Festivals : dans l’espace, on entend crier

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Les colonnes d’Africultures sont trop étroites pour rendre compte de tous ces festivals européens qui, ici ou là, dans de petites villes et des lieux reculés, créent des espaces exceptionnels de découverte des expressions culturelles africaines. Il est sans intérêt d’en redire le programme, déjà annoncé dans l’agenda. Par contre, il est dommage de ne pouvoir témoigner de temps à autre de ces initiatives passionnées de quelques fous d’Afrique, dans ce qu’elles recèlent d’abnégation et d’engagement, dans ce qu’elles font avancer sans drapeaux ni gloire.
Les ingrédients sont toujours les mêmes : un ou plusieurs individus qui ont pris le risque de connaître l’Afrique, au sens où ils sont sortis des sentiers battus pour s’y frotter au quotidien, apprenant ainsi à ne plus l’idéaliser, l’exotiser, la mythifier. Ils tirent de cette juste distance et de cette expérience émotionnelle de quoi faire bouger des amis, des proches, sans compter quelques Africains animés de quête identitaire. Et le tour est joué : ce petit monde fraternel accouche d’un projet, monte une association, cherche des partenaires, mobilise des financeurs, réfléchit à une programmation. Rien n’est simple et tout se ligue pour freiner les ardeurs : les financeurs sont rares et frileux, l’information manque pour monter une programmation que l’on veut pluridisciplinaire, les énergies du petit groupe ne suffisent pas…
Pourtant, on arrive à passer des soirées à confectionner des billets d’entrée en bonne et due forme, on soigne son image pour ne jamais prêter le flanc à des reproches de manque de sérieux, on quadruple sa facture de téléphone personnel dans les contacts et on y passe le plus clair de son temps libre.
Le groupe vibre de l’énergie du but et plus la date approche, plus monte l’angoisse du raté, de la sono en panne à la maladie d’un artiste ou aux films qui n’arrivent pas. Et puis c’est le grand jour. On est déjà épuisé par les derniers préparatifs mais l’énergie est encore là. Tout est prêt mais une grande incertitude demeure : vont-ils nous faire le coup de ne pas venir, tous ces gens que l’on a essayé de mobiliser, notre public ? On a posé des tracts-programmes partout où c’était possible, on a bataillé avec les commerçants pour tapisser d’affiches-baobab les portes de leurs magasins, on a harcelé les journalistes pour qu’ils ouvrent leurs colonnes à l’événement.
La tension monte quand on voit que la presse locale boude malgré toutes les promesses. On scrute le ciel, craignant le soleil, terrible concurrent. On tourne en rond à l’entrée d’une salle qui ne se remplit désespérément pas. Comment peuvent-ils trouver autre chose à faire que de profiter de tant d’énergie déployée, d’un programme aussi exceptionnel ?
Oui, on avait rêvé de refuser du monde, mais ceux qui sont là sont bien présents : la qualité des échanges réchauffe le cœur et on se dit qu’au fond, même pour quelques uns et ne serait-ce que pour le groupe, le jeu valait la chandelle, on en est ressortis plus humains qu’avant.
C’était, par exemple, deux week-end de neige durant ces froids tardifs de la fin avril, à Pontarlier dans le Doubs, le 3ème festival Afrique organisé par l’association Jack & Zack. Les peintures de Geneviève Aïssi et de Kra N’Guessan, les photos d’Ananias Leki Dago, sept séances de cinéma, la danse avec Mounafaniy et Lomani Ballet Lokombe, la musique de Lamine Konte et Regis Gizavo, et la présence des écrivains Gaston-Paul Effa et Jean-Luc Raharimanana : on ne se moquait pas du public à Pontarlier.

C’est pour soutenir en partenariat ces initiatives que nous avons créé sur notre site internet « les événements Africultures », un espace de mise en valeur et d’information permettant de découvrir les festivals petits et grands qui a travers le monde permettent de mieux connaître les expressions culturelles africaines contemporaines.
Un nouvel espace accueille également les associations de tous types (socio-culturelles, humanitaires, jumelages etc) pour leur permettre de s’auto-présenter. Il est complété par des espaces gratuits d’annonces, de questions-réponses, de contacts et de conseils, permettant de proposer, rechercher, discuter.///Article N° : 1922


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