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NO LIMIT 2
une œuvre / un artiste : Sammy Baloji, Mohamed El baz, James Webb

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Dans notre paysage contemporain, chahuté par les images et toutes les formes qu’elles recouvrent, cette seconde édition de No Limit 2 donne un hommage à la liberté, extension du domaine de la création ! Cette
fois, le travail des trois artistes réunis ici est marqué par une volonté de partir de la vie pour restituer les anomalies du monde, a fortiori d’une réalité difficile ou problématique.

SAMMY BALOJI
La série Congo Far West de Sammy Baloji (1978, Lumbubashi, République du Congo) débutée en 2008, est une relecture de l’expédition scientifique belge au Katanga de 1898 à 1900. Sammy Baloji utilise exclusivement des documents d’archives: des indigènes au regard méfiant sont collés sur des paysages aquarellés du peintre belge Léon Dardenne. Ce procédé, emprunté à la photographie de studio, vise à atténuer le regard condescendant que les explorateurs posaient sur « l’Autre ».
Mais de fait ce parti pris amplifie l’attitude du photographe belge François Michel qui étudie, classifie et déshumanise son sujet, cet Autre qui n’a jamais été un frère et qui ne le sera jamais. Passé et présent se font écho. Congo Far West bouscule un enchevêtrement de temporalités lorsque l’exotisme colonial renvoie au néo-exotisme d’une société contemporaine mondialisée et nomade dans laquelle l’Autre n’est pas notre reflet mais l’instrument de nos désirs et de nos délires. Congo Far
West révèle une mentalité coloniale perdurable qui s’évertue à neutraliser cet Autre en produisant, dans une boulimie consumériste de modes pré formatées, des images re-stéréotypées jusqu’à l’écoeurement. Sammy Baloji prend position.

MOHAMED EL BAZ
Bricoler l’incurable. Détails constitue pour Mohamed El baz (1967, Ksiba, Maroc) un corpus qui peut prendre de multiples formes. Pour ses installations il dispose d’un certain nombre d’outils qu’il agence, remet à l’épreuve de rapprochements improbables, et dont il épuise parfois les potentialités. Ce fonds d’images, appropriées par l’artiste ou prises par lui-même, s’articule autour d’un stock de photographies qu’il choisit, conserve, met en scène selon le contexte et la configuration de chaque projet. L’installation Bricoler l’incurable. Détails, Love Suprême, 2013 met en scène la lumière qui éclaire l’espace et la photographie cuirassée par son ambivalence et son histoire. « Cette histoire de médium, de sculpture, de lumière est une sorte de concentré qui reflète ma vision de l’art, une énergie dont les faisceaux convergent » dit-il. Et en effet, ces suspensions en néon reproduisent, dans leur typographie d’origine, des noms de journaux arabes, anglais, français, espagnols ou indiens…
à fin de lancer une oeuvre « engageant une discussion sur la liberté d’expression ».

JAMES WEBB
James Webb (1975, Kimberley, Afrique du sud) est une figure incontournable de la scène culturelle Sud Africaine, pour sa façon de catalyser ce qui est de l’ordre du tangible et de l’indicible, par le son, la lumière ou les mots. Les crispations en Afrique du sud, conjuguées à une intensité des raids dans les pays voisins ont finalement conduit à la légalisation des mouvements noirs, après 46 ans d’injustice et d’inégalité entre les hommes. James Webb, conscient de cet héritage, ne
propose ni message unidirectionnel, ni lieux ou éléments évoquant l’ailleurs, avec des faux alibis sociaux et politiques. C’est donc dans cet état d’esprit que l’oeuvre ‘There Is A Light That Never Goes Out’ a été conçue. Cette phrase est installée de façon permanente à l’extérieur de la fondation éponyme et se voit donc au loin dans cette ville aux sept collines où l’artiste est arrivé aux prémisses de la révolution Egyptienne. La deuxième version de cette oeuvre a été conçue pour un patio extérieur de la cité phocéenne en écho au projet auquel l’artiste a été invité autour de l’usage des archives contemporaines sur le continent africain en particulier.
Tous les deux-El baz et Webb- ont d’ailleurs laissé à Amman, dans le cadre des expositions produites par et pour Darat al Funun et sous le commissariat d’Abdellah Karroum, une trace calligraphiée murale à l’échelle de la ville. Comme une lyrique en néon, le THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT (emprunté aux The Smiths) de Webb résonne aux stances en plexiglass noir d’El baz : IMAGINONS / LES FLEUVES BRÛLENT AU LOIN / ON ENTEND LE SILENCE ET / SOUDAIN LA MUSIQUE VIENT/VERS NOUS POUR NOUS TUER /ALORS LA DANSE REPREND DE / PLUS BELLE SOUS LE SOLEIL BLANC…

Les artistes réunis ici sont à l’écoute du monde et de ses dysfonctionnements mais pas de réquisitoire manichéen ou doctrinal
seul, un engagement humain toujours en quête de découvrir prioritairement la meilleure formulation artistique.
Texte, propos de Nadine Descendre, N’Goné Fall et Cécile Bourne-Farrel.