Événements

La Maroquinerie accueille la remise du 1er Prix Afrique
Mettre en lumière les singularités littéraires, telle est la mission du Prix Afrique, qui récompensera la meilleure œuvre africaine de langue française non encore publiée en France.

Français

à 21h

le Prix Afrique
La jeune association Prix Afrique a mobilisé lecteurs et spécialistes autour du projet :
africanistes, écrivains, anthropologues et simples lecteurs composent un jury de marque parrainé par Boniface Mongo Mboussa, critique littéraire, professeur à la Columbia University de Paris et auteur de Désir d’Afrique.

La Maroquinerie accueille les griots de demain
Le Prix Afrique est une rencontre,
une rencontre entre les conteurs de vérités singulières et les enfants curieux qui sommeillent en nous.
Les auteurs africains témoignent, dévoilent une littérature façonnée par l’Histoire et imprégnée d’émotions individuelles, de senteurs, de rythmes, de rites, de rires couchés sur le papier par des mains qui ouvrent doucement nos yeux à la fois ahuris et émerveillés.
La Maroquinerie accueille cette rencontre – lieu de paroles et d’émotions littéraires.


Une soirée placée sous le signe du témoignage
Témoignage du président d’honneur du Prix Afrique, Mongo Mboussa – amoureux des lettres africaines, promoteur d’une littérature africaine plurielle, cheminant entre les espoirs d’un continent et les souffrances individuelles.
Témoignage du lauréat – dont le nom ne sera révélé qu’à la dernière minute…
Témoignage des jurés et lecteurs ayant participé au Prix Afrique – spécialistes et amateurs promeuvent l’espoir d’une renaissance de la littérature africaine.

Le Prix Afrique en coulisses : les griots de demain

Participent au Prix Afrique, à l’issue d’une première sélection :

Monique Bessomo, Dans mon village… Chaise vide !
« Il faut peut-être le rappeler ici : lorsque l’enfant d’autrui rend l’âme sous ton toit, cet enfant d’autrui que tu as utilisé, tu as pour devoir absolu de conduire son corps auprès de ses parents et de leur traduire comment était son dernier souffle. Etait-il trop long ou trop court ? Et tu assistes aussi comment on le dépose dans la terre des ancêtres. Allez-vous admettre que les Français ignorent cela ? Eux qui savent tout ? »

Gaspard Hubert B. Lonsi Koko, Le demandeur d’asile
« En situation irrégulière, un arrêté de reconduite à la frontière a été établi contre toi afin de permettre à la police ton renvoi, dans la légalité, vers la République du Zamba. Tu avais vingt-quatre heures pour faire appel de cette décision auprès du tribunal administratif de Paris. (…) Deux heures plus tard, on t’a fait monter dans une fourgonnette de la police. Le panier à salades. Tu as eu droit à la visite des lieux touristiques de Paris, avant l’embarquement à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. »

Nafitassou Dia Diouf, Noria
« Je chantai pendant un temps si long qu’il me sembla durer des heures. A chaque instant, il me semblait mourir et renaître. Comme cette mélodie syncopée du creux de ma forêt natale, comme ma vie dans ce pays de vent, du jour où j’y ai débarqué avec une petite valise et un manteau trop grand. Je chantais comme un exutoire, mon enfance bercée de bonheur, mon désespoir de quitter ma terre, mes larmes. Je chantais ma vie… dans un monde anesthésié de codes et de convenances ou j’avais du mal à trouver ma place. »

Muriel Diallo, Le semeur d’étoiles, Le déserteur, L’Américain noir (recueil de nouvelles)
« Je ne sais plus depuis quand j’habite le marché. Je suis devenue au fil du temps semblable à ces ballots de marchandises qu’on entasse les uns sur les autres au milieu des odeurs de légumes et de viandes pourris suintant par terre. Occasionnellement, je sors dans la ville pour flâner un peu aux abords de l’église. Il y a quatre ans, lorsque le curé Michel est arrivé pour la première fois au village, il a été scandalisé par ma tenue d’Eve. J’ai eu alors droit à des séances d’exorcisme frisant l’hystérie. »

Ludovic Emane Obiang, Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai
« Il savait comment se quittent les tourterelles et pourquoi les grands singes s’étreignent après s’être donné de grands coups sur la poitrine. Il pouvait me rappeler comment les crocodiles vivent entre eux. Une amitié de circonstance, de carnassiers impitoyables rassemblés pour une chasse commune, mais qui se séparent une fois le destin terminé ou bien qui s’entendent pour dévorer le plus faible d’entre eux. C’était cela l’amitié pour lui. »


Cheick Oumar Kante, Orphelins de la révolution guinéenne
« – De la merde que tout cela !
– De la vraie merde !
– Allons aux bas-fond !
Tels sont les mots de passe entre habitués du collège parallèle dont il a fallu quelque peu déplacer le QG. Oh ! pas bien loin puisque le maquis aux alentours permet un camouflage total. La raison est qu’une fois, la Milice a pris dans ses filets quelques membres de cette société d’enfants plus dangereux que les contre-révolutionnaires adultes mêmes, aux dires des autorités politiques, organisés qu’ils étaient en petit état sécessionniste avec leur drapeau. En réalité, ils avaient accroché un chiffon noir au faîte d’un mât de bambou. »

Ghislaine Sathoud, Kinda l’orphelin
« Tu n’as pas le droit de m’interrompre quand je parle, gronda la dame de fer. (…)
Ta mère ne t’a jamais dit qu’une veuve n’engage pas des polémiques avec des gens ? En principe, tu ne dois même pas ouvrir ta bouche. Une veuve a le même langage qu’une muette. Elle s’exprime en faisant des signes avec ses mains. Une véritable veuve a toujours le regard au sol. Elle garde sa tête baissée. Une veuve ne mange même pas. »