La femme sans sépulture

D'Assia Djebar

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Dans son dernier roman, Assia Djebar donne une nouvelle fois la parole aux femmes pour évoquer l’histoire de son pays. Désignée dans le récit comme  » l’étrangère « ,  » la visiteuse  » ou  » l’invitée « , la romancière algérienne retourne dans son village d’enfance, Césarée, sur les traces de Zoulikha, la femme sans sépulture. Cette dernière, engagée dans la lutte pour l’indépendance et portée disparue après son arrestation par l’armée française, permet ainsi de dévoiler une période de l’histoire coloniale. Son parcours est recomposé dans un ordre anarchique, par bribes, par celles qui l’ont connue. Dans ces récits du passé qui croisent le temps présent, la peinture de la guerre d’indépendance et de la lutte de Zoulikha importent autant que la prise de parole féminine. En effet, les souvenirs déclenchés par la présence de  » l’étrangère « , sont perçus à la fois comme une souffrance, celle du souvenir de l’être aimé et celle d’une mise en mots difficile, et comme une délivrance, celle de se dévoiler. La grande fluidité de l’écriture donne à ces voix intérieures émotions et chaleur. Les paroles de l’intime mêlent plusieurs narrateurs successifs, les deux filles de Zoulikha, sa sœur et son amie, et se superposent aux monologues de l’héroïne. On retrouve dans ce dernier roman les voix intérieures chères à Assia Djebar, les voix de celles qui sont trop souvent réduites au silence et qui se dévoilent avec un naturel empli de sentiments.
Assia Djebar confiait, lors de sa dernière intervention publique, qu’écrire en français lui permettait une ouverture d’une part sur les autres langues – en faisant entendre en écho l’arabe et le berbère – et d’autre part sur sa culture et les femmes. Effectivement, par cette  » langue de la transparence « , elle donne la parole à ceux qui restent dans l’ombre. Dans La femme sans sépulture, la limpidité de l’écriture vient sans doute de cette rencontre entre les langues et l’intimité des souvenirs.

La femme sans sépulture, d’Assia Djebar, Ed. Albin Michel, 2002, 219 p., 17,90 euros.
ISBN 2-226-13186-8///Article N° : 2765

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