Le but de Roberto Carlos. Mis en scène par Hassan Kassi Kouyaté

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Le Tarmac accueille du 17 au 20 mai, Le but de Roberto Carlos. Le texte de Michel Simonot sur la multiplication des murs contre l’immigration est ici adapté par Hassan Kassi Kouyaté, directeur du Tropique Atrium – Scène nationale de Martinique. La pièce nous présente les turpitudes de ces aventuriers de l’extrême devenus pions du jeu mortifère et lucratif de la fermeture des frontières.

Il était une fois une parabole. Celle dessinée par la trajectoire du ballon, frappé par le Brésilien Roberto Carlos, un soir de juin 1997 au Stade de France. Fabien Barthez, le gardien de l’équipe de France protège physiquement la partie droite de son but tandis qu’un mur de joueurs protège le reste de la cage. Roberto Carlos parvient tout de même à tromper la vigilance du portier en frappant, de l’extérieur du pied gauche, la balle qui contourne le mur avant d’embrasser les filets. En utilisant cette image tirée d’un match de football historique qui opposa la France et le Brésil, Michel Simonot publie en 2013 le texte Le but de Roberto Carlos. Mis en scène, en 2017, par Hassan Kassi Kouyaté, il rend compte des frontières devenues murs que franchissent pourtant tous les jours, au risque de leur vie, des centaines d’Africains, de ressortissants du Proche Orient, des Mexicains et autres damnés de la terre.

Blind

Sur scène, Ruddy Sylaire vêtu tout en blanc incarne avec brio un aventurier africain à l’âge neutre, hors du temps et de l’espace et sur lequel des décors sont projetés. Tantôt un paysage désertique, tantôt une mer agitée ou des barbelés. Engagé, depuis un temps non-défini, sur un chemin dont il est déterminé à sortir victorieux ou mort, le personnage principal tente de rejoindre ce qu’il imagine un eldorado. « J’ai entendu dans ce texte, des choses dont on ne parle pas concernant l’immigration. On parle de ceux qui meurent en mer mais on ne parle pas du trajet accompli en amont. On est venu chez certains d’entre eux pour leur mettre des idées dans la tête comme ce jeune homme – interprêté par Ruddy Sylaire- à qui on a dit : ‘’Tu tires aussi bien que Roberto Carlos’’ », justifie le metteur en scène. La pièce donne voix et chair aux rêves et aux espoirs de ces fantômes réduits communément à des images ou à des chiffres. Et elle montre par ce trajet emprunté par cet homme, le cercle infernal dans lequel les migrants entrent avant même leur départ. Une machinerie économique dont les misérables sont le carburant. Les passeurs et les policiers sont grassement rémunérés par les voyageurs qui, une fois fauchés, deviennent une main d’œuvre bon marché pour les employeurs de la région. Le cynisme de ce système fait que les migrants travaillent à l’élévation de murs de plus en plus grands et de plus en sophistiqués destinés à leur barrer la route.

(c) Blind

La langue du texte, « casse les codes de la grammaire française, affirme le metteur en scène. On y entend des phrases sans verbes mais aussi  des traductions presque littérales des langues africaines ». La musique traditionnelle mandingue composée par Tom Diakité accompagne le récit, alimentée par le chant, le ngoni et la flûte peule. Elle épouse à merveille la tragédie, particulièrement la scène d’ensablement d’une femme tuée par un sniper invisible. La chanson « Saya » illustre la mort de centaines  de milliers de personnes tombées laissant leurs proches dans l’ignorance de leur sort. Des morts qui ne minent pas la détermination des aventuriers.  « Même s’ils élèvent un mur de la terre au ciel, nous creuserons le ciel pour trouver un passage » expliquait un jour un immigré à Hassan Kouyaté.

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