Fiche Livre
Littérature / édition
RéCIT, TéMOIGNAGE |
Capitale des roses (La)
Mohammed Nadrani, Abderrahmane Kounsi
Pays concerné : Maroc
Edition : AncreLatine-Corsicapolar
ISBN : 9791090885004
Prix : 13.00

Français

La Capitale des roses est une histoire vécue, un travail de mémoire.
Une mémoire reconstituée minutieusement et qui retrace près de neuf années de captivité dans les bagnes marocains de jeunes étudiants, tous militants, engagés pour la justice, les droits humains, dans le Maroc monarchique de Hassan II, au cours des années 70, communément appelées les années de plomb.
Cet ouvrage sur les disparitions forcées au Maroc montre qu’il n’y a pas de limite dans la barbarie humaine et que le chemin sera long encore dans ce monde.
Ce témoignage reste un exemple de résistance, de solidarité et de courage.
Il ne laissera personne indifférent.

Editions: AncreLatine-Corsicapolar

PREFACE

La capitale des roses est une histoire vécue, un travail de mémoire. Une mémoire reconstituée minutieusement et qui retrace près de 9 années de captivité dans les bagnes marocains de jeunes étudiants, tous militants, engagés pour la justice, les droits humains dans le Maroc monarchique d’Hassan II, au cours des années 70, communément appelées les années de plomb.
Engagés dans le mouvement marxiste-léniniste Ilal Amam (En Avant), c’est dans la ville de culture ouvrière, la cité des phosphates à Khouribga que la plupart d’entre eux, se forgeront une conscience syndicale et politique.
C’est par une soirée de printemps, le 12 avril 1976 à Rabat que leur vie va basculer dans l’horreur. A partir de cet instant une nouvelle vie de calvaire et de torture, va commencer pour ces jeunes étudiants, qui durant près d’un an et demi seront incarcérés (480 jours) dans le tristement célèbre lieu de détention secret « le complexe » à Rabat.

