Événements

Diaspora
Sur une idée originale de la cinéaste Claire Denis. Cette exposition permet de découvrir des oeuvres conçues pour l’exposition qui incarnent chacune à leur manière l’apport de la diaspora africaine dans les mondes qui l’ont reçu.

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Diaspora se propose de montrer des oeuvres d’art contemporain spécialement conçues et produites pour l’exposition : elles incarnent toutes l’apport de la diaspora africaine dans les mondes qui l’ont reçue.
Les diverses diasporas issues du continent africain recouvrent des réalités géographiques et historiques très vastes. La première diaspora africaine remonterait aux origines mêmes de l’humanité, si l’on considère que les premiers humains sont apparus sur le sol d’Afrique avant d’essaimer le monde.
Aujourd’hui, la présence de cette diaspora d’Afrique est visible à travers tous les continents, et raconte autant d’histoires de communautés ou de personnes.
L’exposition a pour but d’offrir une approche inattendue de la diaspora d’Afrique : elle montrera quelles formes cette énergie positive diffusée dans le monde a prises sur les chemins des exils. Il s’agit d’envisager la diaspora non exclusivement comme une dissémination culturelle, mais comme une véritable « conquête du monde ».
Cinéastes, chef opérateur, couturier, musiciens s’approprient ce concept et proposent chacun une vision personnelle et originale de ce qu’évoque, pour eux, la « diaspora » : les oeuvres présentées constituent toutes une réflexion sur le rapport aux origines – géographiques et communautaires -, et témoignent avant tout d’un « surgissement ».
Diaspora expose un collectif d’artistes, sur une idée originale de Claire Denis : « Le propos de l’exposition n’est pas de montrer la douleur, l’arrachement, les morts, l’humiliation liés à ces départs, mais de donner à voir ce que l’Afrique a insufflé dans le combustible du monde : des implantations constructives plus que des exils douloureux.
Dans le terme même de diaspora réside déjà un acquis : on a franchi la frontière. On se dit que le plus dur est derrière, et la notion d’installation apparaît. La diaspora se lit ainsi dans sons sens étymologique : c’est alors la dispersion, frôlant parfois la dissolution, mais manifestant surtout la volonté de rester reliés. »
Claire Denis

Eléments muséographiques

Intrusion
L’exposition se propose de changer radicalement l’environnement du visiteur, de le « déstabiliser » dans ses repères et dans son corps (notamment par le traitement de la posture physique dans l’espace de l’exposition).
Il s’agit de reproduire à la fois la sensation du passage et la précipitation dans un monde autre, dès l’entrée dans le sas de l’exposition. Conçu comme un long canal d’acier Inox, qui rappelle les terminaux passagers ou les infrastructures des aéroports, le sas de Diaspora plonge d’entrée le visiteur dans une expérience sensitive double, à la fois sonore et visuelle.
C’est cet ailleurs absolu, ce lointain rendu soudainement si proche et présent, qui sera créé dans l’espace du musée. Pénétrer dans l’espace de l’exposition fera perdre pied avec la réalité de l’environnement du musée, de la ville, du pays.
Ce passage se renouvellera pour chaque « rencontre » avec les oeuvres, pour la plupart présentées dans des boîtes ou des containers, qui plongent le visiteur dans l’univers de l’artiste.

Ville
Cet ailleurs absolu est avant tout un univers nocturne et urbain.
C’est dans les villes que s’installent majoritairement les migrants, et la notion de diaspora est étroitement liée à la ville.
L’espace d’exposition sera donc marqué par une présence forte de l’environnement urbain : pour le visiteur, la sensation de « ville » sera retranscrite par la construction de l’espace, l’importance accordée aux perspectives, et le traitement de la lumière.

Une architecture sonore
Les oeuvres présentées, principalement vidéos et créations sonores, donneront lieu à des installations autonomes intégrées dans ces perspectives urbaines. Le traitement scénographique de l’espace sera conçu comme une plate-forme recevant des oeuvres indépendantes les unes des autres. L’homogénéité architecturale de cet espace sera supportée par un travail d’architecture sonore et d’ambiance lumineuse crépusculaire.
L’espace d’exposition offre des perspectives qui privilégient une sensation de profondeur.
L’impression d’immensité due à la hauteur de l’espace va dans le sens du propos de l’exposition ; il convient de renforcer la sensation du visiteur d’être petit dans ce vaste espace.
A la fin de l’exposition, le visiteur sort sans ménagement (la sortie, traditionnelle, rompt brutalement l’étrangeté et le sentiment de dépaysement créés dès l’entrée dans l’espace d’exposition). De retour dans son environnement habituel, il aura l’impression d’avoir vécu une expérience physique…

œuvres présentées
Quelle que soit leur discipline, les artistes réunis pour cette exposition collective se rassemblent sur cette conception de la Diaspora comme surgissement, expansion, conquête ouverte sur les autres et sur le monde.

