Les Cultural Studies dans les mondes francophones

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Cet ouvrage collectif (1) dirigé par le professeur Boulou Ebanda de B’béri dresse un état des lieux de la production des Cultural Studies dans le monde francophone. L’introduction souligne le faible nombre d’analyses effectuées jusqu’à présent par les chercheurs francophones dans le champ des Cultural Studies alors que ce domaine transdisciplinaire offre pourtant la « liberté de penser autrement » (page 9). Les textes rassemblés ici offrent des regards transversaux sur des pratiques culturelles. L’ouvrage se divise en trois sections. La première partie souligne le caractère éminemment politique des Cultural Studies, la seconde s’intéresse aux questions identitaires et enfin la troisième partie développe des cas d’étude des pratiques culturelles.

Des politiques et des épistémologies
Cette première section de l’ouvrage regroupe quatre articles qui ont en commun une approche épistémologique des Cultural Studies. Le texte de Mathieu Quet retrace l’origine discursive des Cultural Studies of Science. Il défend l’idée selon laquelle toute science inclut des pratiques culturelles et un militantisme politique ne serait-ce que par sa méthodologie. Il parle ainsi de « l’inscription sociale de la science » (page 42) tout en dressant également ses limites. Le second texte est d’Osée Kamga. S’appuyant sur les théories postmodernes, il discute le concept d’hybridité de l’identité culturelle. Il souligne son instabilité liée à la société, elle-même en perpétuel changement. Modeste Mba Talla poursuit cette exploration du versant politique des Cultural Studies. Il signe un article qui compare les justices internationales et traditionnelles dans le contexte africain, notamment au Burundi, en Sierra Léone et en Ouganda. Enfin, Salah Basalamah conclut cette première partie en évoquant l’interdisciplinarité de la traductologie qui suppose également l’engagement de celui qui traduit, en parlant de « traducteur-citoyen » (page 139).
Identités et expressions identitaires
La seconde section de l’ouvrage aborde la question de l’identité vue par les Cultural Studies à travers trois exemples du questionnement identitaire aux Caraïbes, en Haïti et en Roumanie. L’article de Nathalie Antiope parle des représentations culturelles de l’identité dans la zone Caraïbes, notamment dans les départements français de la Martinique et de la Guadeloupe. Elle souligne la nécessité d’un imaginaire commun comme base de création identitaire. Cette importance de la contextualisation de l’objet étudié est au cœur de l’article écrit conjointement par Margareth Cormier et Boulou Ebanda de B’béri sur l’usage du téléphone portable à Port-au-Prince. À partir des données récoltées lors de l’enquête de terrain qu’ils ont menée, ils analysent les nouvelles pratiques d’utilisation de cet objet communicationnel, ce qu’ils nomment « rappropriation » (page 176) ou « marronnage » (page 190). Catherine Roth, quant à elle, poursuit ces interrogations sur le processus de création identitaire en abordant la question de l’intégration nationale. Elle retrace ainsi l’histoire du peuple Saxon en questionnant leur identité culturelle à la fois politique et artistique.
Cinéma et pratiques culturelles
La troisième et dernière section de l’ouvrage est consacrée à l’application des Cultural Studies dans les études cinématographiques. Hudson Moura s’appuie sur la notion d’interculturalité pour évoquer les thématiques de l’exil et de l’immigration dans les films, comme Calendar du réalisateur Atom Egoyan. Pauline Escande-Gauquie explique, par une analyse sémiologique, que l’étude de la réception du cinéma français permet d’aborder différemment le conservatisme de la société française. Virginie Mesana clôture ce chapitre sur la sémiotique culturelle avec une analyse du public et de l’espace de la réception du cinéma par le biais des nouvelles technologies, ce qu’elle nomme le « e-cinéma ».
Les Cultural Studies dans les mondes francophones,présente donc plusieurs pistes de recherches possibles pour l’étude des sociétés et des pratiques culturelles en s’appuyant sur les travaux de l’école de Birmingham et de Stuart Hall notamment. Il est rare qu’un ouvrage concentre autant d’analyses sur les perspectives interdiscipliniares offertes par les Cultural Studies.

1. Les Cultural Studies dans les mondes francophones. Presses de l’Université d’Ottawa, Collection des Etudes culturelles, africaines et diasporiques, 2010, 316 p. (s/d) De B’béri Ebanda, Boulou.///Article N° : 9727

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