Les enjeux de la télévision en Afrique : écrans d’Etat, écrans d’ailleurs, écrans miroirs…

Colloque au Sénat organisé par CFI, 15 septembre 2005

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Le colloque qui s’est tenu au Sénat permet de faire un état des lieux des télévisions africaines et des problématiques de public et de coopération. Son intérêt nous motive à en publier les notes intégrales que nous avons pu y prendre.

Jean-Jacques Aillagon, PDG de TV5 Monde, président de Canal France International (CFI)
CFI agit comme une banque de programmes de qualité choisi dans le meilleur des offres francophones auxquelles nous avons accès et qui sont inaccessibles à leurs bénéficiaires.
Après 40 ans d’existence pour les plus anciennes, les télévisions nationales africaines sont soumises à une remise en cause brutale de leur situation de monopole. Cela renvoie au rôle des Etats, au service public de télévision, au développement d’un secteur privé de télévision. Les Etats sont amenés à gérer soit directement soit indirectement (délégation à autorités de régulation) le passage d’un audiovisuel directement administré et contrôlé à un audiovisuel qu’il convient d’organiser autrement. Cela pose également des choix difficiles dans les lignes éditoriales. Leur développement et leur pérennité n’est pas assuré. Le marché publicitaire est limité. Au même moment se présente la redoutable concurrence des programmes exogènes largement distribués par les bouquets satellitaires. Notre engagement pour l’Afrique nous invite à faire le point et nous projeter vers l’avenir. L’Afrique a vocation à produire ses propres images, à l’heure où l’Unesco va être amené à adopter une convention sur la diversité culturelle. Quelles sont les attentes des publics africains ? Une étude a été réalisée à cet égard par CFI. Aucune culture n’accepte de capituler devant la domination d’une autre. C’est dans le combat pour la qualité et la singularité des expériences de télévision dans le monde que réside un des enjeux majeurs de la diversité culturelle.

Walter de Tomasi, réalisateur de l’étude
144 professionnels de la télévision ont été interrogés, 14 groupes de téléspectateurs ont été réunis au Burkina Faso, au Cameroun et au Kenya (140 personnes en tout).
Les aspirations sociales :
– un surcroît de démocratie et le pluralisme d’information,
– une ouverture sur le monde
– un plus libre choix des programmes
– le développement : la télévision est supposée le favoriser en modifiant les attitudes.
Le pluralisme télévisuel : les diffusions par MMDS ne sont ni contrôlées ni censurées. Le monopole de fait est encore le cas dans les campagnes et la radio y est souvent encore la seule source d’information.
L’ouverture du média découle des évolutions technologiques mais aussi des profondes aspirations sociales. Ce rôle assigné à la télévision n’est pas accompagné par un développement économique adapté.
Le paradoxe est donc de devoir supporter une attente sociale croissante sans accompagnement économique.
Le secteur télévisuel apparaît déstructuré. Les ressources publicitaires ne suffisent pas à faire vivre les acteurs, notamment un pôle de production. Des alternatives commerciales apparaissent qui baissent l’attrait des programmes : importances des annonces nécrologiques, publi-reportages y compris au sein du journal télévisé, publi-documentaires.
Toutes ces images de commande réduisent l’attrait de bon nombre de télévisions.
Une régulation manque qui assurerait un partage entre privé et public, d’où la précarité des chaînes privées.
Conséquences :
– l’attrait de télévision baisse, concurrence des chaînes étrangères et du marché de la vidéo domestique.
– précarisation des chaînes privées soumises à de fortes pressions fiscales.
– les ressources publicitaires sont donc réduites. Les mesures d’audience manquent, principal outil de rationalisation des dépenses publicitaires. Face au marketing direct et l’affichage, la télévision a du mal à défendre son atout.
La désorganisation du secteur entraîne une relative pénurie d’images.
Les qualités d’antenne sont estimées insuffisantes par les téléspectateurs africains, concurrencée par les chaînes internationales qui deviennent référentes pour la comparaison. Trois grandes attentes des spectateurs :
– fictions africaines où ils pourraient se reconnaître
– sport : les championnats nationaux sont mal suivis par les chaînes alors que les rencontres internationales le sont.
– information : pas d’actualité consensuelle relevant d’une société de consommation. Les télévisions publiques accordent une part quasi-exclusive à l’actualité protocolaire de l’Etat et du gouvernement. Les chaînes privées se situent dans la proximité que constitue le fait divers.
Au cours de l’étude, nous avons rencontré un téléspectateur insatisfait mais qui répète ses espoirs de changement, des producteurs qui s’obstinent à produire, des distributeurs qui continuent même si le développement de l’économie n’assure pas leur survie.

