Le rap vaudou fait de la résistance

Le groupe béninois H2O Assouka

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Le vaudou est né en Afrique occidentale, dans le royaume du Dahomey. Il a ensuite traversé les mers avec les esclaves pour devenir le ciment de la religion haïtienne. Au-delà de son caractère spectaculaire et légendaire, ce culte, symbiose entre catholicisme et croyances africaines, est avant tout un symbole de résistance. C’est cet aspect que les membres du groupe béninois H20 Assouka ont choisi de mettre en avant.

Depuis 1990, ces artistes pratiquent une nouvelle forme de militantisme pacifique en s’inspirant du vaudou, culte animiste imprégné de l’esprit de leurs ancêtres, pour composer leurs morceaux. Portes-parole d’une génération qui n’a pas grandi à Brooklyn mais bien en plein cœur du Bénin, ils ont décidé de prouver au monde entier que les Etats-Unis n’ont pas le monopole de la culture rap.  » Nous avons avant tout développé un style original, et c’est de cela que le monde a besoin de nos jours « , résume Missihoun Fagbédji Marius, alias Fadji, l’un des membres fondateurs du groupe.  » La lutte contre l’uniformisation et la mondialisation de la culture, voilà notre credo.  »
Dans la langue fon, parlée au Bénin,  » vodou  » désigne une puissance invisible, redoutable et mystérieuse, ayant la capacité d’intervenir à tous moments dans la société. Et les rappeurs en question ne sont pas les premiers à utiliser ces  » forces de la nature  » comme moyen de résistance. Le 14 août 1791, à Haïti, le soulèvement des esclaves de la colonie fut mené par le prêtre Boukman. L’insurrection qui en découla fut à l’origine de la longue et meurtrière guerre de libération et de l’indépendance de la colonie. Les membres de H2O Assouka, artistes du XXIe siècle, manient, quant à eux, le vaudou à des fins plutôt festives, mais dans une optique toujours progressiste. Oscillant entre tradition et modernité, ils ont choisi d’exploiter des symboles historiques encore largement ancrés.
Dans la religion vaudou, la frontière entre le réel et l’irréel est ambiguë. Marie-Claude Vaudrin, ethnomusicologue québécoise auteur de  » La musique techno ou le retour de Dionysos « , considère que toute musique, source d’énergie et de vibration, crée un lien entre le corps et l’esprit, entre le rationnel et l’irrationnel. Pour elle, la danse a toujours permis, et ce depuis les fêtes dionysiaques de l’antiquité grecque jusqu’à nos raves parties, l’exploration de sentiments longtemps refoulés par l’inconscient collectif, et donc un véritable retour aux sources. Les rappeurs de H2O l’ont certainement compris… Vêtus du costume blanc des prêtres vaudou, ils font passer leur message dans une déferlante de rimes. Sur scène à Cotonou ou sur un plateau de la Télévision Nationale, ils scandent leurs textes comme des incantations, se servant de leur héritage culturel pour revendiquer leur identité. Et l’héritage en question se prête parfaitement à cette adaptation musicale inattendue. Le plus naturellement du monde, cette nouvelle forme d’expression a donc trouvé sa place en Afrique et une vingtaine de groupes s’inspirent aujourd’hui de ce culte ancestral.
John Constantinides, ethnomusicologue diplômé de l’université de Montréal, compare cette tendance à l’émergence du reggae qui constituait déjà, dans les années 60-70, un véhicule de revendication des racines africaines.  » La présence de rythmes traditionnels dans les rythmes contemporains-urbains forme la base d’un style, comme un marqueur qui désigne des influences derrière un morceau. Roulements de tambours, cris d’animaux et autres grondements de tonnerre peuvent alors être utilisés pour symboliser une menace, une méfiance, une violence ou donner un sens spectaculaire à la performance. De nombreux artistes utilisent ces techniques, surtout dans le dub.  » Les cultures ancestrales ont donc toujours servi de fondements à des mouvements de revendication. Et ce nouvel engouement pour le rap vaudou prouve qu’elles sont encore bien vivantes.

///Article N° : 3603

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