Événements

Un état du monde… et du cinéma 2013
5ème édition / Egypte : images d’une révolution annoncée

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Le festival Un état du monde…et du cinéma confronte une quarantaine de films récents sur des questions politiques, sociales, économiques et culturelles. En présence de nombreux réalisateurs et personnalités de tous pays, avant-premières, films inédits, rencontres exceptionnelles, débats et tables-rondes rythment chaque jour le festival. Au coeur du profond bouleversement politique que connaît le Moyen-Orient, l’Egypte ne cesse de surprendre. Son cinéma, depuis ces dernières années, s’est fait l’écho d’une contestation montante face à un autoritarisme étouffant. Le Chaos de Youssef Chahine était en quelque sorte prémonitoire. Aujourd’hui, une nouvelle génération de réalisateurs-citoyens est le porte-parole d’une société en pleine révolution. Parmi les fictions et documentaires sélectionnés, Safaa Fathy (Mohammad sauvé des eaux), Ahmad Abdalla (Microphone, Rags and Tatters) et la scénariste Mariam Naoum (Un-Zéro) viennent présenter leurs films. Ces deux derniers participent à la table ronde « Egypte : que peut le cinéma ? » qui réunit Bernard Guetta et l’historienne de cinéma Magda Wassef.

L’Égypte à travers l’oeil de la caméra
L’Égypte, dans le sillage des soubresauts politiques qui ont secoué les pays du Moyen-Orient, connaît d’intenses bouleversements. En juin 2013, de nombreuses manifestations et pétitions dénoncent la dérive autoritaire du nouveau régime, conduisant à la chute du président Mohamed Morsi. L’avenir reste à construire, entre les vieux conflits internes et l’envie d’une émancipation politique nouvelle. Des films aux moyens réduits, affranchis des règles du marché des grosses productions et réalisés par des cinéastes/citoyens militants, ont rendu compte du malaise grandissant de la population égyptienne, étouffée par le régime. Déjà, un an avant le premier soulèvement, un jeune réalisateur, Ahmad Abdalla, montrait dans un film énergique, Microphone, la vitalité et les désillusions de la jeunesse underground.
Le cinéma indépendant indien
De son côté, l’Inde s’est davantage laissée appréhender par le biais du cinéma de Bollywood. Pourtant, un autre regard existe, depuis toujours, celui des cinéastes indépendants au plus près de la réalité de la société indienne. Distribués au compte-gouttes, ces auteurs nous apportent des visions multiples de l’Inde. Elles mêlent des codes hétérogènes empruntés à la tradition ancestrale du film chanté ou au classicisme des oeuvres occidentales, alliant le polar à la critique sociale (L’Affaire 18/9), le romantisme aux visions documentaires (The Lunchbox), la modernité des classes aisées et la réflexion philosophique (Le Bateau de Thésée). Dans le cadre du centenaire du cinéma indien, le festival propose une sélection de ces films peu connus ainsi qu’une rencontre entre trois représentants de ces courants, tournant chacun dans des langues différentes.
Dessiner le réel ?
Raconter le monde, le commenter, le mettre en images. L’objectif de tout bon reportage d’actualité mais aussi celui d’autres récits, plus subjectifs, comme celui de la BD de reportage ou des romans graphiques. Le festival leur consacre une exposition ainsi que des rencontres avec des auteurs sous la forme d’apéros géopolitiques. « Pourquoi des dessins alors que l’actualité déborde d’images, de photos, de vidéos ? Je crois que le trait noir, dans son dépouillement, permet d’entrer en relation d’une façon unique. Le dessin donne à voir sans voyeurisme », écrit le dessinateur de presse Patrick Chappatte. Une profession de foi que ne peut récuser le Forum des images.