Fiche Groupe
Musique
Ballou Canta & Luciana
République du Congo

Français

Avec ses guitares trépidantes, ses airs pétris de romantisme et son large éventail de sonorités acoustiques, « Rumba Lolango », l’opus du duo Ballou Canta & Luciana Demingongo, renoue avec le meilleur de la rumba congolaise, genre dominant dans tout le continent africain depuis sa naissance dans les années 50.
A cette époque, grâce à l’avènement de la stéréophonie et la diffusion des programmes de la Radio Congo Belge, la rumba cubaine débarque avec ses accents passionnés et alanguis sur les rives du Congo, là où le cours du fleuve forme un grand lac et où se trouvent, l’une en face de l’autre, Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus proches au monde.
Danse encanaillée, inventée dans les arrière-cours malfamées de Matanzas et de La Havane par les enfants des esclaves africains, cette rumba aux couleurs latines est accueillie dans la terre de ses ancêtres comme un fils prodigue revenant au pays natal. Dérivé de la yuca, ancienne danse congolaise de la fertilité accompagnée du claquement têtu de deux bâtonnets entrechoqués – qui à Cuba devinrent les mythiques claves – ou du grondement sourd des tambours forestiers, le style est vite adopté par les pionniers de la musique congolaise moderne. Les Wendo, les Léon Bukasa ou les Dawayon, véritables surdoués des cordes ou de la voix, puis les Grand Kallé et les Franco, créateurs des premiers orchestres urbains, lui ont rendu son âme africaine par le jeu vertigineux des guitares en spirales, les fameux sebens, et les ardentes harmonies vocales embellies par la musicalité du lingala, langue véhiculaire dans les deux Congo.
Nés dans les années 60, Ballou Canta et Luciana Demingongo ont suivi toutes les évolutions du genre jusqu’à son dernier rejeton, le ndombolo au rythme endiablé, aujourd’hui en mal de créativité. Après avoir collaboré avec des vedettes comme Papa Wemba, Koffi Olomide et Ray Lema, les deux chanteurs ont voulu jeter un pont entre trois générations de mélomanes et de musiciens congolais en remettant au goût du jour l’élégance raffinée et nonchalante de la rumba d’autrefois. Ils y ont apporté le cachet personnel d’une poétique imagée et riche d’affabulations, la rumba « lolango », expression traduisant du lingala les joies et les tourments de la passion amoureuse.
Comme dans un recueil anthologique, leurs compositions originales renvoient aux diverses écoles qui ont nourri la légende de la rumba congolaise depuis la fin des années 40. Pour ce faire, les deux complices ont conçu des arrangements variant d’une pièce à l’autre, plus ou moins acoustiques, avec ou sans la batterie, instrument d’ailleurs absent du répertoire congolais jusqu’aux années 60. Après un prologue émouvant, deux premières chansons où l’on entend les notes de l’accordéon et le ronflement de la contrebasse en souvenir des tout premiers temps de la rumba, on retrouve les mélodies poignantes de lyrisme qui dans les années 70 ont fait la célébrité du groupe Bella Bella (« Pokola »), les intonations afro-cubaines de la formation brazzavilloise Bantou de la capitale (« Gradi ») ou les ambiances torrides de l’OK Jazz de Franco (« Yvon »). Interprété en lingala, et en espagnol dans les deux chansons aux influences latines plus prononcées, et avec une plage en style afro-caraïbéen (« Kumbe kumbe »), l’album est empreint d’un sentimentalisme langoureux et typiquement congolais, histoire de rappeler que dans les discothèques de Brazza et de Kin, les danses aux déhanchements osés cèdent parfois la place aux slows également osés…
Ballou Canta & Luciana – « Rumba lolango » CD 462112- sortie le 11 juin
un disque Doçura (label de Lusafrica) – Distribution en France : Harmonia Mundi