Cinéma/TV

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Bruxelles, juin 1997

Peux-tu dire aujourd’hui que l’Afrique australe est une alternative valable aux difficultés rencontrées en Afrique de l’Ouest ? Oui, dans la mesure où nos expériences peuvent se compléter : ils ont par exemple développé la musique et le jeu des comédiens durant la résistance à l’apartheid. La langue est aussi un atout : l’anglais est un vécu dès la naissance alors qu’en Afrique de l’Ouest, le français s’apprend sept ou huit ans à l’école. Cela donne une facilité d’expression et d’élocution que nous n’avons pas lorsque nous faisons nos films en français : nous n’échappons pas à une certaine théâtralité. Lorsque nous les faisons…

De Mahmoud Zemmouri

Mahmoud Zemmouri aime se moquer pour interroger l’actualité. Dès sa première fiction, Prends dix mille balles et tire-toi (1981), il adoptait le comique pour dénoncer les conséquences de la politique du gouvernement français qui offrait 10 000 F aux émigrés désirant retourner  » dans leur pays « . Les folles années du twist (1983) dépeignait la guerre de Libération de l’Algérie comme une farce bruyante. Et le tournage de De Hollywood à Tamanrasset (1990) failli être interrompu par les interventions parfois violentes des fondamentalistes musulmans. 100 % Arabica joue sur la même corde pour décrire le bouillonnement d’un quartier de banlieue parisienne. La musique…

De Jacques Dubuisson

Une légende ? Quelle légende ? Son père touareg fait découvrir à Khénan, son fils de 11 ans qui a toujours vécu à Paris, sa famille d’origine, dans les sables du Niger. Khénan est déboussolé par la perte récente de sa mère française et s’initie au mode de vie et de penser d’une famille qu’il ignorait. Grand-père initiateur, jolie cousine, pratiques solidaires dans le désert, échanges réduits à des regards ou à des gestes, caravanes… Khénan voit la mort sous un autre angle. Le film cherche à respecter une culture que nous découvrons avec Khénan selon un procédé narratif éculé. Mais c’est…

De Dani Kouyaté

Dani Kouyaté ne manque pas d’air : pour son premier long métrage, il adapte la légende mandingue la plus célèbre d’Afrique francophone, celle que bien des cinéastes rêvent de faire le jour où ils en auront les moyens : Soundjata. Et cela avec un budget dérisoire. Catastrophe ? Aucunement ! Keïta est un film attachant, profond, sensible et tout à fait abouti. Marqué par la qualité d’interprétation de Sotigui Kouyaté, père de Dani, il joue sur un va-et-vient où il puise sa force et sa légitimité. Ce griot se rend en ville pour raconter au jeune Mabo Keïta l’origine de son nom, ce qui…

Cannes, mai 1997

Dans Buud Yam, quel lien fais-tu entre le sacrifice de la mère puis de son fils et le destin ? C’est à travers sa mère que Wend Kuuni perçoit la vie puisqu’il n’a qu’une moitié de filiation : il n’a pas connu son père et sa mère a refusé de se soumettre à la coutume qui veut qu’elle se remarie à un membre de la famille de son mari supposé être mort à la chasse. Sans défense ni attache, on la traite de sorcière et on la chasse. Ce coup du destin, cette iniquité la dépasse : elle se laisse mourir. Sa mort…

De Youssef Chahine

 » Ils  » ont interdit L’Emigré. Sous prétexte qu’il représentait un prophète. Et Chahine de leur répondre d’un grand coup d’irrévérence, par un film magistral contre l’intégrisme et l’intolérance. Le Destin, situé au 12° siècle en Andalousie arabe, est un tourbillon épique foisonnant d’allusions au temps présent comme à l’Histoire, une révolte contre l’obscurantisme, un bouillonnement où Chahine est au plus fort de son style, alliant souffle hollywoodien (où il a étudié) et grouillement humain de ses sources : l’âge d’or du cinéma populaire égyptien alliant comédies musicales et mélos sociaux. C’est en jouant ainsi sur la magie du spectacle autant que sur…

 » On arrondit la bouche avant de siffler  » proverbe congolaisAu dernier festival de Cannes, un film de trois minutes, expression du mouvement des sans-papiers, était souvent projeté en début de séance à la Quinzaine des Réalisateurs, et vigoureusement applaudi. Cet intérêt pour des Noirs luttant pour leur intégration dans la société française a contrasté avec le désintérêt manifesté pour les films issus de leur culture d’origine qui furent souvent ignorés ou peu appréciés par les critiques. Un mot revient comme un leitmotiv sous leur plume : la  » naïveté « . Quelle est donc cette naïveté qui crée la différence ? Le Robert en donne deux…

Cannes mai 1997

Quels sont tes critères d’analyse en tant que critique africain ? Je ne fais pas la différence entre film africain ou non : je ne vois qu’une œuvre. Pour lire le film, je n’ai pas de critère pré-défini. Je me laisse guider comme un spectateur normal, mais avec une distanciation. C’est après coup que j’essaye de voir au niveau du langage symbolique utilisé par le cinéaste quel appareillage critique je peux appliquer pour mieux disséquer l’œuvre. Tout me sert. Je suis frappé à quel point tu utilises dans tes écrits la musique, le jeu des acteurs etc. plutôt que la seule thématique.…

