Événements

Atelier de Peinture à Moscou
Peindre dans l’atelier de Nina Shapkina/ Projet d’exposition à la Galerie Art 3 en septembre 2012/ Daphné Bitchatch & Nina Shapkina

Français

Une rencontre avec la peintre Nina Shapkina et Daphné Bitchatch.

Les corps des peintures de Nina Shapkina sont là, comme posés dans des couloirs de salles d’attente, de gares sans voyage, de cafés. Ils attendent. D’ailes, d’oiseaux, d’arbres, de vent et de battement d’absence sont enveloppées les peintures de Nina Shapkina. Ses personnages boivent, tombent, dorment, déplument un oiseau, sont peut-être morts, resteront là le temps de notre regard sur eux. De la réalité au rêve, du songe à l’attente, ces visages semblent témoigner d’une vie rêvée autre, d’un ailleurs, d’une promesse restée là en tentative. Esquissée cette promesse et Nina Shapkina de répéter ce geste, ce visage jusqu’à ce qu’il ne déborde plus. A coups de pinceau Nina Shapkina pose ce duel de ce que l’on voudrait être, de ce nous de la peinture. D’instinct une parenté de lumières dialogue avec notre rêve, et se peint. « Les paysages intérieurs » répondront de cette absence de figures, des personnages, aucune révélation ne sera faite.

Tels des murs noirs, temps gris au crépuscule, le modèle ne révélera aucune présence. De ce que l’œil a vu au silence du sens, cette obscure nuit, ces lieux de transit où toujours on attend, avec au bout, toujours, la même absence, de tout cela résonne la peinture de Nina Shapkina, dans ses traits, celle de Daphné Bitchatch dans ses enlisements, envahissements, dans la mise à distance d’un réel toujours incomplet pour n’en garder que la secousse de cris lointains.
Au jour où j’écris ce texte, je n’ai vu les peintures de Nina Shapkina autrement que reproduites dans un catalogue. Pourquoi ces œuvres me bouleversent-elles ainsi, et d’où vient cette intime proximité, moi qui n’ai jamais peint de portrait ? Car je ne suis pas en accord avec le sujet et ne travaille qu’une fois le voyage éloigné. Presque oublié le fleuve reviendra, attendant que le poétique survienne. Des paysages m’envahissent, débordent, coulent, emplis de guerres et de blessures, la peinture se déchire, se fait corps blessé, saigne de souffrances, tel un enfant brûlé qui pleure en silence.

Les visages de Nina Shapkina entrent dans ces mêmes silences de la peinture. En cette absence, de cette absence advient la vie peinte, d’autres paysages se creusent en nous, de ces conflits pour vivre nous peignons, nous peignons pour un instant et un rêve ensemble dans une gare, une montagne, un volcan, des maisons, des chemins, un fleuve, une peinture, sur un mur, dans un livre, posés là le regard dans le vide, nous attendrons.