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Mohamed Aksouh
Le peintre algérien Mohamed Aksouh nous transporte sur l’autre rive de la Méditerranée, là où le soleil est plus vif et la lumière plus blanche.

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Il doit décidemment y avoir quelque chose de spécial dans la lumière d’Algérie, quelque chose de captivant et d’inoubliable, s’imprimant au plus profond de la mémoire de ceux qui vécurent un jour dans une de ces cités qu’on surnomme « La Blanche »… Il ya quelque mois, j’avais découvert le travail d’une jeune artiste peintre de talent, Nadée, et j’avais été sensible à sa palette d’azur et de sable, ses camaïeux de gris ponctués d’éclats de blancs éclatants ou de poudre d’or, à ses silhouettes fugitives, hommes, femmes, enfants, comme se pressant dans les ruelles …Elle me disait avoir vécu en Afrique du Nord.

Mohamed Aksouh, lui, est de la « génération des 30 », de ces peintres algériens née dans cette décennie et qui, dans les années 50, est considéré, avec Mohammed Khadda, Baya, Guermaz ou Benanteur, comme un des fondateurs de la peinture algérienne moderne, s’inscrivant avec force hors du courant figuratif et souvent orientaliste induit par l’académisme français.

Lumière, tel semble donc être le maître mot de l’œuvre de Mohamed Aksouh. Non la lumière éblouissante et sans échappatoire du soleil brûlant sur les terres ocres de son Algérie natale. Mais celle, filtrée, filtrant sur la toile, dans le lacis des formes abstraites, évoquant quelque profond labyrinthe de rues enchevêtrées, un foisonnement d’architectures babéliennes, et la blancheur de la Casbah qui fut le théâtre de son enfance.

La « quête de cette lumière de nacre et de perle qui est celle d’Alger, telle qu’il la découvrait de la petite maison de sa mère sur les coteaux de Belcourt », comme l’écrivit Jean de Maisonseul (conservateur du Musée d’Alger à la fin des années 60), parcourt l’œuvre d’Aksouh. De ces souvenirs abstraits, de ces sensations bien plus fortes que les images, naissant ses paysages opalins, visions méditatives baignées de toutes les nuances de bleux, de sables et d’ivoires.

La peinture d’Aksouh est une peinture contemplative, sereine et vivante. Elle vibre d’une émotion très particulière, tant pour ceux dont cette rive de la Méditerranée traverse l’histoire, que pour ceux qui, percevant de loin l’écho millénaire d’une des plus anciennes civilisations méditerranéennes, saisissent le lien tissé par l’artiste entre l’abstraction symbolique –fortement ancrée dans les traditions plastiques arabes- et une œuvre au seuil de la modernité picturale.
Écrit par Marie Deparis