Fictions d’érudition. Les populations des confins africains dans les sommes historiques, les atlas et les cosmographies de la Renaissance

Université de Paris IV-Sorbonne(C.R.L.V.) / Middlebury College (Vermont)

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Au lendemain de la mort de François Ier, la révolution culturelle amorcée par les humanistes sous son règne (1) s’épanouit avec la multiplication des traductions des travaux géographiques, historiques et cosmographiques des savants et érudits italiens, espagnols et allemands et la parution d’œuvres de cosmographes français. Si l’Europe et l’Asie font l’objet de descriptions assez bien informées, l’Afrique et l’Amérique donnent en revanche lieu au déploiement d’un savoir plus pléthorique. La finalité même de la cosmographie implique que le cosmographe livre pour chaque partie du monde un savoir exhaustif. Même s’il s’appuie pour chaque région sur les sources qui font autorité, le cosmographe se trouve contraint, pour asseoir son savoir sur les régions qu’il connaît le moins, de balayer les incertitudes, de pallier les carences, de combler les lacunes, en usant de fictions d’érudition. Aussi est-ce la raison pour laquelle l’Afrique des cosmographes est une Afrique pour partie connue et pour partie inventée.
Une fiction d’érudition fantaisiste et lacunaire : l' »Aphricque » et ses habitants dans la Division du Monde de Jacques Signot
C’est en 1539 que paraît la première grande cosmographie française : la Division du Monde. Son auteur, Jacques Signot, est ingénieur militaire et cartographe de formation (2). Mais s’il cite une pléiade d’autorités et s’il plagie en partie Martín Fernandez de Enciso (3), sa cosmographie constitue un exemple de ce qu’est une fiction d’érudition. Compilation érudite de toutes les grandes descriptions de géographie savante connues n’accordant aucune part aux savoirs réunis par les voyageurs contemporains, son ouvrage s’inscrit dans la tradition historico-descriptive de Strabon et dans la tradition mathématique de Ptolémée. Occultant totalement la découverte de l’Amérique, multipliant les confusions quant aux limites des contrées et à la situation des fleuves et océans, Jacques Signot situe l’Espagne pour partie en Europe et pour partie en Afrique, et est intimement convaincu que l’Amazone est un royaume « dont l’une partie est assise en Asie, l’autre en Europe. » Sa connaissance de la géographie française est tout aussi lacunaire que sa connaissance du globe. Il situe ainsi dans les Pyrénées « le pays de Savoie qui divise France et Italie. » Jacques Signot puise son information sur l’Afrique principalement chez Pline et Solin. Il semble ne pas connaître les écrits de Fracanzano da Montalboddo, qu’il s’agisse des éditions italiennes des Paesi novamente ritrovati, de leur traduction latine, l’Itinerarium portugallensium, ou de leur tardive adaptation française, S’ensuyt le Nouveau Monde d’Emeric Vespuce. Pas plus d’ailleurs que la Cosmographiae Introductio de Martin Waldseemüller. Rien d’étonnant donc à ce que sa connaissance du continent africain soit des plus fantaisistes et à ce que les populations des côtes méridionales africaines soient absentes de sa Division du Monde.
Le savoir des auctoritates au secours de l’experientia : les habitants des côtes orientales africaines dans la Cosmographie Universelle de Guillaume Le Testu
A l’inverse de la Division du Monde de Jacques Signot, la Cosmographie Universelle de Guillaume Le Testu est une contribution des plus originales à la connaissance géographique du temps (4). Guillaume Le Testu n’est pas un savant de cabinet mais un pilote expérimenté. Sans doute est-ce la raison pour laquelle sa cosmographie ne revêt pas la forme d’une somme érudite mais celle d’un atlas enluminé sur vélin. Résolument novateur dans sa conception, cet atlas comprend en outre un certain nombre d’observations inédites. Parmi celles-ci figure une description circonstanciée des plus instructives des populations des côtes orientales africaines :
« […] Les abitans
De ceste Contree sont mores, & negres : Les ungs
Croient en dieu, & Les autres Non : scavoir est
Seux qui abitent prez du Royaume de melinde,
ou Abite prestre Jéan sont ceux qui croient en
Dieu : ceste Region est Fretille en grains, Comme
Mucq, Ris, & plusieurs Sortes de grains. » (5)
La suite de la description reprend les monstrueuses représentations des populations africaines inventées par les anciens, transmises par les vulgarisateurs, les compilateurs et les encyclopédistes durant l’époque médiévale et encore véhiculées par des cosmographes durant la première moitié du seizième siècle. Cette description des populations des côtes orientales est comme la description des populations du golfe persique d’une remarquable exactitude. Elle atteste de la part dévolue à la connaissance acquise par l’expérience dans son atlas par Guillaume Le Testu. Si sa description des populations des côtes méridionales africaines n’est pas sans correspondre à une réalité dont ont rendu compte plusieurs voyageurs, sa description des populations des côtes occidentales africaines, qui puise ses sources chez les autorités antiques, est totalement fantaisiste. Lorsque les matériaux de première main lui font défaut, c’est chez Pline, Solin et Saint Augustin que Guillaume Le Testu trouve matière à rédiger les commentaires de sa Cosmographie, le savoir des auctoritates venant alors au secours de l’experientia. Cependant, les merveilles ne sont pas investies dans sa cosmographie des mêmes significations que les merveilles des compilations, des œuvres théologiques et morales et autres encyclopédies médiévales. Elles traduisent l’extraordinaire varietas du monde par delà leur fascinante puissance d’évocation. Document exceptionnel tant pour la qualité du dessin et de l’illustration de ses cartes colorées que pour l’exactitude des observations pittoresques et inédites réunies, la Cosmographie universelle a été réalisée par Guillaume Le Testu à l’intention de l’amiral Gaspard de Coligny ; demeurée manuscrite, elle n’a pas exercé d’influence profonde sur la connaissance géographique de son temps (6).
