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Exposition « Cheri Cherin, Ambassadeur de la peinture populaire »

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En 1978, l’exposition Art partout consacrait un groupe de jeunes artistes kinois dits populaires car leur peinture figurative et narrative venait du peuple et s’adressait à lui. C’est ainsi que les principaux membres de cette bande d’artistes, Moke, Chéri Samba, Pasteur Bodo, Chéri Chérin, se firent connaître au Zaïre puis dans le monde entier. C’est l’époque de Viva la Musica mené par Papa Wemba et de la Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes. Kinshasa explose et Chéri Chérin en devient une des figures emblématiques.

Joseph Kinkonda dit Chéri Chérin (Créateur Hors-série Expressioniste Remarquable Inégalable Naturaliste) est né en 1955 à Kinshasa. Après des études à l’académie des Beaux-arts, il vit en peignant des fresques dans les bars, chez les coiffeurs et dans les boutiques de son quartier avant d’être remarqué par des collectionneurs et des galeristes occidentaux.

Dans ses tableaux « kinois » ou « universels » comme il dit, qu’il représente la vie d’un garage (Article 15 : Débrouillez-vous), une beauté pulpeuse se dévêtant sous des regards indiscrets (La Passion des rondeurs), un éléphant dépecé par des cols blancs et des militaires (Partage du pouvoir), la pharmacopée cynique prescrite à une Afrique agonisante, alcool, riz, Bible, dollars, foot et kalachnikov (Consultation) ou des fables grotesques pleines d’animaux singeant les politiques corrompus (Dans la grande forêt zaïroise), Chéri Chérin peint come on boxe, avec punch, lucidité et sens du spectacle.

Le peintre écoute et regarde attentivement autour de lui, les gens, la télé, la radio ; il se fait chroniqueur de la rue comme de l’actualité, décrivant les faits et dénonçant les abus grâce à des titres qui sonnent comme des slogans, un graphisme clair et des mises en scène allégoriques. Peinture à message qui se joue de l’imagerie propre à la propagande politique, le tableau devenant ainsi aussi efficace qu’une affiche. Car, ne l’oublions pas, il s’agit avant tout d’être compris (et admiré) de tous, cultivés ou non. Et pour cela se tenir au plus près de la vie quotidienne, de cet « élément relatif » que Baudelaire, dans Le Peintre de la vie moderne, relevait comme constitutif d’une « théorie rationnelle et historique du beau » (« un élément relatif, circonstanciel, qui sera tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion »). Et Baudelaire poursuivait, en définissant ainsi le peintre de mœurs : « Observateur, flâneur, philosophe, quelquefois poète, plus souvent romancier ou moraliste, il est le peintre de la circonstance et de tout ce qu’elle suggère d’éternel. »

L’art n’existe pas en soi, autonome, isolé, et comme indifférent au monde ; les peintres kinois le savent bien qui ont fait de la peinture d’enseigne pour coiffeurs ou modistes un art de la communication engagé englobant la planète entière. Avec leurs techniques, leur vocabulaire et leurs tempéraments, ils apportent une réponse esthétique / éthique aux aléas de la vie, inventant une sorte de contre-pouvoir aux discours officiels, ce qu’on pourrait appeler un situationnisme à l’africaine, spontané, coloré, bruyant et souvent drôle.
Eric Girard-Miclet, directeur CCF Pointe-Noire


Dernières expositions collectives et individuelles :

2007 / 2008 :
Popular Painting from Kinshasa, Tate Modern, Londres
Why Africa? Pinacoteca Agnelli, Turin
L’art sur nos vitrines, Fondation Jean-Paul Blachère, Apt

2006 / 2007 :
100% Africa, Musée Guggenheim, Bilbao

2004 / 2006 : Africa Remix, art contemporain d’un continent, Düsseldorff, Londres, Paris, Tokyo

2006 :
Biennale de Dakar

2005 :
Peinture populaire congolaise, Musée National de Port au Prince

2004 :
Musée National de Lubumbashi / Galerie Art Körner, La Haye

2003 :
Kin Moto Na Bruxelles, Hôtel de Ville de Bruxelles

2000 :
An/Sichten-Malerei aus dem Kongo, Museum für Völkerkunde, Vienne