Complètement coupés du monde dans un isolement complet, sans nouvelles de l’extérieur et de leur proche famille, ils seront maltraités avec une cruauté sans limite, privés de défense, privés d’avocats et surtout condamnés arbitrairement au bagne. Ils seront ainsi les « disparus de la capitale des roses », engagés dans une lutte quotidienne pour survivre. C’est cette histoire bien décrite et bien écrite qui nous est restituée avec beaucoup d’humilité, de sincérité et scrupuleusement détaillée y compris dans les terribles interrogatoires, tortures et souffrances diverses infligées.
C’est le 5 août 1977 et toujours sans nouvelles d’un quelconque procès, qu’ils seront transférés les yeux bandés dans l’antre de l’enfer au sud du Maroc dans le sinistre bagne ou mouroir d’Agdz, une forteresse, (Ksar) où ils passeront plus de trois années d’humiliations, de nouveaux sévices et autres scènes d’horreurs. C’est dans ce bagne installé dans la région de Ouarzazate, au nom évocateur, « Al-had, la limite » et toujours sans aucune nouvelle de leur famille, qu’ils partageront leurs journées, leurs nuits d’angoisses et de souffrances avec d’autres bagnards, les Sahraouis hommes, femmes, vieillards et enfants…
Certains jours, ils pensaient que «  Personne, ne sortirait vivant de cette prison », que c’était la « frontière entre l’illusion et la réalité », « la limite entre la vie et la mort ». Ils maudissaient l’enfer où ils croupissaient, avec toujours la crainte des tortures.
« Nous sommes les tombes de la vie, des morts vivants, des fantômes la nuit et des ombres le jour ». Voilà le sentiment qui domine parmi ces disparus de la capitale des roses. La lecture de cet ouvrage ne laissera aucun doute, car ils étaient tombés dans le domaine de l’arbitraire où tous les droits, même les plus élémentaires sont inexistants. Ils savaient qu’à tout moment, ils couraient le risque d’y laisser leur peau et disparaitre sans laisser de trace, car ils étaient des internés clandestins, à la merci des gardiens, des bastonnades, mais aussi victimes de carences alimentaires et d’absence totale de soins médicaux.
S’ils ont eu des moments de grande dépression, de peur, de lassitude et de désespoir, l’envie de vivre et de résister ne les a jamais quittés. Ils ont lutté de toutes leurs forces, même dans les moments les plus difficiles, les plus dramatiques pour rester debout et aller de l’avant.
Le 22 octobre 1980, les prisonniers d’Agdz, Sahraouis compris, seront de nouveau transférés, dans le bagne à Kalaât Mgouna.
Ce livre est un témoignage réussi, il est aussi un monument de courage, de résistance, de lucidité et de solidarité très forte. Unis les uns aux autres, ils ont réussi à repousser toujours plus loin les limites de la vie. Pour survivre ils ont été ingénieux, bravé les interdits, lutté contre l’anorexie intellectuelle et physique.
La détention ne prendra fin qu’en décembre 1984 avec leur libération et ce n’est qu’à partir de ce moment-là seulement, qu’ils apprendront qu’un procès, leur procès, avait bien eu lieu à Casablanca avec d’autres militants et que celui-ci avait débuté le 03 janvier 1977 et duré 43 jours.
Les condamnations prononcées lors de ce procès ont été très lourdes comme en atteste un document du tribunal. « La cour d’appel de Casablanca a prononcé ses jugements à l’encontre de 138 criminels, plus 39 criminels qui sont toujours en fuite »… et de poursuivre, « les verdicts tombent : 39 condamnations à la perpétuité dont 34 par contumace. Les autres condamnations s’échelonnent entre : trente, vingt, dix et cinq ans… 500 inculpés, acquittés par le tribunal, seront remis en liberté… »
Mohamed Nadrani et Abdérrahmane Kounsi, nos auteurs avaient été condamnés par contumace, pour le premier, à perpétuité, pour le second, à plusieurs années d’emprisonnement.
Parmi les très nombreux militants qui comparaissaient au procès de Casablanca en janvier 1977, le plus célèbre restera incontestablement Abraham Serfatti responsable du mouvement « Ilal Amam » condamné à perpétuité et qui ne sera libéré qu’au début des années 1990. Brahim Mouis que nous connaissons maintenant depuis plus de 10 ans, a fait ses premières armes militantes avec Nadrani et Kounsi à Khouribga. Jugé lui aussi lors du procès de Casablanca, il y purgera dix années dans la prison de Kenitra. C’est grâce à lui et aux séjours et actions solidaires de l’association Per a Pace que nous avons rencontré ses amis, les auteurs de ce poignant et émouvant témoignage.
C’est notre ami César Fazzini fervent défenseur des droits humains et animateur de Per a Pace à Bastia qui est revenu d’une action solidaire au Maroc avec l’ouvrage la Capitale des Roses. Il était persuadé que nous devions faire connaitre cette histoire tout à la fois douloureuse, révoltante mais aussi forte d’enseignements, de courage, de solidarité et de résistance.
Avec cette réédition, nous voulons rendre hommage à tous ces militants, mais aussi dire à notre ami César, disparu bien trop tôt, que nous l’avons écouté.
Rien en effet, ne pourra effacer ces moments terribles vécus par ces hommes, prisonniers hors du commun, fauchés en pleine jeunesse et hantés encore aujourd’hui par tant d’inhumanité et d’injustices.
Cet ouvrage sur les disparitions forcées au Maroc montre qu’il n’y a pas de limite dans la barbarie humaine et que le chemin sera long encore dans ce monde. Mais ce témoignage reste plus encore qu’un exemple de résistance, de solidarité et de courage. Il ne laissera personne indifférent.

Jacques Casamarta, Pascale Larenaudie,
Muriel Buisson, Robert Armata