Hervé Bourges, président de l’UPF, ancien président du CSA, ancien PDG de TF1, FTV et Canal + Afrique.
J’ai constaté la débâcle du français lors des jeux olympiques. Le secrétaire général Abdou Diouf de l’Organisation internationale de la Francophonie me demande de lire un message : la coopération internationale ne doit pas abandonner les acteurs sur le terrain. CFI défend la diversité culturelle, cette idée qui nous rassemble.
La télévision est en pleine mutation avec l’évolution technologique mais qui ne permet pas encore d’exporter ses propres images. Le refus de l’Onu d’inscrire un Etat africain au Conseil de sécurité est absurde et injuste sur le plan politique. Il faut se battre pour la liberté de l’information mais dans un pays où il n’y a pas de marché, où le pouvoir d’achat manque, où la langue des journaux n’est pas connue de tous, cela pose des difficultés spécifiques. La faiblesse du niveau de vie a longtemps empêché la constitution d’un marché des médias, au service du développement et de la constitution d’une opinion publique africaine.
Pour la télévision, le satellite a permis de diffuser dans des conditions économiques réalistes, le numérique permet des économies, un marché nouveau pour des chaînes spécifiques. Le marché de la télévision payante s’est développé jusqu’à devenir rentable. Le MMDS permet la diffusion de proximité à partir du satellite. La diversité des programmes et leur attrait a favorisé celle des chaînes locales. L’apparition de télévisions privées fut difficile et n’est pas terminée dans certains pays. Des autorités de régulation indépendantes, regroupées en un réseau, le RIARC, sont apparues. Les pays africains peuvent désormais être le berceau de chaînes de télévisions privées de grande qualité, exemple du Bénin et le travail d’Africable.
Internet permet la diffusion d’images africaines (Télésud, TV5, Afrik.com s’apprête à lancer une émission musicale récurrente à destination de l’Afrique). Le président Senghor prophétisait au 21ème siècle l’avènement d’une civilisation de l’universel. Il ne faudrait pas que ce soit une culture et une langue. Un tissu audiovisuel multilingue est essentiel, qui peut trouver des débouchés démultipliés sur le Continent. Les attentes des spectateurs sont spécifiques et ne sont pas comblées par les programmes extérieurs. Il est indispensable d’adapter les coopérations à la contribution à l’essor d’une production africaine.
Le MIP va commencer à Cannes : quelle frustration chaque année de constater l’absence des pays africains francophones alors que l’Afrique du Sud et l’Egypte y sont de plus en plus présentes.
Ce ne sont plus aujourd’hui les harangues idéologiques qui sont importantes : c’est au plus près des réalités professionnelles et commerciales qu’il faut travailler. Les télévisions africaines constituent un vivier d’énergie et de talents. Les solutions doivent être économiques.

Table-ronde 1 : les télévisions africaines face à de nouveaux défis : état des lieux et enjeux.
Animée par Jean-Luc Maertens, directeur délégué Afrique de CFI.

Kofi Bucknor, directeur de la GBC (télévision nationale du Ghana)
Ce qui se passe ici ne se passe pas dans les pays anglophones. Je viens du secteur privé, de la publicité et une chaîne de télévision dans la seconde ville du Ghana en pensant que les spectateurs devaient être actifs. J’ai permis à trop de gens de prendre la parole et on m’a proposé de faire ce type de changement dans le secteur public national. Le gouvernement a été forcé en raison des réalités économiques de passer à la libéralisation de l’environnement audiovisuel, il s’est battu contre et a dû l’accepter, si bien que les fréquences étaient libres sans que nous en soyons vraiment prévenus. La situation est donc devenue d’un coup dynamique et non-contrôlée. L’expression a été libérée sur des médias publics. Cela a permis de modifier la longueur et le contenu des émissions. Les gens pouvaient parler librement, sans avoir l’idée de l’impact de leurs paroles, et qui n’étaient pas permises dans le passé. La constitution exigeait d’éviter tout diffamation : il fallait résoudre cette contradiction. Le déficit de formation et d’utilisation des médias était fort, mais la forte participation du public a permis de combler les manques. Dans le cas contraire, on aurait eu du mal à libéraliser les choses.

Ismaïla Sidibe, PDG d’Africable
Africable est une chaîne de télévision basée à Bamako dont la vocation est d’être reprise partout en Afrique. Nous sommes repris par le MMDS dans onze pays d’Afrique noire. Notre objectif est d’amener l’information africaine à toutes les populations ainsi que la diaspora. Nous captons les chaînes de télévision nationales et reformatons les informations nationales pour les retransmettre. En partenariat avec les télévisions nationales, nous produisons « la grande interview », « l’invité du jour », et couvrons le Fespaco, la fête des tirailleurs au Sénégal etc. Le troisième créneau est le développement de la diffusion : accords avec des producteurs indépendants pour des séries qui sont très prisées.
Le décor était planté. Nous sommes des pionniers sur les antennes paraboliques et la prootion des chaînes extérieures. Nous voulions une chaîne africaine pour le développement du MMDS.

Abdou Khoudoss Niang, ancien directeur général de la RTS (télévision nationale du Sénégal)
Deux ans et demi d’expérience à la tête de la RTS. Le statut des télévisions : souvent des établissements publics, lourds de fonctionnement étatique, absence de réglementation juridique avec absence d’un code de l’audiovisuel ou de cahiers des charges définissant les actions, choix incohérents faisant encore coexister l’analogique et le numérique, les coûts de maintenance sont énormes, la radio va plus loin en terme de couverture physique plus forte alors qu’aucune télévision ouest-africaine n’a une couverture complète. Les ressources financières dépendent de la publicité et sont aléatoires. Aucune redevance sauf la RTS. L’archivage est défectueux, patrimoine de plusieurs décennies…
Les enjeux : elle devrait être au service du public et un outil de confortation de la cohérence nationale. Il est impérieux d’avoir un statut qui garantisse une véritable indépendance économique et technique. L’autonomie financière ne va pas sans la bonne gouvernance.

