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Daoud Aoulad-Syad
Au pays de l’enfance

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A l’occasion du 12ème Festival du Film de Marrakech, la galerie 127 présente l’oeuvre du photographe marocain, Daoud Aoulad-Syad.

Daoud Aoulad-Syad, alors jeune physicien, rencontre Henri Cartier Bresson qui reconnait en lui un talent indiscutable et lui conseille, alors qu’il était sur le point d’intégrer l’agence Magnum, de retourner dans son pays pour le mémoriser.

Fort des conseils de son illustre mentor, c’est le Pays Natal qui devient le thème des images de Daoud Aoulad-Syad (scènes du quotidien, lieux, personnages, grands espaces, folklore – au sens noble du terme -) au Pays de l’Enfance (Marrakech, l’espace de Jamaâ El Fna, en l’occurrence), à la mémoire du corps et à son nom de famille. « Syad » veut dire littéralement « chasseur ». La comparaison de la photographie à la prédation est connue. Il signifie aussi, selon le contexte, « pêcheur ». Le manuscrit de la préface du livre « Marocains », Abdelkébir Khatibi laisse apparaître une hésitation dans sa présentation de Daoud Aoulad-Syad entre « chasseur d’empreintes » et « pêcheur de signes ».

Evoquant l’enfance pour expliquer son désir de la photographie, Daoud Aoulad-Syad rapporte ce souvenir : « Un jour, le cirque Amar est arrivé place Jamaâ El Fna. Ce qui m’intéressait le plus, c’était la fête foraine autour du cirque. Je m’y attardais avec les copains pour admirer le danseur. De retour chez moi, je m’enfermais dans une chambre, et commençais à danser et à l’imiter devant une glace. Un dimanche, j’étais allé le voir très tôt. Le danseur m’a aperçu en train de l’imiter et m’a demandé de monter sur les planches pour danser à côté de lui. J’étais heureux. Je suis monté, tout le monde a commencé à applaudir. En descendant, le patron m’a donné un dirham, et m’a demandé de revenir le dimanche suivant. Le dimanche d’après le cirque était parti. Ce soir là, j’ai beaucoup pleuré. »

Et c’est avec ce regard d’enfant où se conjuguent une virtuosité instinctive, un bonheur innocent, un désir de la rencontre que Daoud « lit » et donne à voir son pays.

« C’est à ce vestibule du savoir et de l’analyse qu’est assigné [le photographe]: plus conscient que compétent, conscient des interstices mêmes de la compétence. C’est pourquoi l’enfance c’est la voie royale par laquelle nous connaissons le mieux un pays. Au fond, il n’est de Pays que de l’enfance. » R. Barthes.