Fiche Livre
Histoire/société
ESSAI | Octobre 1998
Aliénation et désaliénation dans les sociétés post-esclavagistes. Le cas de la Guadeloupe
Henri Bangou
Edition : Harmattan (L’)
Pays d’édition : France
Prix : 14.00
Parution : 01 Octobre 1998

Français

Pour Henri Bangou, il n’ y a pas doute, l’aliénation du captif noir des Antilles s’apparente à celle de l’esclave antique et recouvre aussi l’ensemble du champ sémantique de l’expression avec ses notions de « séparation », « éloignement », « étrangeté », « altération de la personnalité » et « dépossession de soi »…Un des instruments les plus redoutables de cette aliénation fut sans conteste la déculturation : « l’Africain esclave devenait une unité, un objet sans passé dont le présent était un cauchemar et un enfer…Quant à l’avenir, il dépendait de la volonté du maître… » L’étonnant et le paradoxal dans l’histoire de l’esclavage nègre aux Antilles, souligne l’auteur, c’est de voir les esclavagistes, en dépit d’une aliénation totale du Noir garantie par un volet juridique, imposer une entreprise d’aliénation culturelle « alors même que l’esclave nègre est supposé dépourvu de capacités intellectuelles. » Une entreprise de destruction qui est confiée en grande partie à l’Église et à la religion. Parmi les manifestations de l’aliénation, l’auteur note « l’acceptation de l’impersonnalité au point de s’identifier à la personnalité du maître (…) de prendre la défense du maître en toutes circonstances, mais encore défendre par les armes le parti du maître où celui de la cause « nationale » du maître… » le rétablissement même de l’esclavage en 1802 n’apas mis fin à la carrière guerrière des Nègres esclaves aux côtés de leurs maîtres en Guadeloupe. L’état très avancé et profond de l’aliénation, ne pouvait, nous affirme Henri Bangou, être résorbé et levé par un simple acte juridique (l’abolition). Il s’en fallait de beaucoup. Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, la société guadeloupéenne n’en restait pas moins « une société stratifiée selon la fortune et selon la couleur de la peau, la hiérarchie des richesses se confondant, à peu de chose près, avec la couleur de l’épiderme. » L’enfourchement du cheval du négrisme (la conquête par les Noirs eux-mêmes des postes de responsabilité électifs) s’avère au bout du compte une impasse comportant « de nouvelles sources d’aliénation. » Parce que, selon Henri Bangou, il n’était nullement « une recherche d’identification du Noir et de réhabilitation de ses valeurs humaines spécifiques, mais simplement l’affirmation de son aptitude à faire aussi bien que le Blanc… » Enfin, l’auteur montre aussi comment la loi dite d’Assimilation puis la loi de Départementalisation, entourées de malentendus, n’ont pas apporté les solutions aux nombreux paramètres de l’aliénation des collectivités noires qui vivent dans l’île. Pour avancer sur le chemin de la désaliénation, la Négritude a été par contre un juste et fructueux combat, mais lui aussi insuffisant. Aujourd’hui, conclut l’auteur, la créolité est elle aussi une sorte de levain  » d’une culture identitaire où se reconnaissent toutes nos ethnies (…) Mais il resterait à la transformer en un corps social, économique et politique apte à préserver cette identité, tout en participant à ce qu’un ensemble industrialisé, démocratique et moderne peut garantir à ses citoyens. »