Événements

Documentaire sur Grand Ecran présente, Dans le cadre du cycle « à voir et à manger » :
Kononga de Christophe Cupelin et Le Bouillon d’Awara de César Paes. Séance suivie d’un débat avec les cinéastes

Français

Dimanche 26 novembre, le cycle documentaire  » À voir et à manger  » continue.
À 18h, Kononga de Christophe Cupelin associe super 8, photographies, propos off, et la musique de Fred Frith pour tenter de raconter les effets de la désertification dans un village du Burkina Faso, et comment l’esprit de fatalité surplombe le présent de ces habitants. Le Bouillon d’Awara, de Cesar Paes, primé dans plusieurs festivals, explore quant à lui la richesse de la Guyane et la multiplicité des identités qui s’y construisent. La séance sera suivie d’un débat avec les réalisateurs.

Kononga de Christophe Cupelin
Confrontés à une situation de crise alimentaire récurrente, plus ou moins aiguë selon les années, les habitants du village de Kononga au Nord du Burkina Faso dépendent en premier lieu de la pluviométrie pour leur survie. Dans cette région où les effets de la désertification se font ressentir depuis des générations, la population, livrée à elle-même, n’est plus en mesure aujourd’hui d’infléchir ce processus naturel par ses propres moyens. En attendant la fin d’un monde, leur monde, les villageois – animistes, musulmans, chrétiens – s’en remettent à un destin dicté par des dieux tout-puissants.

Bertrand Tappolet : Comment est né ce film ?
Christophe Cupelin : Ce documentaire sur les habitants d’un petit village burkinabé, Kononga, est né de la rencontre de trois personnes amoureuses du cinéma, Evariste Ouédraogo, François Grometto et moi-même, curieuses de l’humanité et de la mémoire qu’il y a en chaque rencontre. Avec cet opus, nous tentons de faire partager une passion commune : à savoir réaliser un film dans la brousse au sein d’un contexte villageois en partant à la recherche de traces d’un univers disparu – la tradition – dans un village qui semble alors en ruine et comme déserté.
B. T. : L’ouverture de ce film parlé mooré et français est symptomatique d’un problème lancinant, la sécheresse qui touche les pays du Sahel et le Burkina Faso, le Pays de l’homme intègre en particulier, situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest.
C. C. : On voit dans une séquence des enfants couper le bois à même des arbres morts, décharnés, sur une terre ocre et argileuse avec en fond un témoignage qui évoque une certaine forme de fatalisme en reconnaissant que « Ce qui tue les arbres nous tuera à la longue ». Un dicton mossi dit, comme ailleurs, que « l’eau, c’est la vie ». A l’image de ce qui se déroule dans l’ensemble de cette région subsaharienne, la situation qui prévaut chaque jour davantage à Kononga est la fin des pluies. Face à ce phénomène mondial de réchauffement du climat, les habitants demeurent fatalistes. Les traditionalistes avanceront que la pluie se fait rare suite à l’abandon des pratiques culturelles. Les Musulmans préconiseront de prier Dieu afin de ramener l’or bleu venu du ciel. « Celui à qui nous adressons nos prières est le seul à pouvoir faire tomber la pluie », entend-on. Beaucoup diront que l’Occident et ancien colonisateur doit leur apporter une solution, dans la mesure où il est responsable de cette situation. D’autres enfin, à l’image du catéchiste, constatent un changement de mentalités et de comportements ainsi que la complexité croissante d’un monde sur lequel l’homme ne semble plus avoir de prise : « Avant, il pleuvait plus, il y avait peu de besoins » avance le religieux. « Les problèmes ne dépassaient pas la capacité des gens. Mais aujourd’hui d’autres problèmes s’imposent. Manque de pluie, manque de nourriture. Trop de problèmes, car trop de besoins. » L’inertie surgit de cette conviction que tous les événements leur sont extérieurs. J’ai néanmoins tenté d’exprimer un certain volontarisme à travers la séquence consacrée au travail des mineurs dans un gisement à ciel ouvert. Ces ouvriers envisagent leur avenir au travers de l’exploitation aurifère, même si la mine semble avoir une existence par nature éphémère. En dehors du coton ou des mines, les capacités économiques du pays restent, en effet, limitées.
Propos recueillis et mis en forme par Bertrand Tappolet© Avril 2006

Le Bouillon d’awara de Cesar Paes
On raconte en Guyane que l’étranger qui goûte au bouillon d’awara est forcément pris au piège des charmes du pays au point de ne plus pouvoir le quitter. La recette de cette soupe dont l’élément de base est le fruit d’un palmier guyanais – l’awara – et où mijotent une multitude d’ingrédients, aurait été concoctée jadis par une jeune fille créole, désireuse de retenir son jeune amant métropolitain…
Le brésilien Cesar Paes, réalisateur de documentaires, vit en France depuis dix ans. C’est lui qui a eu l’idée savoureuse de partir de la recette de ce bouillon, composé en Guyane au moment de Pâques dans un grand chaudron, pour montrer la diversité guyanaise et la manière dont la population s’enrichit du chevauchement des cultures apportées par différentes vagues d’immigrations. La préparation du mets, qui demande plusieurs jours, rythme tout le film, tandis qu’hommes et femmes viennent raconter de quelle manière ils se sont retrouvés à vivre et à travailler sur ce bout de territoire français d’Amérique.
Cesar Paes a installé sa caméra à Mana, un village de 1500 habitants où se côtoient des familles de traditions diverses, africaines, portugaises, chinoises, javanaises, etc. Une jeune femme médecin à Mana, elle-même Française d’origine algérienne, a une jolie formule pour résumer ce qu’elle éprouve, au fil de ses consultations : « D’une maison à l’autre on change de pays », s’émerveille-t-elle. Rétif au commentaire, Cesar Paes a construit son film de manière que le spectateur se laisse porter, saoulé de parfums et de couleurs. Plus proche du conte que du documentaire, ce bouillon d’awara saura envoûter les amateurs de plats épicés.
Sylvie Kerviel. Le Monde – 26/08/1996




Kononga de Christophe Cupelin
Suisse, 2006, Beta SP, couleur, 30′
et Le Bouillon d’awara de Cesar Paes
France / Belgique, 1996, 35 mm, couleur, 70′



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