« Je ne suis qu’un artiste »

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Cela fait du bien de voir l’Afrique à distance et d’écouter des artistes qui sont en Afrique et qui se réapproprient toutes les techniques de l’Occident et de l’académie. Moi, ce n’est pas mon cas. Mon cas, c’est que je travaille depuis vingt-cinq ans. Pendant dix ans, je n’ai mangé que de la banane. Mais heureusement j’ai rencontré le commissaire André Magnin. Et j’ai réfléchi. Chaque fois que je vendais à la collection Pigozzi, quand André Magnin venait chez-moi et qu’il voulait prendre dix pièces, je lui disais que je lui en vendais cinq et que j’en gardais cinq. Je me suis donc constitué un fonds qui est assez riche. Je prête aujourd’hui à des musées quand des collectionneurs ne veulent pas prêter leur collection. Parce que c’est capital. J’ai vendu des pièces de ma collection à bas prix à la fondation Zinsou pour qu’elles soient montrées en Afrique. Ensuite, des amis ont accepté d’acheter un bus, un autre a acheté du carburant pour un an et nous sommes allés dans les écoles. Nous avons amené les enfants gratuitement et sur réservations visiter le musée créé par Marie-Cécile Zinsou. Je ne suis pas un entrepreneur culturel. Je ne suis qu’un artiste. Je ne me disperse pas. Je ne demande de subventions à personne. Je n’organise pas des bla-bla-bla, non. Mais sachez une chose, en comprenant comment fonctionne le milieu de l’art, au bout de vingt-cinq ans, parce que j’ai bien appris mon métier, je sais qu’à chaque coin de rue, on est attendu par les collectionneurs qui sont prêts à mettre beaucoup d’argent dans ce que nous faisons et je ne tiens pas à brader cet aspect en disant « C’est l’Afrique, c’est ok, on fera ce qu’on pourra. » Non. Je veux montrer proprement mon travail, c’est-à-dire dans un lieu digne de ce nom que j’appelle un lieu de privilégiés. Il y en a en Afrique, pas la Biennale de Dakar parce que pour moi ce n’est pas un lieu privilégié, on nous y prend pour des moins que rien, ce qui est vraiment dommage parce que nous avons des valeurs, parce que le gouvernement sénégalais pourrait mettre vraiment ce qu’il faut dans la Biennale de Dakar. Je ne suis pas prêt à brader mon travail, mais je ne suis pas prêt à prendre la place du muséologue. Je suis prêt à lui dire oui, parce que c’est bien, parce que j’ai des collectionneurs qui ont investi, parce que c’est un investissement.

///Article N° : 11558

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