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Le Forum des images propose un cycle “Colonies”
Du 2 février au 30 avril, le Forum des images présente, en partenariat avec l’ACHAC, un programme unique sur les représentations de l’histoire coloniale à travers le cinéma d’hier et d’aujourd’hui.
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Retrouvez tout le programme et l’intégralité de la programmation de films de fiction ou de documentaires sur leur site.

Avec plus de 150 films, de nombreuses rencontres et une série de débats, le cycle “Colonies” interroge l’imaginaire colonial en explorant tous les genres de films, des images d’archives au documentaire, de la publicité à la fiction. À la fois ouvert aux cinématographies des cinq continents et fortement enraciné dans le cinéma européen et américain, le programme de “Colonies” permet de confronter les points de vue idéologiques et historiques. Il invite à regarder sous un nouveau jour une mémoire et un héritage colonial dont le contenu demeure encore occulté et dont certains aspects sont absents du débat public.

De l’apogée des empires aux mouvements d’indépendances, des colonisations continentales à la conquête spatiale en s’attardant sur certains thèmes du colonialisme, le cycle “Colonies” s’articule autour de huit temps forts et accueille de nombreux invités pendant 3 mois.

Du 2 au 6 février, la manifestation s’ouvre sur une sélection de films qui définit les contours d’un imaginaire colonial qui va de l’âge d’or des empires, avec Pépé le Moko et les films de l’entre-deux guerres, au monde en déshérence dépeint par Marguerite Duras dans India Song et Son nom de Venise dans Calcutta désert.

Le cinéma occidental, de Out of Africa à Raja, décline une image d’Epinal avec une variation de points de vue, nostalgique dans le cas d’Indochine ou distancié dans le cas de Coup de torchon. Ce film de Bertrand Tavernier sera présenté à 21H30 par Pascal Blanchard, historien et président de l’Achac, lors de la SOIRÉE INAUGURALE du cycle “Colonies”, précédé de la présentation à 19H00 du film L’homme du Niger, de Jacques de Baroncelli (1939), véritable synthèse de la dialectique coloniale à la fin des années 30 que l’historien mettra en perspective avec le “grand reportage d’État” réalisé en 1938, La France est un Empire.

Le 3 février, l’historien Pascal Sorlin analyse le genre colonial, son influence et sa postérité dans le cinéma de fiction. Du 9 au 16 février, le deuxième temps fort du cycle est consacré au thème de la conquête et à des figures récurrentes telles que celle du soldat avec Aguirre, la colère de Dieu, du pionnier avec La Piste des géants, de l’explorateur avec Aux sources du Nil et du missionnaire avec Mission. Le 16 février, Edwy Plenel, journaliste et auteur de La Découverte du monde, présente un film rarissime d’Émile Bourgeois réalisé en 1917 sur la vie de Christophe Colomb, découvreur des Amériques.

Du 23 au 27 février, le Forum des images réunit plusieurs fonds d’archives cinématographiques internationaux. Cette mémoire audiovisuelle coloniale invite à comparer ce que les Anglais, Néerlandais, Belges, Allemands, Américains ou Français ont vu et montré de leurs colonies. Souvent fabriquées à des fins de propagande et filmées d’un seul côté, celui du colonisateur, les images rassemblées permettent aux chercheurs et conservateurs invités à cette occasion de faire état du travail de conservation et de diffusion de ces archives.

Comme dans les autres arts, les images de l’indigène au cinéma accumulent les poncifs. Figure dévalorisée, l’indigène est le plus souvent un faire-valoir de l’homme blanc, comme dans La Danseuse de Marrakech, et concentre les aspects négatifs de l’être humain. C’est le cinéma ethnographique, de Flaherty (Tabou) à Jean Rouch (Sigui), qui donne très tôt une représentation plus juste des peuples et des cultures indigènes. Le 3 mars, Youssef El Ftouh, historien et auteur du documentaire Le Noir des blancs analyse dans la culture occidentale la place réservée aux populations colonisées. Du 9 au 20 mars, le cinquième temps fort de “Colonies” réunit les films qui donnent une vision fascinante des espaces traversés et conquis par les colons : c’est le désert enivrant et meurtrier de La Patrouille perdue ; la jungle virginale et sournoise de Tarzan ou de Délivrance et l’Ouest mythique des western. Les historiens Antoine Germa et Frédéric Bas commentent ensemble la géographie imaginaire véhiculée par ces films, les 11 et 19 mars.

Du 23 mars au 3 avril, les films au programme illustrent la rencontre souvent violente entre les peuples européens et non-européens, avec la guerre pour issue. Esclavage (Ceddo), hégémonie européenne (Les Cinquante cinq jours de Pékin) ou volonté d’indépendance (Tabataba) sont des motifs de révolte. Le cinéma reprend les grandes figures de la dénonciation coloniale comme celle de Gandhi, de Las Casas (La Controverse de Valladolid) ou de Gide dans Voyage au Congo. Le 23 mars, l’historien Benjamin Stora présente R.A.S de Yves Boisset suivi d’une conférence-débat sur l’absence du monde colonial dans le cinéma français. Le 30 mars, avec Afrique 50, René Vautier incarne le cinéma anticolonial, minoritaire en France.

Du 13 au 17 avril, le septième temps fort de “Colonies” est consacré aux différentes mises en scènes du métissage. Prétexte à illustrer une certaine idée de l’exotisme, le personnage du métis peut aussi apparaître comme vivant le drame de son identité impure (La Prisonnière du désert). À l’inverse de John Ford, Jacques Rozier en fait un personnage positif et libéré, qui met en question les valeurs de la société qui l’entoure (Maine Océan). Si l’âge d’or des colonies a été abondamment illustré, la chute des empires, la naissance de nouveaux états et l’émergence de sociétés en devenir a nourri l’inspiration des cinéastes. La fracture économique et sociale, le thème de l’exil et de l’immigration sont au cœur des films tels que En attendant le bonheur ou L’autre côté de la mer. Composée d’héritages et d’identités multiples, la société mondiale cherche ses valeurs ainsi qu’une histoire commune comme l’évoquent Afrique, je te plumerai… de Jean-Marie Teno ou Little Sénégal de Rachid Bouchareb.

Ce programme, proposé du 20 au 28 avril, s’accompagne d’une série de débats, organisés en partenariat avec le quotidien Le Monde. “Comment sortir de l’imaginaire colonial?”, “Quelle mémoire commune?” ou encore “Colonisation / Mondialisation” sont quelques uns des champs de réflexion proposés.

À l’heure de la nouvelle mondialisation marchande, les sociétés post-coloniales du Nord au Sud questionnent leurs héritages, leurs métissages et leurs identités… C’est dans ce contexte que Le Forum des images choisit de présenter le cycle “Colonies”.