Événements

Libres corps en espace public
Expo urbaine dans le cadre de DREAM CITY, Biennale d’art contemporain en espace public

Français

« Dans les espaces où règnent codes, règles, interdits et convenances, l’individu s’agrège, de l’orient à l’occident, à un tout docile. Il évolue entre les arêtes d’un cadre policé. Il se contient, il se surveille, il s’anonyme. Maillon générique de l’humanité qui bâillonne sa pensée. Il se conforme à son rôle d’animal social astreint au déterminisme d’un espace codifié.
Quatre photographes révèlent, inventent l’exutoire possible.
Comment, hors de la sphère intime, le corps se fraye-t-il une voie jusqu’à l’échappatoire nécessaire à son esprit ? Comment exprime-t-il ou peut-il exprimer les libertés comprimées, espérées, recherchées, désirées, atteintes ?
Par leur regard, les artistes exposent le corps en aspiration d’existence, de reconnaissance, d’explosion, dans l’espace dit public. »
Cécil Thuillier
Commissaire de l’exposition photographique


Mouna Karray (Tunisie)
Tout est suspens… une conscience de finitude respire, calmement, au fond de ses images. Un corps en présence-absence se pose là, sur le tranchant aride des no man’s land du sud tunisien. Mouna Karray conjure les irrémédiables disparitions, fige le geste d’une silhouette désincarnée. La trace d’une âme qui s’empoussière sous la lumière crissante. Ce road photography raconte l’histoire frappée d’amnésie, autophage qui efface sa propre existence mais survit toujours. « Personne ne parlera de nous » murmure Mouna Karray.

Kourosh Adim (Iran)
Kourosh Adim explore le rêve impossible de l’homme moderne: la liberté. Malgré son intelligence et ses possibilités technologiques l’homme ne peut rivaliser avec l’univers, rester suspendu comme le vent dans les champs de blé ou avoir la fluidité de l’eau dans le lit d’une rivière… Grâce à ses photographies, l’artiste offre à l’homme l’impensable : la liberté absolue. Il imagine le corps humain volant, espiègle et insouciant, capable de prendre n’importe quelle forme et d’aller n’importe où, de sauter, de ramper… de se mouvoir sans entraves. Il délivre l’homme de ses prisons, l’élevant hors des maisons, des rues, des villes, de l’espace et du temps.
Car, comme dit RUMI : « Je suis l’oiseau du royaume céleste, Pas de la terre On a fait pour quelques jours une cage de mon corps »

Kiripi Katembo (République Démocratique du Congo)
Après un premier contact avec la Tunisie à travers les médias nationaux et internationaux, Kiripi Katembo a pu poser, grâce à sa résidence, un autre regard sur ce pays et plus particulièrement sur l’homme dans son espace urbain.
Le photographe a été immédiatement happé par la beauté plastique envahissante de la Médina arbi et par l’aspect chaotique de cette micro-société qui semble s’ordonnancer elle-même. Il réalise des photos humanisées de ce quartier qui a su conserver sa propre organisation, son propre corps avec une architecture qui nous porte dans une ritournelle presque musicale et nous envahit par un surplus d’indices, de symboles et d’informations. Devant ses portes jaunes, bleues, se cachent des vies humaines qui débordent sur les pas de porte et qui font œuvre.

Li Wei (Chine)
Avec ses mises en scène, réalisées sans trucages (ou presque), Li Wei aime à se détacher du monde.
Esprit libre et espiègle, ce grand photographe chinois s’est plongé dans le ciel de Tunisie fasciné par les couleurs de ce pays qu’il ne connaissait pas.
Ses personnages improbables s’abandonnent dans les airs, se jouent de l’apesanteur. Presque un regard de grand enfant qui nous ferait pousser des ailes.