Événements

Hommage à El Hadji Samba Sarr, réalisateur sénégalais
de 11h à 13h, au Centre Culturel Blaise Senghor, Dakar

Français

Le Ciné Club du Centre Culturel Blaise Senghor

* Poème et Exposition de photo

* Projection du film
Graines que la mer emporte (Semillas que el mar arrastra)

Le jeudi 10 Mai 2012 de 11h A 13h
C C B S.

« Graines que la Mer emporta » raconte la vie des enfants immigrants qui au sortir d’une traversée périlleuse en mer les ayant conduit des côtes africaines aux îles Canaries rêvent d’une terre promise capable de nourrir leurs ambitions viriles. Ces mineurs vivent dans des centres aux îles Canaries partagés entre la désillusion et l’espoir d’une vie meilleure. Ce film documentaire rend compte de la tonalité du drame vécu par ces candidats à une vie plus décente et qui refusent que leur idéal ne soit que pure illusion.



Décès du cinéaste El Hadj Samba Sarr
L’ « au revoir » d’adieu du ‘Sénateur’

Parmi tous ceux qui l’ont fréquenté depuis des années El Hadj Samba Sarr, je pense en être celui qui le connaît moins mal que les autres. La nouvelle de sa mort fut un instant pathétique et douloureux pour moi.
Samba fut mon compagnon grâce à cette soif de connaissances dont nous exprimâmes le besoin – lui étudiant au département d’anglais de
l’Université Cheikh Anta Diop, et moi, encore bachelier en puissance.
C’était au début des années 90 à Dakar, quelque part vers le pouilleux quartier de Fass où la romancière Aminata Sow Fall avait érigé un temple de la culture qui en abrita à la fois les Editions Khoudia et le Centre Africain d’Echanges culturels (Caec). Nous nous y rencontrâmes pour la première fois et devînmes membres du Club de littérature et de philosophie dont il sera d’ailleurs le président. En ce lieu, je traquais déjà en lui cette soif d’aller de l’avant, le désir d’inventer des choses nouvelles afin de « laisser des traces sur la carte ». Dans ce club, figuraient des noms que la postérité attendait : Aminata Sophie Dièye qui fut dramaturge et romancière, Ben Mokhtar Diop, talentueux journaliste, Abdourahmane Bousso, représentant en Afrique de l’Ouest d’une Ong autrichienne… Pour dire en filigrane la qualité de l’être en lequel allait se réveiller un accoucheur d’images. Nous l’appelions affectueusement « Sénateur ».

Et de notre passion pour le cinéma, nos liens s’en trouveront
raffermies. Jamais il n’a cessé de me pousser à aller de l’avant, ne
manquant jamais de faire montre de sa séduction pour les textes que je publiais sur le site Africiné et ailleurs dans les médias.

D’aucuns parmi les membres de la Fédération Africaine de la Critique
Cinématographique (Facc) l’ont souligné : il était jovial et toujours
enclin à échanger infatigablement sur le 7ème art. Je me souviens que notre complicité grandissait lorsque nous faisions ensemble le
sous-titrage de son film « Graines que la mer emporte » du wolof au français et de l’espagnol au français.

Aujourd’hui, le souvenir en est plus que vivace puisque nos rencontres ont toujours été utiles à tous points de vue. Que ce soit au sortir du ciné Burkina ou dans le hall de l’hôtel Indépendance Azalaï à Ouaga ou dans les lieux de culture à Dakar, il me parlait toujours d’art.

Accueillant et humain, « Sénateur » qui fut un grand ami et admirateur de Djibril Diop Mambéty, savait où poser le pied. En tant que réalisateur, il faisait partie indéniablement de ces jeunes qui tiennent actuellement entre leurs mains l’héritage des devanciers avec lesquels il ne partageait pas forcément les approches cinématographiques.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés – c’était à la Place de l’indépendance -, il s’apprêtait à aller à un festival à Berlin. À son retour, j’étais loin de me douter que c’était pour nous deux l’
« au-revoir » d’adieu à travers ce sms du 28 février 2010 : « Bjr Bass ! Je suis revenu de Berlin fatigué. Porte toi bien ! ».

Avec sa disparition, je perds un compagnon, un frère qui savait
m’encourager. Un frère de religion aussi : en bon musulman, il apprenait à respecter les heures de prières. Plus d’une fois, je l’ai entendu me lancer : « boy, tu m’attends un instant ! je vais faire ma prière ».

Et peut être que son œuvre qui nous fera encore parler de lui, nous
aidera à le « voir » en notre cœur. Puisse Dieu le Miséricordieux
l’accueillir en son paradis !

Bassirou NIANG
Journaliste – Critique de cinéma
Membre de la Facc
Dakar – SENEGAL