Fiche Livre
Littérature / édition
REVUE | Décembre 2008
Nouvelles dramaturgies d’Afrique et des diasporas: cantate des corps, sonate des voix
Sylvie Chalaye
Edition : The Johns Hopkins University Press
Pays d’édition : États-Unis
ISBN : 1931-0234
Parution : 01 Décembre 2008

Français

Volume 48, Number 3


Sylvie Chalaye
La Voix des corps: prologue

Vingt ans après! il y a vingt ans, en 1988, un jeune auteur togolais encore inconnu, étudiant en philosophie, envoyait Le Carrefour au Concours Théâtral Interafricain de Radio France International et remportait le Grand Prix avec une pièce qui au lieu de convoquer l’image attendue de l’Afrique donnait à voir un simple carrefour où se retrouvent un homme, une femme, le montreur de pantin et le poète, une pièce où les personnages ne sont plus définis comme africains ou même noirs, mais sont avant tout des corps et des voix humaines. La pièce bouscula les idées reçues sur ce que devait être l’africanité du théâtre africain! Et Kossi Efoui fut montré du doigt comme un auteur qui avait quasiment… (Extrait)

Sylvie Chalaye
Pour une poétique des corps en écritures

Convoquant facilement danse, chant et musique, les expressions scéniques africaines ont habitué les spectateurs à voir dans les théâtres d’Afrique une esthétique centrée autour du corps et de l’incarnation charnelle. Le mouvement des corps et le retentissement des voix ont longtemps suffi à convoquer une théâtralité spécifique à l’esthétique africaine et à la dramaturgie des théâtres d’Afrique. Aussi, quand dans les années 90 certains dramaturges comme le Togolais Kossi Efoui, l’Ivoirien Koffi Kwahulé, le Tchadien Koulsy Lamko, le Congolais Caya Makhélé, compagnon de Sony Labou Tansi revendiquent le textocentrisme de leur démarche et défendent la littérarité de leur écriture dramatique, des voix se lèvent pour crier à l’imposture. Ces théâtres qui s’appuieraient sur l’écrit et défendraient un répertoire dramatique africain à venir ne seraient pas des écritures proprement africaines. L’anthropologue Françoise Gr�nd, dans un numéro de Notre librairie de juillet 1990 entièrement consacré aux théâtres du sud, dirigé par… (Extrait)

Edwige Gbouablé
Langage du corps et voix d’auteur dans le théâtre de Sony Labou Tansi: une écriture de l’alibi

Le corps dans le théâtre de Sony Labou Tansi ne constitue pas une simple catégorie intégrée au texte dramatique. C’est un réceptacle de la pensée du dramaturge, l’écho ou du moins la forme scripturale de ses convictions. La relation corps/voix s’entend dès lors, selon une perspective dialectique dans laquelle les termes s’engendrent et s’expliquent mutuellement. Il s’agira pour nous de montrer que le corps, à la fois matérialité humaine, champ lexical et organisation textuelle, est soumis à une vision sociopolitique mais surtout est engagé dans une problématique du comment dire. De là, ses enjeux esthétiques qui posent certainement les bases d’une génération de textes aux structures complexes et au langage hors norme. La Parenthèse de sang, Je soussigné cardiaque, Le Coup de vieux, Antoine m’a vendu son destin, Une chouette petite vie bien osée et Qui a mangé madame d’Avoine Bergotha ? sont les pièces à partir… (Extrait)

Virginie Soubrier
Une physique de la voix: réflexions sur le théâtre de Koffi Kwahulé

De Cette Vieille Magie Noire (1993) à Misterioso-119 (2005), Koffi Kwahulé écrit une trentaine de pièces. Ses propositions dramaturgiques, toujours inédites, soulèvent néanmoins les mêmes questions: comment, dans un monde contemporain traversé par la violence (génocides, attentats aveugles, misère matérielle et culturelle…), affirmer une présence? Comment, dans un système économique mondial où il meurt à force d’être quantifié et codifié, susciter à nouveau le désir du politique? Comment échapper aux programmes et aux scenarii, véritables dénis des individus et des subjectivités? Comment, en un mot, dessiner un espace commun, ouvert à toutes les singularités? Ces questions éminemment politiques, l’auteur d’origine ivoirienne les pose en élaborant une poétique de la voix fondée sur la relation organique qu’il entretient avec le jazz: aux personnages des dramaturgies traditionnelles, Kwahulé, grand admirateur de Monk et de Coltrane, préfère les voix et leur agencement musical. En… (Extrait)

Laurence Barbolosi
Le Théâtre de Kossi Efoui: polyphonie épique ou épopée lyrique

