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Mahi Binebine. Pour célébrer la jouissance
« Au coeur de la peinture de Mahi Binebine : le corps. Le corps de mémoire, de douleur et de souffrance. Le corps ligoté, scarifié, qui a enduré humiliations, blessures et tortures.

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Le corps lourdement stratifié d’histoires tragiques. Le corps dans toute sa gravité qui se bat pour son autonomie avec toute la souplesse de sa plasticité, loin de toute conformité aux lois de l’anatomie. Le corps qui lutte contre l’exiguïté du cadre, se contorsionne, se rétrécie et s’allonge dans un combat sans fin. Le corps qui aspire à se libérer des confins du tableau. Le corps sillonné de réseaux graphiques qui cherche à s’arracher à la matière chaotique et l’indistinction chromatique.
Mais derrière cette peinture qui montre la douleur de l’homme au destin tragique, c’est certainement l’intensité de l’amour de la vie que l’artiste cherche à exalter. En fin de compte Mahi Binebine ne semble ouvrer qu’à dissiper les nouds conflictuels qui nous gouvernent foncièrement pour mieux émanciper notre vision sur nous-mêmes, ouvrir à notre conscience les chemins de paix, offrir à notre corps, jouissance et bonheur. C’est ce que dit si bien Nicole de Pontcharra : « Sans doute l’aptitude au bonheur qui caractérise Mahi Binebine dans sa vie est-elle le fruit d’une expérience intime de la nuit de l’âme. La série des toiles-sculptures intervient comme un lamento silencieux en contrepoint d’un chant glorifiant la vie ».
Ainsi, combien même il ne présente dans ses ouvres que des figures emblématiques de la souffrance, des corps systématiquement tordus avec l’accent mis sur le visage toujours littéralement en relief (siège par excellence de toute expression), la visée fondamentale de Binebine est de se débarrasser des puissances mortifères, échapper à la chape de malheur pour épouser le bonheur, amener le corps à s’affirmer et à vivre tout simplement en toute liberté et en pleine jouissance. »

* Extrait d’un texte de Mohamed Rachdi


Commissariat de l’exposition : Conceiçao Amaral & Sakina Rharib


Cette exposition ira en octobre 2005 à la fondation Gulbenkian.