Tradition et innovation chez Sebastian Münster : les savoirs relatifs à l’Afrique et à ses habitants dans la Cosmographie
C’est en 1552 que paraît la première traduction française de la cosmographie de Sebastian Münster initialement publiée en allemand à Bâle en 1544 et en latin à Bâle toujours en 1550 (7). Par son aspect et son volume, cette édition fait rapidement autorité. Sur les six livres consacrés par son auteur à la description du monde, trois traitent de l’Europe, un de l’Asie, et un seul, le dernier, de l’Afrique et des terres nouvellement découvertes. Les trois livres consacrés à l’Europe sont remarquables sur le plan de la documentation et de l’information. Sebastian Münster puise l’essentiel de ses sources dans les grandes sommes géographiques de son temps. Pour chaque contrée, il s’applique à réunir une documentation exhaustive, précise et récente, afin d’être en mesure d’en livrer la description la plus exacte qui soit. L’Allemagne est assurément la contrée dont la description est la plus exhaustive. Se fondant sur des recueils, des cosmographies, des descriptions et relations de voyage auxquelles il ajoute des observations tirées de sa propre expérience, Sebastian Münster livre une description de l’Allemagne riche en enseignements sur les langues, les us, les mœurs, les pratiques… En revanche, si les sources qu’il convoque pour rédiger ses chapitres sur la France, l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne sont contemporaines ou relativement récentes – remontant guère à plus de vingt ans – celles qu’il convoque pour traiter de l’Asie, de l’Afrique ou des terres nouvellement découvertes sont beaucoup plus anciennes. Alors qu’il s’est appliqué à réunir pour l’Europe des documents inédits, c’est de la Geographia de Ptolémée, du De Situ orbis de Pomponius Mela, de l’Historiae naturalis de Pline et du De Civitate dei de Saint Augustin que sont issus les savoirs relatifs au continent africain et à ses populations dans le sixième et dernier livre de sa cosmographie qu’il consacre conjointement à l’Afrique et aux terres nouvellement découvertes, ignorant les expéditions auxquelles ont participé les maisons augsbourgeoises Welser et Völhin, et plusieurs consortiums allemands en Amérique, dans les Indes et en Afrique. En effet, alors que la brochure imprimée de Balthasar Springer a fait l’objet de plusieurs éditions et rééditions en Allemagne, à Augsbourg, Cologne et Mainz, contribuant à la diffusion de savoirs neufs sur les nouveaux horizons, Sebastian Münster, pourtant féru de voyages, n’en fait nulle mention. Aussi, bien que sa Cosmographie contribue à renouveler les savoirs relatifs aux contrées europé-ennes et à leurs populations, elle n’apporte rien de neuf sur les confins africains et leurs habitants. (8)
L’Afrique fantôme d’André Thevet : les représentations des populations africaines dans la Cosmographie Universelle
La Cosmographie Universelle d’André Thevet paraît en 1575. Elle comprend deux volumes. Le premier est consacré à l’Afrique et à l’Asie. Le second traite de l’Europe et du Nouveau Monde (9). Les savoirs réunis par André Thevet sur les antiquités, curiosités, fables, histoires des pays ou provinces d’Europe, d’Asie et d’Amérique sont globalement exhaustifs. André Thevet a personnellement visité quelques-unes des contrées de ces trois continents et comme Sebastian Münster, à qui il voue une certaine admiration, il s’est efforcé de réunir une documentation complète, solide, exacte et contemporaine. Mais contrairement à l’érudit cosmographe et à nombre de ses prédécesseurs, André Thevet ne puise pas ses sources sur l’Afrique, qu’il n’a pas visitée, chez Pline, Solin, Pomponius Mela ou Saint Augustin, mais chez le voyageur vénitien Alvise de Ca’da Mosto (10). Le regard qu’il porte sur l’Afrique diffère de celui des autres cosmographes. Cependant, il est loin d’être exempt de préjugés :