Dominique Fagot, PDG de Media Overseas et de Canal + Horizons
MTVA est une filiale de Media Overseas (Canal Horizons et distribution de programmes par Canal satellite Horizons ainsi que fournitures de programmes à une vingtaine de MMDS locaux). Le marché économique est faible. Autrefois, il y avait CFI, TV5 et Canal Horizons.
Aujourd’hui, il y a un multiplication énorme. Les enjeux : le niveau d’exigence des spectateurs augmente, qui met en danger les productions locales. Un ton plus proche du quotidien est nécessaire et le lien avec les spectateurs. La recherche de la proximité par les journaux télévisés et la production locale d’images est essentielle. C’est le rôle des chaînes locales et non le nôtre. Le respect de la réglementation est importante : l’audience des chaînes publiques continuera de baisser tant que les Etats laissent le piratage télévisuel. Canal prépare la Haute définition et peut participer à la production. La lutte contre le piratage engage la crédibilité de tous et représente l’enjeu primordial car il empêcherait l’installation d’investissements étrangers si les règles ne sont pas respectées.

Suzanne Kala Lobé, journaliste (Cameroun)
Je postule que la télévision est un outil de divertissement et d’ouverture. Elle est arrivée au Cameroun comme un instrument de parole unique, mais le câble a ouvert aux images du monde. Cinq chaînes privées dont la plus ancienne n’a que deux ans, dirigées par des cablo-distributeurs pour avoir une visibilité et pour permettre un accès à l’image. Ils ne considèrent pas cela comme de la création d’images, ce qui explique la pauvreté de programmes qui construisent une citoyenneté et permettent de se positionner dans le monde. Les textes qui gèrent le paysage audiovisuel camerounais sont excellents, mais la culture de la loi qu’on intériorisé les opérateurs est complexe. Un pays pauvre et endetté : comment utiliser la télévision comme un outil de développement et de construction de soi. Comment se protéger en développant notre image en acceptant les images des autres. Fabriquer nos programmes qui répondent aux normes du monde et à nos normes à nous. Avoir une politique volontariste qui permettent de financer nos propres images en utilisant un tissu économique certes faible mais qui existe. C’est le défi à relever. Nous avons donc créé une boite de production avec des programmes à 200 000 F et installé une capacité de self-confidence et en étant impertinents (émission où je porte des gants de boxe face à un ministre : bousculer).

François Ferrus, Directeur des relations internationales de France Télévisions
La visibilité de France Télévisions en Afrique (diffusion en Afrique de France 2, 3, 5) doit être doublée d’actions de coopération (CFI) : cela s’organise et prend son ampleur et son efficacité. AITV, agence d’images de RFO, agit sur une cinquantaine de pays du Sud. Nous sommes très attachés à cette coopération même si nous sommes diffuseurs car nous pensons en avoir le devoir.

Débat

M. Sidibé : les gouvernements ont autorisé les réseaux MMDS. De 1993 au début des années 2000, les pouvoirs publics ont été frileux en regardant ce qui s’était passé avec les radios privées. Les bouquets satellitaires sont ensuite arrivés. La situation n’est pas réglementée en fonction des évolutions. Tout le monde en profite mais les choses avancent difficilement : on retrouve les films de Souleymane Cissé en vcd à Lomé à 500 F. Nous avons diffusion une série qui se retrouve en vcd à 1000 F. Quelle économie existera dans deux ou trois ans entre la télévision cryptée et les chaînes locales.

M. Fagot : je suis pour la loi et son application ! Si les bouquets de satellites seraient sud-africains ou autres s’ils n’étaient pas français. Nous cherchons des milieux où nous implanter et vivre en bonne cohabitation. Les opérateurs doivent aider le développement local mais aujourd’hui, c’est l’anarchie.

Mme Kala Lobé : il ne faut pas fétichiser la loi, sans être bandit ou pirate. De nouveaux opérateurs émergent qui vont se battre pour gagner leur part de marché. Un code partagé avec des règles peut faire avancer, mais il faudra se bagarrer avec l’idée que la loi est un rapport de forces local imposé par les acteurs.

M. Niang : la loi est importante. Les acteurs de l’audiovisuel doivent se retrouver et définir une législation équilibrée qui préserve les intérêts de tous.

Question de la salle sur l’existence d’une chaîne africaine recevable en France :
M. Maertens : « La chaîne africaine » fut un projet qui ne dura pas. Certaines chaînes africaines sont recevables avec des paraboles adaptées, souvent un peu grandes et nécessitant des équipements collectifs. Chaque chaîne africaine a dans ses cartons un projet à l’international.
M. Sidibe : question du CSA. Nous sommes en train de créer une chaîne internationale pour l’Europe pour être en règle avec les lois européennes.
M. Bucknor : nous ne parlons pas de programmes africains atteignant toute l’Afrique. Les réalités locales sont proches. Il nous faut produire des programmes et les diffuser partout.

Hervé Bourges : les télévisions d’Etat sont-elles maintenant des télévision publiques ? Quelle est leur capacité de produire du consensus : propagande ou conscience collective ? Cela ne s’est passé qu’en 1982 en France, où la télévision d’Etat n’était pas concurrencée par des privés. Cela montre qu’on peut passer très vite d’une télévision totalitaire à une télévision de service public, qui est aussi le rôle des chaînes privées.

Table-ronde 2 : les téléspectateurs africains en quête de leurs images.
Animée par Christian Dauriac, directeur général adjoint de CFI.

