entretien d’Olivier Barlet avec Ibrahim Loutou, président d’Afrique en créations

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L’association Afrique en créations est-t-elle en train de disparaître en se fondant ce 1er janvier 2000 dans l’Association française d’action artistique (AFAA) hébergée par le ministère français des Affaires étrangères ? Nous avons posé la question à Ibrahim Loutou, président d’Afrique en créations.

Où en est Afrique en créations ? Les perspectives de fusion dans l’AFAA donnent une impression de flou artistique aux acteurs culturels…
Le flou artistique existe depuis longtemps ! Je ne veux pas me mettre à la place des autorités françaises, mais ce que j’ai pu lire et comprendre est que la France cherche à rationaliser ses interventions dans le domaine de la culture pour n’avoir qu’un groupe restreint d’opérateurs culturels. On avait, comme vous le savez, rêvé d’une grande agence culturelle comme il y en a dans le développement. Ce ne sera pas le cas et il nous faut vivre avec le rapprochement entre le ministère des Affaires étrangères et celui de la Coopération. Les actions parallèles que nous menions avec l’AFAA vont maintenant converger pour s’uniformiser, et nous avons bon espoir que cette synergie renforce l’action d’Afrique en créations dans l’appui aux artistes et créateurs africains : des budgets plus significatifs et une plus grande circulation des artistes qui pourront dépasser Avignon ou Limoges pour aller à Shangaï ou San Francisco…
Ne craigniez-vous pas de perdre la spécificité d’Afrique en créations dans une association d’obédience française et beaucoup plus globale ?
Bonne question ! Notre apport devrait enrichir l’action de l’AFAA qui était une structure de diffusion de la culture française. Elle évolue et s’est mise aussi à faire de l’appui à la création. Mais dans le domaine de l’Afrique qu’elle ne couvrait pas, nous lui apportons une expérience et l’entraînons aussi dans une profondeur d’intervention, à la racine de la création, pour faire monter les talents et les aider à s’épanouir.
Votre champ géographique s’élargit-il ?
Nous avons toujours largement débordé ! Il y a deux ans, c’est une compagnie sud-africaine qui a eu le prix de la chorégraphie… Cela sera plus confortable avec l’AFAA.
Et le cinéma ?
L’AFAA agit sur le cinéma dans le monde : il n’y a pas de raison qu’elle ne le fasse pas sur l’Afrique ! Ce n’était jusqu’à présent pas dans notre ligne statutaire, et, en fonction de notre budget, nous avions donné une préférence à certains domaines de création pour pouvoir faire des choses significatives.
Il n’est pas simple pour le grand public de comprendre comment une association peut gérer d’aussi grosses sommes au sein d’un ministère…
Actuellement, l’association Afrique en créations est financée par le ministère par les commandes qu’il nous fait pour organiser des spectacles, mais nous n’avons pas que le ministère comme partenaire et c’est ça l’avantage d’être une association : un projet peut avoir aussi bien des financements publics que privés. Les rencontres photographiques de Bamako sont financées par les fonds publics français et par l’Union Européenne, mais aussi par une fondation néerlandaise, Kodak, des Suisses… Et cela enrichit le regard de collaborer avec d’autres.
Afrique en création était chargée d’organiser des célébrations de l’an 2000 autour de l’Afrique, mais la guerre du Kosovo semble avoir diminué les budgets disponibles…
Le projet est loin d’être abandonné et un événement est prévu avec la collaboration de la ville de Lille. Mais nous allons plutôt traiter cet événement à la façon d’une saison culturelle étrangère sur toute la France, en privilégiant l’artistique. Cela devrait débuter aux alentours du 1er juillet 2000 et se poursuivre en 2001 et 2002.
Le nom Afrique en créations est-il sauvegardé au sein de l’AFAA ?
Oui, comme un programme au sein du dispositif.
Est-il trop prématuré de vous demander les grandes tendances de l’action future ?
Nous continuons les rencontres photographiques, le design, et allons avec l’AFAA élargir le domaine. Nous continuerons, comme lors des rencontres chorégraphiques de Madagascar à attribuer des prix qui aident les compagnies qui veulent continuer à travailler. Et nous poursuivrons l’aide à la création.
Passez-vous pour cela par le cadre institutionnel ?
Autant que faire se peut, nous nous adressons directement aux créateurs mais nous entretenons de bonnes relations avec institutions et ministères : on se parle, on discute, ils nous disent les besoins. S’il s’agit d’un grand événement comme à Madagascar ou Bamako, nous sommes bien sûr en liaison avec le ministère. L’association de l’AFAA et d’Afrique en créations constitue une porte ouverte sur le monde pour l’ensemble des créateurs africains : j’en veux pour simple exemple Ismaël Lô qui part chanter au Vietnam, ou Youssou N’dour qui fait une tournée en Europe de l’Est , ou encore des plasticiens à Sao Paulo. L’AFAA, c’est le réseau des centres culturels, mais c’est aussi une véritable agence artistique, d’ingénierie culturelle, disposant d’un réseau de festivals partenaires. Sa façon de conquérir de nouveaux marchés est de donner des coups de pouce qui vont permettre à une compagnie ou à des artistes de partir à la conquête de nouveaux horizons.

///Article N° : 1173


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