Le Voyage de James à Jérusalem (James’journey to Jerusalem)

De Ra'anan Alexandrowicz

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Cela commence avec un conte sur des dessins d’enfant : le conte merveilleux de la Terre promise. La communauté noire du village imaginaire d’Entshongweni (dont on ne verra que l’assemblée chrétienne, stéréotype de naïveté bêtasse, inspirée de clichés sur les églises africaines-américaines, éventuellement d’Afrique australe) envoie en Israël son plus dynamique et jeune représentant, James. La naïveté continue quand il arrive en habits de fête à l’aéroport et que l’officier d’immigration lui dit qu’il est le 300 000ième à lui dire qu’il vient pour voir la Terre promise. Le voilà en prison et en instance de retour lorsqu’un loueur d’immigrés clandestins acoquiné avec les gardiens vient l’en sortir pour l’exploiter comme les autres sur les travaux les plus durs. Mais James, dans toute sa naïveté, intègre vite les leçons du maître et le doublera vite comme négrier…
Son voyage sera ainsi une initiation aux ficelles de la société israélienne dont le réalisateur nous présente un visage pour le moins acide, magouille + système D. Les têtes ne sont occupées que par la spéculation et l’argent facile, les relations sont pourries, le respect de la famille de l’histoire ancienne. Plus encore, on se bat entre Israéliens pour posséder la terre, le conflit israélo-palestinien n’étant qu’une toile de fond peu abordée.  » Il y a un James en chacun d’entre nous, dit le réalisateur. Nous apprenons tous trop bien, en tant qu’homme mais aussi en tant que société, comment parler de nos nobles rêves de telle façon que nous les avons oubliés.  » Il fallait un Noir pour démontrer cette idée. James est le bon sauvage débarquant en terre d’immigration qui se révélera lui aussi un loup pour ses semblables au contact des perversions économiques. Tout cela sent un peu trop le cliché : partant de bonnes intentions et plutôt bien mené comme comédie légère, le film conforte en fait la vieille idée du Noir naïf mais avide s’il en a la possibilité. Comme si les relations humaines se résumaient à la perversion des vertueux par les intérêts économiques. Jusqu’à une fin qui sauve le tout et restaure la morale, remettant chacun à sa place.

Titre V.O : Massaot James Be’eretz Hakodesh
Durée : 1h 30 mn – Israël – 2003
Réalisateur : Ra’anan Alexandrowicz
Avec Cyabonga Melogisi Shibe, Salim Daw, Arie Elias
Scénario : Ra’anan Alexandrowicz
Photo : Sharon De Mayo
Musique : Ehud Banai
Production : Lama Productions
Cannes 2003 – Quinzaine Des Réalisateurs///Article N° : 2914

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