« S’il y a idolatrie abominable, superstition brutale, et pleine d’ignorance du monde, écrit-il, vous la trouverez chez ces pauvres gens […] ; les uns sont Mohametans […], les autres Chres-tiens, qui sont assubjettiz au grand Roy d’Ethiopie : et les autres, heretiques, participans du Judaïsme et du Chrestien, comme sont ceux de Nubie, qui ne sçavent bonnement ce qu’ils doib-vent croire. Il s’en trouve aussi d’Idolatres à moitié, et partie abreuvez des erreurs de Mahomet : et aucuns, qui sont du tout confits en l’abomination des Idoles : et d’autres qui ne cognoisent ny Dieu, ni Loy, ny Religion, tels que ceux qui habitent vers le Cap de Bonne esperance. » (11)
Bien que le témoignage d’Alvise de Ca’da Mosto concerne les populations des côtes occidentales africaines, André Thevet l’étend incontinent à toutes les populations du continent. Parce qu’il n’a pas visité l’Afrique et que sa documentation sur ce continent est plus réduite et plus ancienne que ses autres sources, son Afrique est une Afrique fantôme. Certes son information renouvelle les savoirs relatifs au continent africain et à ses populations mais elle est encore lacunaire, approximative et empreinte de préjugés.
Une contribution neuve à la connaissance de l’Afrique : la Cosmographie universelle de Münster « augmentée, ornée et enrichie » par François de Belleforest
La Cosmographie universelle que publie François de Belleforest paraît la même année que la Cosmographie universelle d’André Thevet. C’est une traduction consi-dérablement augmentée de la Cosmographia de Sebastian Münster. Son traducteur-adaptateur, François de Belleforest, est un brillant polygraphe connu pour ses recueils d’Histoires tragiques et d’Histoires prodigieuses ainsi que pour son Histoire universelle du monde, contenant l’entière description et situation des quatre parties de la terre, une adaptation des Omnium gentium mores, leges et ritus de Johann Boemus, l’un des auteurs de prédilection de Sebastian Münster (12). S’il donne à son adaptation le titre de cosmographie, François de Belleforest est bien conscient que son ouvrage rompt avec la tradition ptoléméenne cosmographique ainsi qu’il le consigne dans sa « Préface ». François de Belleforest n’est pas un grand voyageur à l’inverse d’André Thevet. La richesse de sa contribution à la cosmographie de Sebastian Münster provient de ce qu’il a lu sous la forme de brochures, de volumes ou de recueils un nombre impressionnant de récits de voyage. Aussi est-ce la raison pour laquelle sa cosmographie est la seule parmi toutes celles qui sont imprimées dans le même temps, à comporter une description circonstanciée des populations habitant dans les environs du Cap de Bonne-Espérance :
« Le peuple est brutal, grossier, lourd, & sans nul esprit, ou cognoissance, noir, laid au possible, écrit François de Belleforest, sans nul cheveu, ou poil en teste, tout le chef taigneux, & sale, les yeux chassieux & se vestant de peaux a tout le poil iusques a la ceinture couvrans leurs parties honteuses avec un cuir velu, & qui est fait tout droit a la façon d’une braiette lansquenette, ou comme une guaine de couteau. Les femmes se vestent aussi des mesmes peaux, & y pendent les queües des bestes mesmes, lesquelles leur servent devant & derriere a couvrir leurs parties honteuses, & pour leur plus grande deformité, elles ont les mamelles fort grandes, & fort longues. Les hommes n’ont pour toutes armes que certains d’ards fort aigus, & ayans une pointe de fer au bout […]. Ils vivent sans loy quelconque, mangent la chair cruë, parlent du gosier, & avec signes, & sifflemens, ils s’entre entendent. » (13)
Les éléments composant cet éloquent portrait sont issus de la description insérée par Giovanni da Empoli dans le récit de son Viaggio fatto nell’India qui figure dans le premier volume des Navigationi et Viaggi de l’érudit italien Giovanni Battista Ramusio (14). C’est ce récit que Jean Temporal a intitulé la Navigation de Jean d’Empoli dans la traduction française qu’il a procurée du recueil des Navigationi auquel il a donné le titre d’Historiale description de l’Afrique.