De violence en violence, de transit en transit, les corps qui parcourent le théâtre de Kossi Efoui apparaissent comme autant de lieux de mémoire où le croisement de leurs voix épiques entonne le chant d’une histoire collective à peine perceptible, tant les strates de la survivance leur ont imposé celles de l’oubli. Traces mnésiques ou corps spectraux, ils retracent le chemin de cette perte de l’histoire en rassemblant les restes d’un récit dont les noms ou les mots disséminés à la surface de leur chair tentent de reconstituer le sens d’une humanité ensevelie. « On a déjà perdu la mémoire des chemins […] Dès le départ, on a déjà trop voyagé / sans hublot ni fenêtre pour se souvenir des chemins de retour », dit la Mère dans Concessions. Cortège de corps outragés, les personnages de Kossi Efoui se frayent un passage dramaturgique à travers l’évocation des voix anonymes restées muselées à la stèle des violences de l’histoire coloniale. Leurs voix se répondent, se répètent ou se déploient en un… (Extrait)

Dominique Traoré
Corps, voix et voies du dialogue

L’une des particularités des dramaturgies contemporaines d’Afrique noire francophone est de s’inscrire dans une poétique de la décomposition, c’est-à-dire une sorte de radicalité dans le rapiècement des catégories théâtrales. Si le dérèglement de la fable, de l’espacetemps et des personnages en est la face visible, ces écritures fragmentées sous-tendent une mise en spectacle du langage écrit. Un langage qui devient objet et enjeu de sa propre théâtralisation et qui, de ce fait, met en oeuvre une forme spécifique d’oralité dont la configuration s’opère à travers le couple corps / voix et les différentes facettes que ce couple fait prendre à ce qui reste du dialogue, cette « unité discursive, de caractère énonciatif, obtenue par la projection à l’intérieur du discours-énoncé, de la structure de communication ». Au-delà du corps-présence physique dont les figures du personnage restent au théâtre l’incarnation scénique, nous appréhendons ici le « corpstexte ». Il s’agit en réalité d’une corporéité dans le langage. Et justement, la voix est l’une des matérialisations de cette corporéité dans le… (Extrait)

Christophe Konkobo
Entre-deux, entre jeux: l’intermédialité dans les théâtres contemporains

Les dramaturgies subsahariennes contemporaines se caractérisent par une minimalisation de l’action dramatique au profit d’une diversification des moyens narratifs qui confèrent dans bien des cas la structure du conte à la fable. La prépondérance de l’épique dans ces dramaturgies impose à l’écriture une démultiplication des ressorts esthétiques qui permettent au verbe d’acquérir la dynamique nécessaire pour articuler et véhiculer la fable. L’intermédialité, qui est l’usage de médias dans un système signifiant d’une autre nature, est un des ressorts dramaturgiques dont se servent constamment deux auteurs subsahariens contemporains : Koffi Kwahulé et Kossi Efoui. Nous analyserons le fonctionnement de l’intermédialité dans le théâtre de ces deux dramaturges où la présence de médias tels que la télévision, la radio et la vidéo dans le tissu même de la fable confère au texte la force de l’oralité. L’intermédialité engendre des espaces intertextuels qui, dans le cas de ces… (Extrait)

Sylvie Ngilla
Frapper les rythmes, frapper les corps: dramaturgie du k.o. chez Koffi Kwahulé et Kossi Efoui

Le théâtre, la boxe et la musique sont des arts de la performance dans lesquels l’action physique produit « un effet esthétique immédiat » selon l’expression du théoricien Gérard Genette. Ces trois arts convoquent la puissance des rythmes et des corps dans le cadre de certaines règles de leur milieu respectif. C’est le dialogue de ces trois formes artistiques en mouvement immédiat dans les oeuvres de deux dramaturges contemporains africains francophones qui nous intéresse ici, cet entremêlement du théâtre, de la boxe et de la musique orchestrée par une dynamique des’chocs’ qui frappent les rythmes aussi bien que les corps que nous allons tenter d’analyser dans Cette vieille magie noire (1993) de Koffi Kwahulé, comme dans L’Entre-deux rêves de Pitagaba conté sur le trottoir de la radio (2000) de Kossi Efoui. Kwahulé et Efoui évoquent l’histoire d’un boxeur déchu. La pièce de Kwahulé retrace l’ascension et la déchéance du… (Extrait)

Stéphanie Bérard
Percussion et répercussion des voix dans le théâtre de Gerty Dambury

Poète, dramaturge et nouvelliste, Gerty Dambury est une écrivaine qui refuse les frontières, les limites, et lutte contre l’enfermement, la sclérose et l’asphyxie. Partageant depuis des années sa vie entre la Guadeloupe, où elle est née, et Paris, où elle travaille aujourd’hui, Gerty Dambury est résolument ouverte au monde. Elle s’insurge violemment contre toute tentative de classification, de catégorisation et n’hésite pas à dénoncer l’inanité des étiquettes, que ce soit celles de « francophone » ou de « postcolonial », qu’on a trop souvent tendance à coller aux auteurs antillais et africains. Dans un entretien accordé à Suzanne Houyoux en juin 1991, elle déclare : « J’espère sincèrement […] qu’on ne nous enfermera pas dans une spécificité antillaise de notre écriture, comme s’il était donné d’avance et pour toujours que nous serions arrêtés au même point ». Presque quinze ans plus tard, elle réaffirme son indépendance dans un entretien que nous avons conduit en mars 2003 (Extrait)