Walter de Tomasi, réalisateur de l’étude CFI
L’arrivée des chaînes internationales propulsent les téléspectateurs africains au cœur de la globalisation, des événements comme l’élection du Pape ou l’ouragan Katrina. Cette ouverture ne se double pas d’une émergence des images africaines qui leur permettraient d’assister à leur propre actualité. Une disproportion existe entre les images d’actualité, souvent produites ailleurs et critiquées pour leur dévalorisation. Impression de dépossession de soi :
– images d’actualité,
– fictions qui narrent la vie d’autres sociétés,
– l’absence de people, sous-produit mineur mais qui fabriquent les héros d’identification.
L’Afrique exporte ses talents qui évoluent dans d’autres pays du monde. Elle se trouve loin de ses propres centres !
Deux tâches :
– offrir des miroirs des sociétés africaines,
– rendre compte de la place de l’Afrique dans la modernité.

Ibrahim Diagne, président du bouquet MMDS EXCAF (Sénégal)

Les images conçues pour des publics latino-américains sont légion. Cela nous amène à penser que nous responsables de ce qui nous arrive : les Etats africains n’ont pas permis à des opérateurs privés de prendre leur place. Beaucoup pensent que nous devons accepter ce qui vient du Nord. Un diffuseur comme moi n’a pas le choix et propose des images imposées. Au Sénégal, la majeure partie de la population est musulmane : nous sommes obligés d’en tenir compte. Les femmes sénégalaises sont très sentimentales : idem. Il faudrait pousser la francophonie car les pays anglophones sont mieux outillés et en avance. L’absence de libéralisation au Sénégal pose un problème.

Serge Balima, directeur du centre d’expertise et de recherche africain sur les médias (Burkina Faso)

Ce déficit de production est énorme : la production africaine ne dépasse pas 2 % de ce qui se fait dans le monde. L’appétit démesuré des Africains pour l’image est en continuité avec la tradition orale qui renforce le mythe de l’image. L’audiovisuel donne l’impression de réalité, communication de proximité, et a un pouvoir d’envoûtement : la télévision est un miroir où les téléspectateurs veulent se voir et où ils veulent s’approprier le monde extérieur. L’imaginaire des téléspectateurs africains est cultivé par les produits audiovisuels qui jouent un facteur d’excitation vers le monde extérieur et renforce les candidats au naufrage à travers l’émigration. Les acteurs politiques veulent se légitimer et se montrer et tous veulent y paraître. Le poids des Etats oriente vers l’événementiel et des produits institutionnels non-axés sur la vie quotidienne, attente des spectateurs. La solution viendra de la diversification de l’offre audiovisuelle.

André-Jean Tudesq, chercheur au GREM, professeur émérite de l’université Bordeaux 3.

La télévision a dépendu dès ses débuts en Afrique de l’influence extérieure et du poids de l’Etat. L’influence extérieure a diminué dans certains pays par des productions locales, en progression dans les années 70 puis en régression à la faveur des crises des années 80. On a pu craindre un déversoir des télés internationales mais on voit des productions locales apparaître qui circulent entre les pays. Les attentes dépendent des pratiques de la télévision : ce qu’on voit ou ce qu’on ne voit pas. Si la production est productrice de consensus lorsqu’elle est généralisée, elle est en Afrique facteur d’inégalité : urbains/ruraux, la fragmentation des chaînes favorise une disparité culturelle et d’information, une étude récente a montré que la tranche d’âge des 15-19 ans est la plus sensible à la télévision mais celle d’au-dessus est plus sensible à l’information par la radio. Il est donc difficile de cerner les attentes du public.
Le désir d’appartenance culturelle est fort mais les films africains sont mal diffusés dans les télévisions africaines et se fait davantage par CFI ou Canal Horizons.

Charles Mensah, cinéaste, directeur général du centre national du cinéma (CENACI –Gabon)

L’obstacle principal est certes économique mais il est aussi au niveau des mentalités. Le téléspectateur africain, avec l’ouverture démocratique, reçoit une offre abondante qui l’a rendu très exigeant. Il ne trouve pas son compte dans cette production d’images dans son besoin de se reconnaître. Assister à la mise en scène de sa société par la télévision. Il veut pouvoir se projeter. Bon nombre de télévisions sont restées dans la culture du parti unique.
Les télévisions africaines n’ont pas de politique d’acquisition ni de production. Le manque de moyens financiers est un argument mais elles diffusent des télénovelas par le système du bartering : pour ne pas le faire pour les séries et fictions africaines ? A qualité égale, la production africaine fait au moins autant d’audience. Nous ne produisons pas assez de longs métrages, une quinzaine par an, et très peu de films africains sont diffusés sur les antennes africaines. L’engouement pour les feuilletons brésiliens nous a poussé à proposer de la fiction légère pour la télé : l’Auberge du salut, feuilleton à succès. Présenté au MICA du Fespaco pour le vendre aux télévisions africaines. La plupart des responsables de programmes étaient très intéressés. Le retour était : peut-on l’avoir dans le cadre des échanges culturels des accords bilatéraux. Nous avons demandé un effort et le Burkina, la RCI etc. ont suivi. J’avais négocié avec CFI mais nous avions convenu d’attendre les réactions des chaînes africaines.

Aline Koala, secrétaire générale du conseil supérieur de la communication (Burkina Faso).