« Les hommes, lit-on effectivement dans le récit de la Navigation de Jean d’Empoli, ne portent point de chapeaux, encore qu’ils aient la tête orde et teigneuse ; le reste du corps tout découvert, excepté que, depuis la ceinture au bas, ils se couvrent d’une peau avec son poil, cachent leur membre viril dans une gaine faite de cuir pelu. Mais les femmes portent un habit de peau, avec sa queue pendant au-devant, afin de couvrir leur vergogne, toutes nues depuis la ceinture jusqu’aux mamelles, qui sont longues, hideuses et difformes ; et de là, en sus, elles sont tout ouvertes. Leurs armes sont des arcs garnis de fer aux deux bouts. Quant à leur loi et foi, ils n’en tiennent point, et vivent désordonnément, usant de chair crue, fort ords et sales en toute leur manière de vivre, de faire et de parler, mêmement qu’ils n’ont la voix à plaisir, mais parlent du gosier, de sorte que ne les pouvions entendre, encore que nous eussions en notre compagnie plusieurs braves personnages de gentil esprit et bien entendus dans les langues, lesquels ne surent jamais rien comprendre de leur jargon, sinon que par leurs signes on colligeoit une partie de leur intention. Par quoi il est à conclure que ce sont brutaux plutôt qu’animaux raisonnables. »  (15)
La brutalité, la grossièreté, la noirceur, la laideur et la saleté extrêmes qui caractérisent ces habitants en font des êtres d’une sauvagerie peu commune, particulièrement vils, abjects, répugnants. Avec leurs mamelles démesurées, les femmes n’ont, sur le plan de la laideur, rien à envier aux hommes. Qu’ils se vêtent de peaux de bêtes, qu’ils n’obéissent à aucune loi, qu’ils dévorent de la chair crue et que leur langage soit inarticulé sont autant d’éléments qui contribuent déjà dans l’imaginaire collectif à reléguer ces êtres du bout du monde dans les marges de l’humanité. En insérant des portraits circonstanciés de populations méconnues, François de Belleforest ne se contente pas d’augmenter, d’orner et d’enrichir la cosmographie livrée par Sebastian Münster près d’un demi-siècle plus tôt, il va plus loin en renouvelant littéralement le genre même de la cosmographie.
Des atlas et des cosmographies du second tiers du seizième siècle, les populations des côtes méridionales et orientales africaines sont globalement absentes. Paradoxale-ment, c’est dans la Cosmographie universelle de Guillaume Le Testu, la moins érudite de ces cosmographies, et sans nul doute la moins connue (16), et dans la Cosmographie universelle de François de Belleforest, la plus novatrice sans doute, mais aussi la plus décriée (17), que figure les seules descriptions con-temporaines de ces populations. Dans les autres cosmographies, en effet, soit l’espace africain et ses habitants sont appréhendés de manière globale, comme c’est le cas dans la Cosmographie universelle d’André Thevet, soit ils sont présentés tels que les autorités les ont décrits, comme c’est le cas dans la traduction française de la Cosmographia de Sebastian Münster et dans la Division du Monde de Jacques Signot, soit ils sont ignorés. L’Afrique est de tous les continents celui sur lequel le savoir est le plus approximatif, le plus lacunaire, le plus éthéré aussi. Si les cosmographes font figurer ce continent dans leurs sommes, c’est parce que sans lui leurs cosmographies seraient incomplètes : elles ne seraient plus universelles. Or ce que recherchent les lecteurs d’atlas et de cosmographies, ce sont précisément des ouvrages qui réunissent pour chaque continent un ensemble de savoirs de nature diverse. C’est la raison pour laquelle les cosmographies imprimées au cours du second tiers du seizième siècle apparaissent autant hétéroclites et que le curieux ou l’érudit y trouvent pêle-mêle des informations touchant à des domaines aussi différents que le climat, la faune, la flore, la généalogie, l’histoire, les légendes, les coutumes, les mœurs phagiques, les pratiques religieuses, les formes de gouvernement ou la géographie physique. Si les descriptions contenues dans les différentes cosmographies peuvent aujourd’hui apparaître au lecteur stéréotypées en faisant se succéder de manière laconique l’étymologie du nom du pays décrit, ses limites, ses divisions, sa topographie, les mœurs et coutumes de ses habitants, elles correspondent à ce que recherche le lecteur de la Renaissance : une somme de connaissances variées sur le monde. Mais que l’on ne s’y trompe pas : quelles qu’aient pu être les précieuses informations véhiculées par Jacques Signot, Sebastian Münster, André Thevet ou François de Belleforest – le cas de Guillaume Le Testu étant particulier – les lecteurs qui ont pu y avoir accès sont in fine relativement peu nombreux. (18) Plus que les cosmographies, ce sont les traduc-tions en français de relations de voyageurs portugais et bataves, et d’historiens portugais, qui vont contribuer à renouveler les savoirs relatifs aux populations des côtes méridionales et orientales africaines et présider à leur entrée sur la scène littéraire française.

