Événements

Joël Mpha Dooh
Eclipse

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Tout a commencé lors de la dernière biennale de Dakar 2007. Nous avions « rendez-vous » avec Joël Mpah Dooh dans un chantier, un immeuble en construction à quelques encablures du centre ville, dans le circuit off. La découverte de son exposition fut la grande surprise de cette manifestation. Depuis quelques années, nous caressions avec Jean-Paul Blachère l’idée de créer une « haute couture des illuminations » et voilà que tout à coup devant nous l’idée prenait corps! Les oeuvres lumineuses de Joël Mpah Dooh animaient les murs bruts de cette galerie improvisée.
Jean-Paul Blachère conviait alors l’artiste à inaugurer le cycle des résidences « art et entreprise »* Les dernières oeuvres de Joël Mpah Dooh sont un glissement de ses dessins intimes du support métallique à la paroi lisse du plexiglas ; gravure plus que peinture, incision et là ça fait mal! Le sujet s’ancre de manière vive dans la nature de la transparence. Le trait est une violence opacifiée.
Le médium étant aussi le message, le choix du plexi n’a rien d’innocent… Avec Joël Mpah Dooh, nous ne sommes pas en compagnie d’un naïf et pourtant si je devais lui attribuer une paternité picturale, je citerai l’ogre Dubuffet qui lui-même nous renverrai à la nature première des graticulations sur les parois des grottes préhistoriques! Le serpent se mord la queue dit-on! L’histoire de l’art est un éternel recommencement avec de nouveaux défis tel l’avènement des nouvelles technologies de l’image.
À ce rythme, la peinture pourrait être malmenée, mais il existe des artistes assez téméraires pour relever le défi et nous étonner à l’instar de Joël Mpah Dooh.
Ses idées sont puissantes, il construit une oeuvre sous forme d’un récit éparpillé.
Les oeuvres présentées sont des ajustements de plexi découpé, chauffé, vissé, collé, gravé de motifs, comme les annotations nerveuses d’un cahier nocturne. Éclipse! Les signes qu’il accumule sur les surfaces transparentes sont à l’égal d’une grammaire de l’inconscient. Il dessine pour percer le mystère d’être au monde. Les motifs se juxtaposent dans de joyeuses compositions et s’illuminent à notre regard grâce à l’artifice électrique.
Pierre Jaccaud Février 07