Je parle au nom d’un organe de régulation. Ces instances qui naissent un peu partout en Afrique ont pour mission de réguler l’espace médiatique et particulièrement le contenu des médias. Elles peuvent ainsi se placer comme alternatives à travers les cahiers des charges et de missions. Au Burkina, nous imposons des quotas pour l’utilisation des langues et des musiques nationales. Cette régulation est très faible pour les médias publics car les cahiers des charges n’existent pas et qu’ils ne sont pas contrôlés. Les médias publics sont la jauge de l’équipe dirigeante et non un contre-pouvoir.
L’Afrique présente un public télévisuel différent de celui de l’Europe. Le public citadin lettré es tourné vers l’Occident, avec des jeunes très absorbants de la mondialisation. La grande masse rurale analphabète ne comprend pas les langues parlées sur les antennes. Comment une télévision publique peut répondre à ces besoins dans un programme unique ? Le public rural a besoin de programmes spécifiques sur la santé et le développement. Nous croyons au réseau de chaînes locales mais cela suppose des ressources. Au Nigeria, il y a 120 langues parlées par 120 millions d’habitants. Au Burkina, ce sont 65 langues pour 12 millions d’habitants. Le risque est une télévision citadine qui ne réponde pas aux besoins des populations. Si nous ne répondons pas à la question, c’est raser la tête de quelqu’un qui est absent.

Christian Kert, député des Bouches du Rhône, vice-président de la commission des affaires culturelles.

Le maintien de la francophonie est essentiel. Quel est la géographie du développement ? Quel regard portent les télévisions du Nord sur l’Afrique ? Les patrons de chaînes savent que les bonnes nouvelles ne sont pas vendeuses. Les professionnels du Nord pensent que les créations du Sud sont réalisées de façon informelle et ne les considèrent pas comme intéressantes. Le centre du monde est partout, comme le disait Hervé Bourges. Il nous faut une Francophonie de valeurs et d’imagination pour lutter contre les discours identitaires dépassés. Nos télévisions doivent aider les télévisions africaines, en leur fournissant des images dans ce qu’elles captent par exemple du Paris Dakar.

Denise Epoté-Durand, directrice marketing Afrique de TV5 Monde.

Paradoxes ! Ce continent est dans l’incapacité d’offrir ses propres images, qui ne sont pas en compétitivité sur le marché. Un événement africain ne sera disponible qu’après avoir transité par Paris. TV5 parle aussi de l’autre Afrique, avec un journal quotidien à partir des images des télévisions africaines grâce à AITV, diffusé à minuit trente, un peu tard mais disponible sur notre site internet où il enregistre le plus fort taux de connections. Une version revue et corrigée d’Afrovision serait actuelle. Il manque la volonté politique de diffuser des images venues d’ailleurs.

Débat :

Charles Mensah : l’acquisition par CFI n’est pas assez rémunératrice : aller vers des coproductions ou bien augmenter la rémunération.

S. Kala Lobé : j’ai la chance d’être dans un pays bilingue. Je réfute tous les poncifs sur les uns et les autres. L’histoire des pays est centrale dans la culture des gens. Comparaison n’est pas raison : cessons d’opposer les francophones et les anglophones. Je suis bantouphone.

Monique Phoba, réalisatrice congolaise et organisatrice du festival Lagunimages au Bénin : j’ai essayé d’impliquer les télévisions béninoises pourquoi elles ne prennent pas nos films. En allant vers le satellite, elles ne peuvent plus montrer des films piratés et se retournent vers nous. La question qui se pose est celle des barèmes. Il y a un marché à construire autour de ces propositions très faibles. Mactar Sylla m’a parlé d’un tarif très faible mais c’est un début.

Aline Koala : les télévisions africaines ont des plafonds pour leur budget d’acquisition. Les producteurs privés veulent davantage que les tarifs pratiqués.

Hervé Bourges : quelque soient les évolutions technologiques ou démocratiques ou sociales dans la mondialisation, on constate une dominance des images mondiales et une modélisation des spectateurs, et une impossibilité pour l’Afrique de s’unir pour des échanges Sud-Sud (échec patent de la PANA). AITV fait un travail considérable et arrive à donner tous les jours dix minutes d’images réelles de l’Afrique.
Il n’y a pas d’homogénéité du public, pas plus en Afrique qu’ici. La question de la place de la culture se pose partout. Le public réagit comme il l’entend. La télé-réalité fait les gros chiffres. Les programmes culturels : il faudrait que les gens les voient. Bernard Pivot ne voulait pas passer en primetime car il savait qu’il serait laminé par les autres programmes.
Le développement des instances de régulation est fondamental.
Les séries françaises battent maintenant les séries américaines, phénomène qui s’est imposé depuis dix ans. J’avais acheté une telenovela à TF1 qui a fait un tabac : cela donne des idées et on voit des télénovelas africaines apparaître.

Table-ronde 3 : De l’assistance technique à l’accompagnement des chaînes africaines dans des marchés en évolution : vers une nouvelle coopération télévisuelle.
Animée par Jean Mino, directeur général de CFI.