1. C’est sous le règne de François Ier que commencent à être imprimés à destination de la noblesse française les écrits des grands auteurs grecs et latins. « Ce sont d’abord des fonctionnaires royaux, écrit Gilbert Gadoffre, qui publient des traductions. Étienne Le Blanc, conseiller et contrôleur de l’épargne, offre au Roi une traduction de discours de Cicéron. Antoine Macault, notaire, secrétaire et valet de chambre du Roi, fait de même trois ans plus tard pour l’édition de Diodore de Sicile, pendant que Jacques Colin publie notamment, sous le titre de Procès d’Ajax et d’Ulysse, un extrait de la treizième Métamorphose d’Ovide. […] Les grands seigneurs tiennent à cœur de commander des traductions […]. Antoine Macault faisait sa cour au Cardinal de Lorraine en lui offrant sa traduction du De Marcello ; et Anne de Montmorency, grand soldat mais piètre lecteur, n’en a pas moins commandé à Louis Meigret une traduction de Catilina ; Lancelot Carles, évêque de Riez, donne au traducteur de saint Justin, Jean de Maumont, l’ordre de terminer et de publier sa traduction des « histo-riens grecs ». Dans le chapitre consacré à la traduction, l’Art poétique de Peletier du Mans laissait une place aux considérations sur l’impact de ces efforts des traducteurs et éditeurs. Ils sont, dit-il, « en partie cause que la France a commencé à goûter les bonnes choses ». » Gilbert Gadoffre, La Révolution culturelle dans la France des Humanistes. Guillaume Budé et François Ier, Genève, Droz, 1997, « Titre courant », p.257-258.
2. Jacques Signot, La Division du monde, contenant la déclaration des provinces et régions d’Asie, Europe et Aphricque, ensemble les passaiges, lieux et destroictz par lesquelz on peut entrer et passer de Gaulle es parties d’Italie […], Paris, Adrien Lotrian, 1539. Outre cette cosmographie, il est l’auteur d’un ouvrage de géographie descriptive, La Totale et vraie description de tous les passaiges, lieux, destroictz par lesquelz on peut passer et entrer des Gaules es Ytalies […]. En dépit de ses lacunes et de ses sources éthérées, cet ou-vrage n’en conquiert pas moins un public de lettrés et de curieux. Jacques Signot, La Totale et vraie description de tous les passaiges, lieux, destroictz par lesquelz on peut passer et entrer des Gaules es Ytalies […], Paris, Toussains Denis, 1515, Bibliothèque municipale de Versailles, M-54, Fonds ancien 2. Sur l’œuvre de Jacques Signot : Numa Broc, La Géographie de la Renaissance 1420-1620, Paris, Editions du C.T.H.S., 1986, « Format », p.71.
3. Martín Fernandez de Enciso, Suma de geographía que trata de todas las partidas y provincias del mundo, en especial de las Indias […], Sevilla, Jacobo Cronberger Aleman, 1519. Jacques Signot puise une partie de ses informations sur l’Europe dans la Suma de geographía […]. Mais en confrontant cette source avec d’autres il ne réussit qu’à multiplier les confusions. Contrairement à Jacques Signot, Sebastian Münster s’inspirera de manière plus heureuse de la Suma de geographía […].
4. Guillaume Le Testu, Cosmographie universelle selon les navigateurs, tant anciens que modernes. Par Guillaume Le Testu pillotte en la Mer du Ponent De la Ville Francoyse de grace […], 1556. Atlas enluminé sur vélin de 56 planches et cartes. Château de Vincennes, Bibliothèque du Service historique de l’Armée de terre, ms. DLZ 14. Sur Guillaume Le Testu : Abbé Anthiaume, « Un pilote et cartographe havrais du XVIe siècle : G. Le Testu » [in]Bulletin de géographie historique et descriptive, 1911, p.135-202 ; Frank Lestringant, Le Huguenot et le sauvage. L’Amérique et la controverse coloniale, en France, au temps des Guerres de Religion (1555-1589), Paris, Aux Amateurs de Livres, 1990, « Littérature des voyages », p.224-225. Sur sa Cosmographie universelle : Numa Broc, La Géographie de la Renaissance 1420-1620, op.cit., p.177-178. Frank Lestringant, « L’unité de la cosmographie : la leçon de Guillaume Le Testu » [in]L’Atelier du cosmographe ou l’image du monde à la Renaissance, Paris, Albin Michel, 1991, « Bibliothèque de synthèse », p.147-154. Frank Lestringant a reproduit en appendice plusieurs extraits des commentaires inédits de cet atlas. Guillaume Le Testu, Cosmographie universelle […], 1556, extraits [in]Frank Lestringant, L’Atelier du cosmographe ou l’image du monde à la Renais-sance, op.cit., p.185-193.