Ouagadougou, février 1997

Quel état des lieux ferais-tu de la critique africaine aujourd’hui ? Trois types de critiques se côtoient : la critique quotidienne, les universitaires et les journaux spécialisés. La critique quotidienne est prise en charge par des journalistes culturels travaillant dans la presse quotidienne et qui, sans être des spécialistes, rendent compte des événements (tournages, soirées de gala ou projections de presse). Le film n’est donc vu qu’une fois, parfois non accompagné de documentation, et après la projection, il faut faire le papier pour l’édition du lendemain ou du surlendemain. Dans les année soixante et une bonne partie des année soixante dix, les…

Milan, mars 1996

Comment te situes-tu dans la critique africaine ? Les premières réflexions sur le cinéma africain sont venues de critiques occidentaux. Le manque de formation et le peu d’occasions de voir des films ont fait que les cinéastes n’ont pas été confrontés à une critique africaine. Ce sont ainsi davantage des journalistes de cinéma que des critiques qui se sont exprimés. Je suis venu à la critique par le journalisme et en suivant l’Inafec, l’école de cinéma de Ouagadougou. Au cours de mes études de journalisme, je me suis spécialisé sur le cinéma en créant un ciné-club et en rédigeant ma thèse…

De Mohamed Zran

 » Regarde nous tels que nous sommes pour être mieux que ce que nous sommes « . Essaïda s’ouvre sur cet encart : tout un programme. Avec autant de force que de subtilité, il le remplit bien. Cela commence sur la crise d’Amine, un peintre qui bloque dans sa création. Un jeune adolescent, Nidal, rencontré dans la rue le frappe par ses attitudes et sa vitalité. Il le suit jusque chez lui, à Essaïda. Regard d’un peintre sur un gamin et sur un quartier, regard intérieur d’un aveugle sur le monde, regard d’un cinéaste qui sait avec finesse jouer avec les métaphores pour saisir…

Ouagadougou, février 1997

A quoi attribues-tu le succès de ton film en Tunisie ? Je crois qu’il est sincère et qu’il est proche de la jeunesse et des gens, qu’il les respecte et reflète leur environnement. Je cherche à ne pas faire un cinéma décalé. Ils se sont vus tels qu’ils sont, comment ils marchent, comment ils parlent, sans cliché ni préjugé. Certaines images m’ont rappelé des films d’Ozu, avec une caméra proche du sol et jouant sur la symbolique des traits… J’aime filmer mes personnages avec une caméra tirant légèrement vers le sol car, d’une part, filmer les gens en se plaçant un…

De Ramadan Suleman

Cela commence par un panoramique magnifique sur les toits de Charterston (ghetto noir de Nigel) noyés dans le petit matin et dont les fumées des cheminées suivent la même oblique. Cette impression ne nous quittera pas. Ce film est tout sauf carré, froid, objectif. Il n’est pas le reportage qu’attend le spectateur occidental sur l’apartheid et il n’est surtout pas l’éternel conflit entre le diabolique Blanc et le magnifique Noir régulièrement livré par Hollywood à un monde soucieux d’expurger la culpabilité de sa complicité notamment économique avec un régime extrême. Ramadan Suleman a choisi une nouvelle de Njabulo Ndebele pour…

Je suis frappé à quel point votre film représente un travail de deuil sur l’intégration de la violence dans une société de violence… J’habite en France depuis dix ans, mais pour m’intéresser à son histoire, je ne dispose pas de la critique ouverte que je peux par exemple trouver aux Etats-Unis à propos de la guerre du Viêt-nam. Les cinéastes français n’ont jamais fait un film sur la Commune de Paris ! Quand Rohmer tourne à Barbès, il n’arrive pas à intégrer un immigré dans ses images… L’Afrique du Sud est dominée par la haine. Avec Fools, j’ai voulu dire qu’on…

De Jean-Marie Teno

Clando : clandestin. Anatole l’est comme chauffeur de taxi à Yaoundé pour survivre, mais ce n’est qu’une métaphore : il l’est comme être conscient dans cette société d’injustice. Plus rien ne colle, ni sa vie sociale ni sa vie affective. Il s’en va :  » partir, c’est rebâtir un peu sa vie « . Avec en tête l’idée de ramener des voitures pour faire une entreprise de taxis, il arrive en Allemagne où dès la frontière, on lui signifie son statut d’étranger. Ça ne le change pas : il reste un clandestin. C’est cette étrangeté dans la société et en soi-même que va explorer le film avec…

De Gaston Kaboré

En mooré, buud signifie les ancêtres aussi bien que la descendance et yam l’esprit, l’intelligence. Buud yam est ainsi avant tout un désir : celui d’une appartenance, d’une identité, de comprendre qui on est.  » Qui et quoi sommes-nous, admirable question « , écrivait Aimé Césaire. Ce film est donc avant tout une quête, celle de son auteur, et construit en tant que tel : fait de rencontres successives, Buud yam a la profondeur du conte initiatique. Il en a aussi, logiquement, la pesanteur : le sérieux, la retenue, la distance. L’image hésite sans cesse entre une volonté épique et une intériorisation pour laisser en fait…

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