Richard Boidin, directeur de l’audiovisuel extérieur, ministère français des Affaires étrangères

En 2002, la société Evalua a évalué la politique audiovisuelle et cinématographique des dix dernières années et a montré qu’il fallait relancer la machine dans nos actions. Le souci est le contenu avec les partenaires africains : des programmes par les Africains, avec les Africains, pour les Africains. Le moindre euro dépensé doit être structurant économiquement au Sud. On ne peut pas plaquer les schémas français du Nord sur les pays africains, comme la séparation rigide du cinéma et de la télévision, césure parfaitement artificielle sur le terrain africain. Nous avons mis l’accent sur toute la chaîne tout en essayant d’éviter l’éparpillement.
– télévision : on préfère parler de fabrication d’images : le fonds images Afrique doté de 6 millions d’euros, basé sur des commissions de professionnels de France et d’Afrique et présidé par Idrissa Ouedraogo. Depuis 2004, 92 projets aidés sur un total de 2,5 millions d’euros. Notre opérateur sur les télévisions africaines est CFI, qui est financée à 100 % par le Quai d’Orsay. En plus, 3 millions d’euros financent un fonds d’aide à l’amélioration de la gestion des chaînes. Sur le doublage des programmes pour atteindre le marché d’Afrique australe, on a contribué à la création d’une petite unité de doublage et de sous-titrage au NAFTI d’Accra.
– cinéma : 40 salles restent sur la totalité de l’Afrique de l’Ouest, qui disparaissent à toute vitesse, soit la moitié de ce qui reste dans la seule Tunisie. Nous avons débloqué 4,5 millions d’euros sur trois ans pour aider à la diffusion des films. Le programme Africa cinéma ne marche pas très bien à ce niveau. Nous sommes tentés par la numérisation mais elle pose la question du piratage. L’absence de réglementation est problématique. On est en train de rebooster ce programme pour trouver des solutions.
– radio : média très important, 2,8 millions d’euros pour consolider l’existant, notamment les radios communautaires d’Afrique centrale, en commun avec RFI et Radio France.
– Plan Images archives : 4 millions d’euros. La cinémathèque Afrique va être numérisée pour qu’ils circulent davantage. Des chaînes vont être aidées et un portail internet sur la mémoire audiovisuelle de ces pays sera créé.
– internet : nous avons créé un programme Aden axé au désenclavement numérique doté de 13 millions d’euros. 60 télécentres sont en train d’être installés avec associations culturelles, souvent de femmes, qui gèrent ces télécentres sur place. Le logiciel Linux nous a aidé à concevoir le programme, Alcatel soutient. L’AFD prendra le relais à terme car c’est de l’infrastructure lourde.

Henry de Cazotte, directeur à l’Agence française de développement (AFD)

La télévision peut-elle servir les objectifs du millénaire pour le développement ? L’information sanitaire et économique est essentielle. Les médias sont source de croissance, de marché, d’innovation. Les bailleurs de fonds sont intéressés par l’évolution des technologies de la communication : nous sommes partie prenante dans le domaine des télécommunications dans la fourniture d’images aux télévisions africaines. Des fondations et ONG internationales s’impliquent dans des projets pouvant intéresser la banque mondiale ou l’AFD. Le problème d’informalité qui doit être traité par les institutions nationales doit être réglé avant que les investisseurs puisse s’impliquer. Un centre de formation très important dans le domaine du multimédia et du média vient d’être financé en Tunisie. En partenariat avec le Nepad, un cofinancement de projets importants et structurants sont étudiés. Les projets de radios communautaires, de télévisions locales peuvent être l’objet de partenariats. L’AFD est un bailleur de fonds et a la capacité de lever des fonds ou de participer à des tours de table, peut agir comme investisseur en prenant des risques comme la participation dans la création d’une chaîne de télévision privée au Maroc, Médi1. L’AFD est encore en observation et à l’écoute.

Eberhard Sucker, rédacteur en chef adjoint, Deutsche Welle TV (Allemagne)

Le travail de la Deutsche Welle est complémentaire de celui de CFI. Des formations sont organisées en Afrique par l’Akademie de la Deutsche Welle en liaison avec les chaînes de télévision des pays concernés : formations techniques, consultants, ateliers de formation de formateurs, programmes journalistiques avec enseignement de base de la profession de journaliste, déontologie. Des stages sont également organisés à Bonn et Berlin. Doit-on envoyer les experts dans les pays ou doit-on faire venir les journalistes dans le contexte européen ?

Johannes Gehringer, Union européenne, office de Coopération EuropeAid

L’Union européenne soutient des actions similaires à la Coopération française mais avec des différences. Notre action englobe la zone ACP mais se concentre sur l’Afrique sub-saharienne. Les fonds que je gère sont destinés à la production mais d’autres secteurs sont davantage sur la formation. L’étude commanditée par CFI a montré que les spectateurs ont exprimé une préférence pour les fictions africaines : c’est là que notre soutien trouve sa juste place. Nous avons réorienté notre soutien vers la télévision. Les documentaires représentent 19 % des films aidés depuis 2000. Les sociétés de production qui demandent une aide doivent avoir obtenu une convention d’achat d’une chaîne d’un produit ACP. Le développement de la capacité de production et diffusion sont un objectif prioritaire, en commun avec la coopération française (Africa cinéma, CFI, AIF). Formation numérique gérée par le CIRTEF.
Nous avons aussi commandité une évaluation de notre appui pour orienter notre nouveau programme de soutien. Nous allons soutenir seulement les sociétés de production basées dans les pays ACP. Nous ne soutenons pas directement les chaînes mais soutenons la production pour une plus grande offre, espérant que les chaînes prennent plus en compte cette offre audiovisuelle. L’objectif est que les productions soient faites par les Africains en Afrique et vues par le public. Le volet professionnalisation à travers des formations pour les métiers de l’image. La barrière entre le cinéma et l’audiovisuel est de plus en plus ouverte, ce qui devrait renforcer le secteur. L’évolution vers le numérique devrait baisser les coûts et permettre une production locale. Sur les trois années à venir, ce programme d’appui sera doté de 6,5 millions d’euros.