5. Guillaume Le Testu, Cosmographie universelle selon les navigateurs […], op.cit., f. XX-XXI.
6. « La grande affection que j’ay eue mon seigneur, de avoir dresse cestuy myen petit euvre que toutefoys je n’estime a suffisance elabore pour vous debvoir estre presente m’a contrainct, écrit Guillaume Le Testu dans son épître dédicatoire à l’amiral Gaspard de Coligny, obstant ma rudite le mettre et dresser en l’estat que je le vous presente : vous suppliant ne prendre garde aux inpropriettes desquelles j’ay en la composition d’icelluy usé, maiz au bon cœur d’ou il vous est presente. Peult estre qu’aucuns demanderont Qui est ce nouveau Cosmographe, qui aprez plusieurs autheurs tres renommes, tant anciens que modernes, a voullu entreprendre d’inventer chozes nouvelles. Maiz je leur respondray, que Nature ne s’est tant astrainte, ou asubjetie aux escrips des Anciens, qu’elle aict perdu le pouvoir et vertu de produire chozes nouvelles et estranges : oultre les chozes de quoy ilz ont escript. Qu’il soit ainsy, quant les anciens auront prins autant de labeur que possible leur a esté, ilz ne pouroient avoir entierement veu tous les effaictz d’icelle : Ou bien quand ilz les auroient veutz, chascun homme a naturellement faict acquisition d’une sy grande impuissance : qu’il ne luy est possible de tout reduire par escript : Ou aultrement, chascun n’a peu escripre en plus advant que le don de Dieu luy a esté ouvert : pour ses causses Monseigneur, j’estime que telles personnes se contenteront par la consideration de ceux, qui par leurs escriptz ont perpetue leur nom, et celluy de ceulx ausquelz ilz les ont dedies leurs escriptz : Pour raison de quoy et que cestuy present volume soit digne de vous et de vostre posterite de toute mon affection je le vous dedie et presente : vous supliant agreablement le recepvoir : et ce faissant me donneres l’enhardissement qui faict a tous hommes entreprendre cela qui leur est possible soubz le ciel acomplir, pour vous donner plaisir. Et atant Monseigneur je prie le createur qu’il vous veieulle de plus en plus acroistre et augmenter et a la fin vous donner l’eternelle fruiction de ses sainctes promesses. En la ville Francoise de grace le cinqiesme jour d’apvril mil cinq centz cinquante cinq avant Pasques. » « A Hault et Puissant Seigneur Mesire Gaspar de Coligny Chevallier de l’ordre Seigneur de Chastillon Amiral de France Coulonnel de l’infanterie Francoyse gouverneur de l’ille de France et Cappitaine de la ville de Paris Guillaume Le Testu son tres humble et obeissant servicteur desire pays et eternelle felicité » [in]Guillaume Le Testu, Cosmographie universelle selon les navigateurs, tant anciens que modernes […], op.cit., f. I-II.
7. Sebastian Münster, Cosmographia […], Basel, Henric Petri, 1544. BnF. Rés G-G-3. Trad. lat. : Cosmographiae uniuersalis […], Basileae, apud Henricum Petri, 1550. Bibliothèque muni-cipale de Toulouse Rés. B XVI 27, Fonds ancien 2. Trad. fr. : La Cosmographie Universelle, contenant la situation de toutes les parties du monde, avec leurs proprietez et appartenances […], Bale, Henry Pierre, 1552. Bibliothèque municipale d’Orléans E-101. La traduction fran-çaise de la cosmographie universelle de Sebastian Münster va donner lieu à de nombreuses éditions avant de faire l’objet d’une adaptation par François de Belleforest.
8. La Cosmographie de Sebastian Münster marque même un recul. Tandis que sont imprimés, au moment où il écrit sa cosmographie, en latin et dans diverses langues vulgaires plusieurs relations, recueils de voyages et sommes historiques qui rendent compte de périples accomplis le long des côtes africaines par des voyageurs à la solde de différentes compagnies ou au service de différentes couronnes, Sebastian Münster continue de puiser l’essentiel de son information chez les autorités antiques. Il n’est pas improbable qu’il se soit inspiré d’un ouvrage qui a connu un grand succès en son temps : l’édition séparée du livre VII de l’Historiae naturalis de Pline publié « cum annotationibus M. Volgangi Guglinger » à Cracovie en 1526. Sur ce livre : Jean Céard, La Nature et ses prodiges. L’Insolite au XVIe siècle, Genève, Droz, 1977, « Travaux d’Humanisme et de Renaissance. » Rééd. : Genève, Droz, 1996, « Titre courant », p.12.
