L’art internet

Print Friendly, PDF & Email

Le festival Vues d’Afrique de Montréal accueillait cette année un colloque  » Art africain et nouvelles technologies  » organisé par l’ISEA (Inter-Société des Arts électroniques). Encore rien de fulgurant mais tant de perpectives…

L’île de Manhattan comporte davantage d’accès à internet que toute l’Afrique réunie. L’accès y est 3500 fois plus rapide… Dans ce contexte, de nouveaux discours artistiques peuvent-ils réellement émerger sur internet ?
En cette fin de siècle, les arts visuels centrent leur intérêt sur la marge, l’Autre, le multiculturalisme, remarquait un spécialiste d’art africain new-yorkais, Franklin Sirmans. Des pratiques intéressantes se développent sur internet. Média froid et solitaire, internet favorise les fictions délirantes pour lutter contre l’anonymat. Fictions spéculatives et science-fiction trouvent une large résonnance dans la diaspora afro-américaine : les aliens arrivés d’une autre galaxie ne font-ils pas penser à la logique de la traite négrière ? Un afrofuturisme se développe ainsi sur le web pour donne une nouvelle image du corps noir : O’Grady retravaille Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, Salys Mardow conçoit des figures mutantes tout comme Leila Ly dont les BD mettent en scène des  » têtes vertes  » qui se dévorent entre elles…
 » Avons-nous le temps de choisir d’être ou ne pas être dans une mouvance où les nouvelles technologies englobent tout ?  » demande le critique d’art sénégalais Iba Ndiaye Diadji (dont l’intervention est à lire sur www.isea.qc.ca/africa/colloque). Et que peut apporter l’Afrique ? Une spécificité ? Il cite Iba Ndiaye qui refusait l’appellation  » peintre africain  » pour lui préférer  » Africain peintre  » en disant :  » l’Africanité, on la porte en soi. Je ne me la pose pas comme un dogme. Elle ne me pèse pas, elle est en moi. (…) Il ne faut pas que l’Africain se questionne sur son existence car, s’il le fait, cela veut dire qu’il ne la possède pas. Pour moi, elle n’existe pas. Elle est en moi.  » Pourtant, Diadji dégage cinq éléments constitutifs de l’africanité artistique : 1) l’identité sociale et géographique ; 2) une spiritualité sous-jacente ; 3) le rythme de la composition ; 4) la parenté artistique qui mélange les formes d’expression ; 5) le sens de l’équilibre. Ce qui ne veut pas dire que ces traits soient l’apanage de l’Africanité ! Car ne pas affirmer une spécificité revient à replacer l’Afrique dans l’humanité.
C’est bien ce à quoi pourrait contribuer internet : face à l’uniformisation, une occasion pour l’Afrique d’affirmer une place. Des initiatives se dégagent, comme Dakar Web où des artistes sénégalais créent des oeuvres multimédias (www.isea.qc.ca/africa/dakar). Mais face au retard de l’Afrique, une volonté politique est nécessaire, qui considère l’alphabétisation informatique comme une opportunité de rattraper le niveau en sautant des étapes. Internet peut à cet égard être un moyen de valoriser les langues africaines. Le problème n’est finalement pas, selon Iba Ndiaye Diadji, de se faire manger par la technologie occidentale mais de se l’approprier avec l’esprit critique nécessaire dans le cadre du grand métissage mondial.
La Nigériane Fatimah Tuggar, qui vit à New-York, travaille sur l’image numérique en intégrant des éléments africains dans des contextes occidentaux. Le contraste qui en résulte est particulièrement évocateur. Elle s’inscrit dans le démarche du  » soft power  » qui consiste à appliquer pour arriver à ses fins la même méthode que celle qui domine.
Par exemple de créer sur internet…

///Article N° : 909


Laisser un commentaire



Africultures a franchi le cap des 10.000 articles depuis sa création en 1997
Nous remercions tous nos contributeurs et nos lecteurs
Inscrivez-vous à la newsletter pour suivre nos publications