Guila Thiam, secrétaire général du CIRTEF.

La demande de contenus augmente alors que la capacité de production du sud n’évolue pas assez. Une démarche d’entreprise pour les médias audiovisuels, la formation des acteurs, des productions de faible coût sont importants. Les directeurs généraux ont des préoccupations. On a tendance à répéter les mêmes choses. Pour diversifier leur offre, les télévisions publiques ne peuvent plus se passer des collaborations avec les privés. Le CIRTEF essaye de mettre en place des programmes d’amélioration de l’environnement. Des politiques structurantes consistent à former des équipes plutôt que de faire des formations individuelles. Les centres du CIRTEF sont équipés avec le plus performant et à la disposition des professionnels locaux.
Avoir des personnels formés avec des statuts clairs est le nœud gordien. Ces formations d’équipes intégrées sont fondamentales. La formation à l’écriture (scénarisation) devrait aider au développement de la production de contenus.
Archives, avec l’AIF : système « Aimé » permet d’archiver en numérique pour archivage et réutilisation. Système testé avec succès à l’île Maurice en 2004 et qui va être étendu.
Emission « Reflets » composée uniquement d’images africaines passe sur tous les réseaux de TV5. Banque de programmes, mise sur la plateforme audiovisuelle numérique de l’Unesco. Une banque de programme de près de 1000 heures est faite avec les télévisions membres. A travers CFI on arrive aussi à échanger entre pays du Sud.

Walter de Tomasi sur l’enquête CFI

La coopération et ses effets. La volonté est de déserrer l’étau des images venues d’ailleurs. En fournissant des images, la coopération ne contribue pas forcément au développement de l’image. On ne peut pas feindre que tous les pays africains se trouvent dans la même situation (monopoles, sorties de conflits, pluralisme) : importance d’une approche différentielle pour moduler la coopération.
Aller vers une coopération structurante :
– la formation et la professionnalisation qui soit assortie de la création d’images, d’exercices pratiques,
– contribuer au développement des programmes africains : coproductions qui signifient transfert des compétences et partage des savoirs.
– banques des programmes qui ne soit pas en concurrence avec la production africaine, modulée en fonction de l’approche différentielle évoquée. Le bénéfice de ces images gratuites devrait être lié à un pourcentage d’achats de programmes africains pour enclencher un cercle vertueux.
Le public africain éprouve un fort attrait pour les images africaines : elles sont rares et ne circulent pas assez. Bon nombre de réalisateurs et de producteurs voudraient un catalogue des produits télévisuels africains qui permettent de les faire vivre au-delà de leur exploitation, pour permettre leur exportation dans d’autres régions du continent.
Les sociétés africaines se placent dans la conquête de la production de leurs images. L’absence d’une chaîne d’information africaine est ressentie comme un manque.

Abdoullah Coulibaly, fondateur de l’institut des hautes études en management de Bamako (Mali)

La coopération peut-elle avoir lieu quand il y a tant de distorsion entre ceux qui ont tant de moyens et ceux qui n’ont rien. Aline a partagé l’élite, les jeunes et les masses rurales. Denise a parlé de l’Afrique comme un réceptacle d’images et certains comme des consommateurs d’images, mais ces consommateurs ont soif d’exister. Les télévisions africaines peuvent-elles être indépendantes du politique ? C’est un défi à relever. Quand on a peu de ressources et qu’on est dans un environnement délétère, doit-on gérer avec complaisance et légèreté. L’élite qui tue l’Afrique !
La faiblesse des productions commerciales. Il faut éviter le misérabilisme : dans un monde ouvert, quand on produit la qualité, elle s’achète, comme dans le football. Quand on est compétitifs, on nous achète à notre prix !
Faut-il des organes de régulation et peuvent-ils être réellement indépendants ? J’aimerais savoir si c’est le cas partout dans la réalité.
Télévision éducative ou récréative ? Des feuilletons envahissent et supplantent nos causeries jadis ludiques et éducatives. Les familles se défont : quelles images pour ce public. On a parlé de formatage de la personnalité et d’impact collatéral de la télévision en Afrique. On évoque le manque de créativité et de tendance à copier.
Cela fait longtemps que l’on donne de l’argent à l’Afrique et elle est toujours derrière : l’attitude ne change pas. L’efficacité, c’est e=mc2 (efficacité = moyens x comportement au carré !).