9. André Thevet est un grand voyageur. Dans les années 1551-1553, il se rend en Asie Mineure, visite la Grèce, traverse la Palestine. En 1555, il accompagne Villegagnon au Brésil. Ces voyages lui inspirent deux ouvrages : la Cosmographie de Levant d’abord, qu’il fait paraître en 1554 et les Singularitez de la France Antarctique qu’il publie en 1558. Nommé garde du cabinet des curiosités du roi, puis cosmographe et historiographe de Henri II, André Thevet continue de voyager, profitant de ses pérégrinations pour réunir les matériaux de sa grande œuvre à venir : une cosmographie universelle. André Thevet, Cosmographie de Levant […], Lyon, Jean de Tournes et Guillaume Gazeau, 1554; Les Singularitez de la France Antarctique. Autrement nommee Amerique : et de plusieurs Terres et Isles decouvertes de nostre temps, Paris, les héritiers de Maurice de la Porte, 1557 et 1558.
10. « Ca’da Mosto fournit à Thevet – ou plutôt à son nègre littéraire Mathurin Héret –, la distinction entre « Barbazins et Serrets », peuples noirs vagabonds et sauvages, « sans loy, sans roy », de l’intérieur de l’Afrique, et plus loin le nom indigène, « mignol », du vin que l’on tire des palmiers. Les remarques sur le fleuve Sénégal, qui sépare « la terre seiche et aride de la fertile » et les Blancs des Noirs, ou l’évocation d’un « arbre fructifère », dont l’huile, couleur safran, a l’odeur de la violette de Mars et la saveur de l’olive, sont tirées de la même source. Le goût de veau de la chair de tortue marine n’est pas davantage une notation personnelle de Thevet, mais, une fois de plus, une citation littérale du seigneur vénitien. » Frank Lestringant, « Etrange Afrique : de Ca’da Mosto à Thevet » [in]M.T. Jones-Davies, dir., L’Etranger : identité et altérité au temps de la Renaissance, Paris, Klincksieck, 1996, p.37-48. Cit. p.43.
11. André Thevet, La Cosmographie universelle […]. Illustree de diverses figures des choses plus remar-quables veuës par l’Auteur […], Paris, Pierre L’Huillier et Guillaume Chaudière, 1575. Tome 1, p.66.
12. François de Belleforest, La Cosmographie universelle de tout le monde conmprenant la Grèce, avec les descriptions anciennes et modernes, tant du plant que noms des villes et ré-gions comme de l’histoire et decrivant les deux afies selon leur estendue, raretez, riches-ses et histoire de l’estat des royaumes outre ce qui en a esté cy devant descouvert. Plus y est adiovstée l’Affrique, autant doctement que veritablement. […]. Auteur en partie Muns-ter, mais beaucoup plus augmentée, ornée et enrichie par François de Belle-forest, Comin-geois […], Paris, Nicolas Chesneau et Michel Sonnius, 1575, 3 vol. ; Continuation des His-toires tragiques extraites de l’italien de Bandel, mises en langue françoise […], Paris, Benoist Prevost, 1559 ; Histoires prodigieuses extraictes de plusieurs fameux auteurs grecs et latins, sacrez et prophanes, mises en nostre langue par P. Boaistuau, sournommé Launay […]. Augmentées […] de six histoires advenues de nostre temps, adjoustées par F. de Belle-forest […], Paris, Claude Macé, 1575 ; Histoire universelle du monde, contenant l’entière description & situation des quatre parties de la terre, la division & estendue d’une chacune region & provinces d’icelles. Ensemble l’origine & particulières mœurs, loix, coustumes, religion, & ceremonies de toutes les nations, et peuples par qui elles sont habitées […], Paris, Gervais Mallot, 1570. Sur l’œuvre de François de Belleforest : Numa Broc, La Géographie de la Renaissance 1420-1620, op.cit., p.85-90.
13. « Du Cap de Bonne esperance & royaumes de Cefala, Mozambic, & autres de l’Ethiopie plus Orientale » [in]François de Belleforest, La Cosmographie universelle […], op.cit., p.1940-1941.
14. Cette description figure dans le chapitre intitulé « Della terra chiamata della Vera Croce, overo del Bresil, ove si fa buona somma di cassia e di verzino. Dell’abito, arme e fede di quelle genti. Del porto detto Acqua di S. Biaggio, dove per un sonaglio mezzano si aveva una vacca ; e del vestir de gli uomini e donne di quel luoco » du Viaggio fatto nell’India per Giovanni da Empoli que cite par ailleurs quelques lignes plus loin François de Belleforest : « & dit Iean d’Empoli facteur du Roy de Portugal, qui a fait ce voiage, & la descrit, que bien qu’ils eussent avec eux de bons Truchemans, qui sçavent le langage de la pluspart des peuples d’Aphrique, si ne peurent iamais rien comprendre au baragouin de ce peuple. » Viaggio fatto nell India per Giovanni da Empoli, fattore su la nave del serenissimo re di Portogallo, per conto de’Marchionni di Lisbona [in]Giovanni Battista Ramusio, Primo volume delle Navigationi e viaggi […], Venetia, Lucantonio Giunti, 1550, fol.156-158. Fran-çois de Belleforest renvoie également son lecteur à « l’hist. d’Espagne li.35 ch.23 », à « Iean de Barros hist. Indienne. Déc. I. l.10. ch.1. » et à « Thomas Lopez en ses navigations aux Indes » mais c’est le récit de Giovanni da Empoli qui lui a fourni l’essentiel de son information pour composer son portrait des habitants de la région du Cap.