SON

Jeff MILLS & Brice LEBOUCQ
Une « architecture sonore »
Jeff Mills, en collaboration avec l’ingénieur du son et compositeur Brice Leboucq, signe la « bande sonore » de Diaspora.
Conçue comme une « architecture sonore », cette oeuvre est une composition musicale originale.
L’intégration du son dans l’espace sera pensée de manière dynamique et se déplacera dans l’espace de l’exposition.

Caroline CARTIER
« Goguma »
Prédominance de la perception sonore. La scénographie est simple, minimaliste.
Deux petits caissons contigus sont disposés en quinconce, ils sont isolés l’un de l’autre et du reste de l’exposition. Contre l’un de ces caissons, un vélo d’enfant.

Caisson n°1 « L’enfance »
Dans cette petite structure, une télévision est placée face au mur, elle diffuse une lumière colorée (à base de cartoons…). Le visiteur ne voit pas les images.
Des haut-parleurs diffusent la bande sonore : des voix d’enfants et d’adolescents noirs vivant en France. Ils parlent de la couleur de leur peau, de la ressemblance, de leurs origines, des « racines », des langues qu’ils parlent…
L’enfant vit sa couleur de peau et ses origines de façon naïve : « Je suis noir, j’aime être noir, je déteste être noir, j’ai le nez de mon père, les yeux de ma mère.. ».
Dans chaque haut-parleur, une voix : ce dispositif donne l’impression d’un dialogue (boucle sonore d’une durée de 8 à 12 minutes).
Les propos sont légers ou bouleversants. Il se dégage une impression générale de pureté, de limpidité.

Caisson n°2 « Le passage au monde adulte »
Le plafond est bas. La lumière est diffusée par une télévision aux images brouillées.
Un mur de haut parleur diffuse un magma sonore à très haut volume. C’est un mélange de samples musicaux, bruyants, qui doivent faire fuir le visiteur.

VIDEO
Jean-Pierre BEKOLO
« Une Africaine dans l’espace »
La diaspora est une énergie, un élan créatif.
Sur un dispositif de plusieurs écrans, organisés en cercle, sont diffusés des films courts : des entretiens avec différentes personnes issues de cette diaspora africaine aux Etats-Unis. Ces gens incarnent tous des « success stories » dans leur pays d’accueil. Tous, ils semblent avoir réalisé leur rêve et en nourrir un autre : retourner en Afrique…
Dans cette oeuvre, la diaspora africaine constitue une communauté humaine, qui oeuvre sur un projet mystérieux….
Il pourrait s’agir d’envoyer une Africaine dans l’espace, comme le montre l’astronaute africaine qui flotte au-dessus de la tête des visiteurs…

Mahamat-Saleh HAROUN
« Ombres »
Avec cette installation vidéo, Mahamat-Saleh Haroun propose une réflexion autour de l’errance, comprise comme mouvement proprement vital faisant partie intégrante de toute vie humaine.
Cette errance a lieu dans des villes étrangères (Londres, Paris, Lisbonne, Haïti), dans des paysages urbains… Des lieux de passage sont traversés par des silhouettes africaines, tels des feux follets dans le bleu de la nuit. En effet, les vidéos privilégient les décors nocturnes, dans lesquels déambulent ces « ombres » – qui ne sont rien d’autre que l’envers du visible.
« Ombres » consiste en la projection de trois films : d’une part, des images nocturnes et urbaines, dont la surimpression finit par créer une seule image, présentée sur deux tableaux (1 et 2). Ce dispositif donne lieu à un travail pictural, constitué d’images abstraites. Sur toutes ces images, passent deux silhouettes récurrentes : les « ombres »… D’autre part, des images d’eau qui laissent émerger des visages noirs constituent un troisième tableau en mouvement (tableau 3).
Tableau 1 : dominante orangée
Tableau 2 : dominante bleue
Tableau 3 : dominante sombre (noir et rouge).
L’eau rappelle l’univers matriciel de tout être vivant. L’atmosphère sonore est conçue comme
un ensemble de « réminiscences sonores ».

Yousry NASRALLAH
« Le Fond du Lac »
« Quand on prend le bateau d’Assouan pour visiter le temple d’Abou Simbel, on traverse le Lac Nasser… Immense réservoir, d’un bleu sublime sur une étendue d’une centaine de kilomètres. On voit çà et là les sommets des montagnes de l’ancienne Nubie. Un étrange désert aquatique… presque lunaire. Sous l’eau, on le sait, il y a peut-être les restes de centaines de villages. Peut-être pas. Les maisons en terre crue ont dû fondre depuis. Et à la place des habitants, il y a maintenant des poissons du Nil qui ont atteint des dimensions de monstres préhistoriques.
Et les Nubiens ? Ils sont un peu partout. Une existence flottante, elle aussi. »
Yousry Nasrallah

