpi.ca) qui permettent la mise en dictionnaire puis la traduction de langues africaines.
– Le prix des passerelles sociales au projet Bombolong porté par ENDA-Cyberpop (www.enda.sn/cyberpop) qui travaille à l’utilisation et l’appropriation de l’internet par les organisations populaires au Sénégal.
– Le prix des passerelles culturelles au Système d’Information Urbain Populaire (SIUP) de Yoff (Sénégal, www.siup.sn) qui vise à renforcer les capacités de planification et de gestion des collectivités locales et d’améliorer les flux d’informations entre les élus, les services techniques, les associations de base et les citoyens.
– et un Prix spécial du jury : le projet APICA du Cameroun (www.africadev.net) qui organise entre les artisans des échanges de savoir-faire.
Avant de se regrouper pour une conférence sur internet et le plurilinguism, les participants à la Rencontre (21-25 février) ont travaillé trois jours en ateliers sur la télésanté, le commerce électronique, la cyber-citoyenneté, le développement durable, les femmes, les droits de l’homme, la formation et la recherche, les médias, l’accès collectif et l’appropriation sociale des NTIC, les nouvelles régulations et les codes éthiques.
Les ateliers ont défini leurs recommandations et c’est sans doute là l’essentiel car ils sont partis des expériences concrètes. Leurs propositions ne sont pas à prendre à la légère car c’est en définitive tout simplement la présence de l’Afrique dans la société de l’information qui est en jeu. Tous insistent donc auprès des gouvernements pour obtenir la levée des obstacles financiers qui font de l’Afrique le continent le plus cher pour accéder à internet : droits de douane exorbitants sur les matériels informatiques, coûts d’accès et de télécommunications… Comment dans un tel contexte envisager le développement d’une infrastructure informatique alors même que l’on se pose en Afrique comme ailleurs la question du commerce électronique ?
Bien sûr, ce nouveau pouvoir d’information et de savoir que représente internet n’échappe pas aux promoteurs des droits de l’homme comme outil de sensibilisation et de témoignage échappant aux restrictions locales. La mise en réseau apparaît à tous comme fondamentale pour assurer la circulation de l’information et la dynamisation des actions. Mais l’accent est mis sans cesse sur le respect de la diversité, notamment entre les continents : Bamako 2000 aura été une belle occasion pour les acteurs du Sud de rappeler à ceux du Nord qu’ils n’ont pas forcément les mêmes méthodes, les mêmes rythmes, les mêmes priorités.
C’est dans cette perspective que se pose la question du retard de l’Afrique : bien sûr, sur le plan de l’informatisation et de la numérisation des résultats de la recherche et des programmes éducatifs, le retard est immense et l’Afrique risque bien de se voir imposer de l’extérieur les méthodologies et les modes de pensée occidentaux véhiculés dans les grandes langues de communication. C’est en tablant sur la formation et l’éducation, nerfs de la guerre en la matière, que la société civile africaine pourra opérer une nouvelle donne. Pour les médias, l’accès à l’internet est fondamental : ouverture à une information mondiale, présence de l’Afrique sur la toile mondiale. Mais là encore, tout est affaire de formation.
Le dossier Africultures l’avait montré : l’Afrique dispose comme avec le réseau Anaïs de formateurs hyper-compétents – point n’est besoin d’aller chercher au Nord ce que le Sud comporte déjà. Ces formateurs dotés de moyens suffisants feront sans peine de nombreux enfants. C’est donc davantage en termes de politique nationale et de moyens que se pose la question du retard. S’appropriant l’outil, l’Afrique pourra s’approprier les contenus et notamment insérer les langues locales et des moyens multimédias plus adaptés à une population souvent encore analphabète ou peu scolarisée.
Surréaliste ? Non, des expériences l’ont démontré : l’appropriation de l’outil internet par des communautés marginalisées leur ouvre des perspectives immenses d’ouverture au monde et d’affirmation. L’ouverture au monde, le décloisonnement : c’est le leitmotiv des jeunes en mal d’éducation et de formation. Le salon des nouvelles technologies qui, vu l’affluence, fut finalement ouvert au public durant toute la Rencontre, a vu des milliers de jeunes venir se faire initier au courrier électronique qui leur permettra de correspondre avec des correspondants du monde entier.
Car c’est bien la dimension planétaire de l’internet qui ouvre les perspectives : les femmes ne s’y trompent pas qui l’utilisent comme outil de lobbying au niveau international par les ONG et les associations féminines. Elles se battent bien sûr au niveau local pour que les femmes puissent accéder aux formations souvent trop réservées aux hommes. L’accès à internet reste ainsi une revendication générale, qui pose la question de la rentabilité des centres d’accès communautaires pour assurer leur généralisation. C’est en fait à l’émergence générale d’une industrie des nouvelles technologies qu’a appelé la conférence – et donc aux mesures la permettant – pour permettre la généralisation de l’outil. Ce n’est qu’ainsi que les banques de données seront accessibles et se développeront, ces outils de partenariats qui existent déjà par exemple au niveau des médias (journaux et radios) grâce à des ONG actives comme Panos ou Enda.

Sur www.bamako2000.org lire le bilan, les recommandations des ateliers et la déclaration finale. ///Article N° : 1331


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