15. Navigation de Jean d’Empoli [in]Historiale Description de l’Afrique […], op.cit. Sur la fortune de cet ouvrage au cours de la seconde moitié du seizième siècle : Oumelbanine Zhiri, L’Afrique au miroir de l’Europe. Fortunes de Jean Léon l’Africain à la Renaissance, Genève, Droz, 1991, « Tra-vaux d’humanisme et de renaissance ». Voir supra. Première partie. Chapitre second. 3. La redécou-verte des lointains : les représentations des popu-lations des confins africains dans les Navigationi et Viaggi de Giovanni Battista Ramusio.
16. « Qui est ce nouveau Cosmographe, qui aprez plusieurs autheurs tres renommes, tant an- que modernes : a voullu entreprendre d’inventer chozes nouvelles » écrit Guillaume Le Testu dans son épître dédicatoire à l’amiral Gaspar de Coligny qui ouvre sa Cosmographie universelle, reprenant presque mot pour mot l’épître dédicatoire d’André Thevet à François III de La Rochefoucauld sur laquelle s’ouvre la Cosmographie de Levant. Comme le signale fort justement Frank Lestringant, le terme « cosmographie » rencontre vers le mi-lieu du seizième siècle une remarquable fortune, tandis qu’il renvoie à des écrits gouvernés par des principes fort différents : « il rassemble pêle-mêle, écrit-il, en les tenant sur un pied d’égalité, les pilotes et les « mariniers » incultes, qui savent gouverner à l’estime, tracer des portulans et parfois même construire des mappemondes, et les authentiques savants de cabinet, qui travaillent sur documents, contrôlent les nouvelles relations par les trésors de leurs bibliothèques et s’efforcent de mettre à jour les anciennes compilations. » Frank Lestringant, L’Atelier du cosmographe ou l’image du monde à la Renaissance, op.cit., p.149.
17. André Thevet ne manquera pas une occasion de fustiger François de Belleforest. S’il l’accuse de l’avoir plagié et de se montrer d’une insultante arrogance, ce qu’il lui reproche surtout, c’est de n’avoir pas voyagé et d’avoir composé sa cosmographie tout en regardant « filer les araignées dans sa chambre. » François de Belleforest répondra à ces attaques en montrant que le voyageur ne pourra jamais connaître par expérience qu’une partie du globe à l’inverse du cosmographe du cabinet qui pourra en embrasser la totalité en puisant son information dans les sommes et écrits composés par les plus grands voyageurs et les plus illustres savants. François de Belleforest répondra à André Thevet qui soutient que « la cosmographie doit être traitée par des gens qui ont voyagé » : « il nous est aussi loisible de vous donner une Géographie, qu’à ceux qui ont arpenté de terres et vogué par les flots écumeux de la mer. » André Thevet, « Au lecteur » [in]La Cosmogra-phie universelle d’André Thevet cosmographe du Roy […], op.cit., p.iii. François de Belleforest, « Preface » [in]La Cosmographie universelle […], op.cit., p.iv. Sur cette controverse : Numa Broc, La Géographie de la Renaissance (1420-1620), op.cit., p.90 ; Frank Lestringant,  »  » Sous la leçon du vent  » La cosmographie selon André Thevet (1516-1592) », conférence donnée le 12 novembre 2002 à l’Université de Paris-Sorbonne, dans le cadre du séminaire Relations savantes : voyages et discours scientifique à l’Âge classique organisé par François Moureau. En ligne sur l’Encyclopédie sonore du site du Centre de Recherches sur la Littérature des Voyages (C.R.L.V.) : www.crlv.org.
18. Comme l’écrit fort justement Michel Simonin : « On ne saurait accorder au discours cosmographique plus d’importance qu’il n’en a eu en son temps. Les gros in-folio coûteux, réservés à des élites qui les feuilletaient plus qu’elles ne les scrutaient, n’ont sans doute pas exercé d’influence directe sur l’image de l’Afrique et des Africains dans les mentalités. On ne peut toutefois les négliger tout à fait, tant, parmi la foule de racontars obsolètes qu’ils renferment, les trésors sont nombreux. » Michel Simonin, « Silhouettes de la Négritude aux XVIe et XVIIe siècles » [in]Images du Noir dans la littérature occidentale. Du Moyen Age à la conquête coloniale. Notre librairie, n°90, 1997, p.17-24. p.19.
///Article N° : 4019

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