Sidiki Konaté, directeur général de l’ORTM (télévision nationale du Mali)

La coopération pour faire quoi ? A notre niveau, c’est pour faire une télévision de service public crédible et performante. La télévision n’est pas seulement un moyen de formation et de divertissement, c’est un élément de structuration d’une société. On peut parle de case planétaire. La télévision est objet et sujet des forces de mondialisation et des revendications identitaires. On existe en passant à la télévision. Il y a conjonction entre la culture orale et l’image. « Vaut mieux voir une fois que d’entendre mille fois » dit le proverbe.
Au Mali, depuis 1991-1992, avec le changement politique, la télévision de service public est possible. La mission est clairement d’assurer le service public, avec un cahier des charges précis. Il faut une volonté politique et institutionnelle, mais aussi une régulation avec une instance qui soit au-dessus et que l’Etat ne peut faire. Le défi est de tout servir et de servir tous et chacun. La satisfaction de ce public mosaïque est un défi. La nature de l’Etat a évolué, il n’est plus pourvoyeur : la télévision doit se gérer et se financer. La reconversion des mentalités est fondamentale, défi de la formation. La concurrence est positive mais le secteur privé doit être construit sur la base de cahiers des charges. La technique : la fracture numérique est une fracture de formation des hommes.
Il n’y a pas que des handicaps : nous avons des atouts ! L’expérience accumulée depuis 1983. La diversité affichée dans les tests de création. La gouvernance est un défi en matière d’approche de proximité. Il faut créer des médias régionaux. Les gens doivent être créateurs de leur information. Le service public implique de permettre à tous d’être présents sur l’antenne. La couverture géographique est vaste au Mali et en Afrique, captés même dans les foyers parisiens ou au Moyen Orient. La capacité d’innovation est forte et profite de la concurrence. L’Etat intervient dans le financement mais l’ORTM doit aussi se battre pour avoir des recettes.
Il nous faut une prévision sur deux, trois, cinq ans. Nous avons un plan directeur de 20 ans sur 1995-2014. Nous savons les développements à faire quand et qui recruter. Nous avons signé une convention avec CFI qui a une valeur sous-régionale déclinable selon les réalités. Elle s’insère bien dans le plan de développement de l’ORTM. Les études d’attente des téléspectateurs sont importantes. La coopération avec la société civile est importante aussi : nous avons établi une convention avec l’association Contrechamp avec le soutien d’une fondation de Canal +. Formation : le danger est le saupoudrage. Il faut des centres de formation diplômante. Aider l’émergence d’une culture d’entreprise audiovisuelle, avec des résultats en matière de satisfaction du public et d’utilisation des fonds publics.

Débat :

Question sur la priorité francophone dans la coopération:

Etienne Fiatte, MAE : le ministère veut travailler avec toute l’Afrique. Il n’y a pas d’exclusive. Nous travaillons étroitement avec le NAFTI sur les questions de doublage et sous-titrage en anglais des productions francophones.

M. Sucker : la Deutsche Welle met l’accent sur les pays anglophones, il nous est souvent difficile de trouver des formateurs maîtrisant le français.

M. Gehringer : aucune exclusive.

Mme Kala Lobé : la société civile apparaît comme une nouvelle catégorie que l’on appellerait les indépendants. C’est une donnée nouvelle. La coopération a-t-elle envisagé ce nouveau type de partenaire ?

Etienne Fiatte : la présence d’une structure de droit privé est importante.

Olivier Enogo pose le cas d’une production de sujets africains par une boite française et des aides.

Etienne Fiatte insiste sur la priorité de soutenir les structures situées en Afrique.

Monique Phoba pose la question des budgets de production à M. Konaté, qui répond que la production ne concerne pas seulement les feuilletons. La biennale artistique et culturelle a été l’occasion de quatre heures de direct à l’inauguration et la clôture. C’est déjà de la production. Nous mettons en place des coproductions selon des conventions précises avec les privés.

Hervé Bourges clôture la journée

On a très peu évoqué des questions de fond essentielles. Je prépare un livre sur Senghor et ne trouve que peu d’archives à Dakar : elles sont à l’INA ou dans des médias occidentaux. Les archives sont la mémoire d’un peuple. On en s’est pas beaucoup étendu sur les questions du journalisme et de la formation. Il y a actuellement un abandon total en Afrique. Le développement des médias est anarchique et il y a régression dans la formation des journalistes et animateurs. Des écoles de journaliste se sont créées. Je vais fêter les 35 ans de l’école de journalisme à Yaoundé. Ces écoles périclitent car elles n’ont plus les moyens. L’aide aux pays anglophones est une excellente chose mais je constate que lorsque l’école de Yaoundé a été aidée au départ mais cela s’est arrêté alors qu’il y a une demande très forte du privé pour former des journalistes. J’ai vu dans cette école une énorme antenne pour satellite prise en charge par le Canada, le stage des journalistes francophones au Tchad a été financé par les Etats-Unis. Il faut des exigences dans le domaine de la formation. Beaucoup de journalistes ne méritent pas ce nom. La presse de caniveau indigne de ce nom existe dont les articles seraient poursuivis en France par la législation.
On a pas beaucoup parlé de radio : des progrès considérables ont été faits en Afrique. Alors qu’il a fallu attendre 1982 en France pour dépasser le stade de quatre radios. Leur embellie est étonnante en Afrique alors que les télévisions restent balbutiantes.
Il faut aider les chaînes d’Etat a devenir des chaînes de service public. Des instances de régulation sont essentielles. Avant qu’elles soient indépendantes, il faut qu’elles aient les moyens d’exister. Le CSA avait un budget de 600 millions de francs avec 250 permanents lorsque j’en étais président. Cela permet de vérifier si le pluralisme est respecté. C’est un vrai problème en Afrique : il faut les moyens d’exister.
Cette réunion est la première du genre et à renouveller. Le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb sera bientôt sur nos écrans, sur ceux qui ont aidé à libérer la France.

///Article N° : 3970


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