Fiche Livre
Littérature / édition
ROMAN | Octobre 2002
Mort du roi Tsongor (La)
Laurent Gaudé
Edition : Actes Sud
Pays d’édition : France
ISBN : 2-253-10861-8
Prix : 6.80
Parution : 01 Octobre 2002

Français

Le coeur secret de la tragédie
Goncourt des lycéens 2002

Maître incontesté du continent africain, roi de Massaba, le vieux Tsongor s’apprête à marier sa fille, Samilia. Cet événement est censé être l’apothéose d’une vie tout entière consacrée à la guerre. « Il n’avait travaillé qu’à cela. Donner à sa fille un homme et unir pour la première fois son empire à un autre autrement que par la guerre et la conquête. » Voeu pieu. Dès l’aube de cette journée, rien ne se passe comme Tsongor l’avait prévu. Accompagné d’une armée, un second prétendant surgit.

Si Kouame, le prétendant officiel, roi des terres de sel, peut compter sur la fidélité de la belle à la volonté paternelle, l’intrépide Sango Kerim brandit le serment qui le lie depuis l’enfance à la fille du roi. Entre Kouame et Sango Kerim, le présent et le passé, Samilia ne peut ni ne veut choisir. « Il n’y a pas de choix possible (…) Je suis aux deux. Dans la fièvre et le déchirement. C’est cela. Je ne suis rien que cela. Une femme de guerre. Malgré moi. Qui ne fait naître que la haine et le combat. »

Le roi aura beau offrir sa vie en sacrifice pour tenter de la désamorcer, la guerre éclatera, et consumera tout. La Mort du roi Tsongor est un livre sur la passion de la guerre. Cette guerre avec laquelle le roi chargé d’années pensait avoir fini, mais qui en réalité l’accompagnera jusque dans la mort et au-delà, solidaire de sa personne telle la tunique de Nessus.

Si ce roman de Laurent Gaudé est une (re)création originale à partir des épopées antiques ou médiévales, c’est à son sujet qu’il le doit : en deçà de la geste des jeunes héros guerroyants, c’est l’ambivalence du roi Tsongor, partagé entre l’ivresse du chef de guerre et le remords du sage. Irréductible dualité qui donne lieu à une magnifique invention romanesque. Tsongor est accompagné comme par son ombre par Katabolonga, son serviteur humble et fidèle, le dépositaire de ses ultimes secrets. Tsongor et Katabolonga sont l’avers et le revers d’une même médaille. Le dialogue – il faudrait peut-être parler de soliloque – qui se tisse interminablement entre eux, est autre chose qu’un morceau de bravoure. Loin du vacarme du jour, c’est le coeur secret – sombre et silencieux – de la tragédie.