Gilles Mouëllic
Cette vieille magie noire de Koffi Kwahulé: un pacte avec le jazz

Haute Bretagne 2007 : Un an après la sortie remarquée de son premier roman Babyface, Koffi Kwahulé jouait Shadow dans Cette vieille magie noire, sa première pièce éditée écrite en 1991, et publiait un recueil d’entretiens intitulé Frères de son. Le titre de ce dernier ouvrage suffit à mettre en évidence ce qui fait le lien entre l’écrivain, le dramaturge, le metteur en scène et l’acteur : une musique née au début du XXe siècle à La Nouvelle Orléans, musique qu’on appellera le jazz. Dans ces entretiens, dont des extraits ponctueront ce texte, Kwahulé parle longuement de cette passion du jazz, de la manière dont la musique est devenue peu à peu une inspiration consciente et essentielle de son travail d’écriture. Deux étapes sont alors jugées déterminantes : Jaz, pièce publiée en 1998, et le roman Babyface. Mais la décision de mettre aujourd’hui en scène Cette vieille magie noire, seize ans après sa publication, éclaire d’un jour nouveau cette influence musicale. Ce sera l’hypothèse de cette analyse… (Extrait)

Gilles Mouëllic
Brothers in Sound: Koffi Kwahulé and Jazz (Interviews with Gilles Mouëllic)

Ivorian playwright and novelist Koffi Kwahulé has often remarked that he never writes without the music of John Coltrane or Thelonius Monk in the background. Those who know his theatre note his insistent use of repetitions, refrains, and riffs, the references to musical numbers, the presence of jazz musicians, a yearning and straining that mark his theatre as’jazzy’. Music and cinema specialist Gilles Mouëllic has been speaking on and off for several years with Kwahulé about his creative kinship with jazz. Excerpted here are passages from a series of conversations that probe the connection between Kwahulé’s writing and jazz poetics. Gilles Mouëllic: How did what I’ll call your « sound » encounter the sound of jazz? Koffi Kwahulé: [After finding my own personal writing voice in French], jazz came to me later, much later. For quite some time, I suspected that jazz was the music of clever blacks who’d found a happy scam to help white people part with their bulging purses…. (Extrait)

Judith G. Miller
Women’s Voices, Women’s Bodies in José Pliya’s Theatre

Female characters pervade and embrace José Pliya’s theatre. Unlike most contemporary male playwrights from Africa – Koffi Kwahulé being a notable exception – Pliya likes to focus on women: « Il est de notoriété publique que je suis un’homme à femmes’. Ma mère, mes soeurs, mes filles, les comédiennes vous le diront. […] De pièce en pièce, les personnages féminins reviennnent […] [q]u’elles soient marâtres, maternantes, maternelles, amantes ou épouses, incestueuses ou partouzardes […]. » Setting aside Pliya’s tongue-in-cheek literary’womanizing’, we can speculate that this alertness to women stems from his disinterest in writing the kind of heroic epic dramas favored by the first generation of African playwrights, which of necessity – because of the nature of official African history – place male characters at their core. Perhaps female characters, because of a certain perceived vulnerability but also because there remains so much to explore theatrically about women, provide a compelling metonymic figure for the displaced… (Extrait)

Fanny Le Guen
Les Voix de femmes dans l’oeuvre de Koffi Kwahulé

Koffi Kwahulé est un dramaturge et romancier francoivoirien. Reconnu internationalement, ses pièces sont traduites et jouées sur tous les continents. C’est après des études à Abidjan puis à Paris, où il obtient un doctorat d’études théâtrales, qu’il construit une esthétique théâtrale contemporaine en interrogeant sans cesse les problématiques dramaturgiques actuelles. Le travail de cet auteur francophone réside dans la fabrication d’une langue originale en étroite relation avec la musique jazz et les formes théâtrales. Koffi Kwahulé a remporté le Grand prix international des dramaturgies du Monde (RFI/ACCT) avec Cette vieille magie noire, et en 2006, il a été sélectionné pour le Grand prix de littérature 2006 avec Mysterioso 119. Dans l’oeuvre de Kwahulé, la femme a un rôle central. Dans chaque texte, la voix d’une ou plusieurs femmes s’élève et se révolte pour affirmer sa liberté. Même une pièce comme Big Shoot qui est un dialogue entre deux hommes dit quelque chose- à travers l’absence justement – de la femme : Dans tout ce que j’écris, il… (Extrait)