Le Fond du Lac propose au visiteur de plonger dans une pièce, sorte d' »aquarium », avec une entrée et cinq surfaces sur lesquelles sont projetées les images de l’installation.
Face à lui, le visiteur verra l’immensité du lac Nasser, à la fois belle et désolante, vue d’un bateau qui avance inexorablement vers un horizon lointain. Et puis, petit à petit… des Nubiens : de jeunes baigneurs en groupe nagent dans le lac, lavent leur linge… ; d’autres, dont le visage est saisi dans des portraits assez serrés, sont sur un bateau… Partout : l’eau.
Si ce visiteur regarde le sol, il verra qu’il est au-dessus d’une maison nubienne noyée sous le lac. Il verra cette maison sous plusieurs angles, comme quelqu’un qui regarde d’en haut, mais aussi comme quelqu’un qui longe les murs, ou qui tâte les dessins magnifiques qui ornent les maisons nubiennes.
Sur l’écran de gauche, un nageur plonge dans le lac ; à droite, on voit ce même nageur remonter, avec en arrière plan les rochers de granit : cette image donne l’impression d’une remontée interminable, comme une métaphore de l’incroyable profondeur du lac Nasser.
Et en haut ? Sur le plafond, des images prises sous l’eau de jeunes Nubiens qui plongent, qui nagent, qui rigolent… Ils sautent sur nous, visiteurs.
Le visiteur qui entrera dans cette pièce sera entouré par ses propres sons : chaque mot qu’il énoncera sera capté par des micros, et lui sera renvoyé par des hauts-parleurs comme l’écho d’une voix qu’on entend quand on fait de la plongée sous-marine.

Mathilde MONNIER
« dans tes cheveux »
L’histoire de la danse contemporaine n’aurait pas été la même sans l’énorme héritage qui lui a été transmis par la danse africaine et par la danse noire américaine qui ont été le fondement de plusieurs courants, que ce soit de la danse jazz, des claquettes, de la danse hip-hop, mais aussi de la danse moderne et contemporaine. Il est par ailleurs très difficile de démêler les fils d’influences qui se sont tissés entre ces courants qui étaient – et qui sont toujours – portés par des singularités de danseurs, par des figures libres, qui n’ont eu de cesse de réinterpréter ce qui leur avait été transmis.
Le mouvement est migrant, on le sait, plus que les corps eux-mêmes. C’est le mouvement et souvent la danse qui en transformant, transforme les corps, les techniques de travail, les esthétiques.
Travailler sur l’idée d’une diaspora du mouvement dansé demandait donc de poursuivre cette réinterprétation à l’infini de danses transmises. Avec le concours de la danseuse Corinne Garcia, la chorégraphie prend appui sur différentes danses provenant de films du Savoy Ballroom de Harlem qui ont été filmées entre les années 20 à 50 : « Ce support de travail nous a semblé constituer une source très riche et non encore formatée par des courants. On y voit le début des danses blues, cakewalk, jerk, lindy hop, etc… qui seront plus tard les fondements de la danse jazz et de la comédie musicale américaine ».
L’idée a été de réinventer à partir de certains matériaux d’autres figures de danse comme une création qui soit contemporaine de notre époque. Pour le réalisateur Karim Zeriahen et la chorégraphe Mathilde Monnier, il était important d’entretenir une ambiguïté sur la couleur de peau de la danseuse en ne la filmant qu’en silhouette et, par ailleurs, d’associer à chaque danse une coiffure afro qui serait aussi le point de départ du mouvement. Danse du chignon lissé, perruque nattée ou bien perruque-monument comme une princesse africaine, etc…
Chacune des quatre danses est aussi la construction d’une figure, d’une posture, d’un style.
Avec Annie Tolleter, Mathilde Monnier et Karim Zeriahen ont imaginé un dispositif très simple où quatre images simultanées de la danse se font face. Ces images doivent avoir la taille d’une personne debout afin que le spectateur se sente lui-même dans la position d’une transmission, qui lui est faite en direct. Il est face à la danseuse et peut danser avec elle, se fondre dans le mouvement.

Crédits
Conception : Mathilde Monnier, en collaboration avec Karim Zeriahen
Réalisation et images: Karim Zeriahen
Danse : Corinne Garcia
Musique : Abdullah Ibrahim
Scénographie : Annie Tolleter
Montage : Jean-Gabriel Periot
Coproduction :
musée du quai Branly
Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon
Remerciements : Eliane Seguin / Bertrand Davy / la Cinémathèque de la danse / le Chai du Terral – Montpellier
Agglomération / l’équipe du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon

PHOTO
3.7. Agnès GODARD
Déplacements…
Des photogrammes, à partir d’une prise de vue en 35 mm, donnent une vision en « mouvement arrêté » de la diaspora africaine : des portraits de personnes africaines installées en région parisienne sont réunis en une fresque d’environ 15 m de long. Le déplacement » de l’appareil de prise de vue évoque le mouvement des personnes photographiées. Le mouvement du visiteur lui-même s’apparente à une traversée : dans une forêt de miroirs, dressés face aux images, il s’inscrit lui-même dans cette histoire.

MODE

John GALLIANO
« Robes Massaï »
Trois robes créées par le couturier pour des collections passées démontrent les influences multiples de l’Afrique dans la mode occidentale