Fiche Livre
Littérature / édition
ACTES DE COLLOQUE |
Le sang visible du vitrier
ISBN : 978-2-89454-240-8
Prix : 15.00

Français

Si la poésie de James Noël nous atteint en plein coeur, c’est parce qu’elle se pare de tous les sortilèges d’une écriture portée à sa plus vive incandescence. Ecumeur de mots, briseur de syntaxe, manipulateur du verbe, le poète, dans sa forge silencieuse, travaille sur la matière souvent rebelle de l’émotion brute ; il la martèle, la sculpte, jusqu’à lui conférer, par le pouvoir des images-choc et de leurs subtiles analogies, cette charge d’évidence lumineuse qui, en un éclair, nous fait appréhender la réalité profonde des choses.

Dans cette fusion cognitive, sujet-objet ne font plus qu’un. Le sang du vitrier, autrement dit le poème, est alors forme visible d’une vérité supérieure, celle qui sait réunir ce que séparait notre logique paralysante. James Noël a retenu la leçon des surréalistes et, en particulier, d’un André Breton qui aurait subi l’envoûtement des îles. Que l’on en juge par des coulées telles que : « Les oiseaux qui se désaltèrent au crépuscule / Ont leur nid dans mes artères… » ou : « Port-au-Prince : Des ordures érigent un gratte-ciel / Qui tâte souvent le cul du Bon Dieu… » ou bien : « J’aime quand tu prends corps dans le poème / Tes yeux frottés devant les pierres / Font jaillir la flamme/ Qui réchauffe mon corps /Délivré des tempêtes neigeuses des solitudes… » ou encore : « Des chiens d’instinct perdant leurs rues / Dans la quête remuée d’une queue d’étoiles… » et : « Je me hasarde au métier d’eau des lèvres crues / La compétence de tes seins à travailler la souplesse / De l’avenir des mains // Nue ma flamme devenue / mortellement / locataire d’éternité » et enfin : « Mon pays cette mine d’oubli / Où les femmes prêtent leur chevelure / Aux feux de paille / Pour se souvenir / De mémoire d’homme… »

« Vitrier », James Noël nous donne à voir et à aimer le monde – le sien – qu’il transfigure par la magie de son verbe. La noirceur peut devenir beauté quand le poète la nomme : « Je suis poète/ Sans chapeau d’île/Pour dire l’amour brisé aux vitres/ Le vieux temps mort sur un pays / La nuit des temps d’années-lumière… »

Un vent salé nous vient du large avec la poésie de James Noël. Poésie toujours à double tranchant, sensuelle et tendre, violente et douce, âpre et sensible, poésie généreuse, soucieuse d’avancer, de partager le lot commun avec ses frères de peine, d’étarquer cette voile déchirée, celle de l’espoir d’un monde meilleur, sans cesse à construire et dont les mots du poète sont souvent les premières pierres:

« Mon métier mis en bouteille / Mon château de verre / De mots trop tristes pour la sauvegarde/ De l’image de marque des cicatrices / Et de blessures à domicile/ à la portée de tous/à la santé du monde »

Jacques Taurand
http://www.lenouvelliste.com/images.php?PubID=1&ArticleID=47502&PubDate=2008-02-09&Image=jamesnoel001copy.jpg


« Le vitrier, celui qui fabrique et pose les vitres, a besoin d’engagement, d’embrasement et de clarté. Métier de la transparence, donc de gens de bonne volonté, aux mains propres, à la personnalité nette comme la couleur du sang !
« je suis celui qui se lave les mains avant d’écrire »
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James Noël est le poète du dire de haut vol, de l’éloquence souveraine, laconique, révoltée et belle. Et quelle limpidité dans cette aventure qui est à la fois sens, beauté, et éthique du dire et du faire ! Aussi en exergue (du recueil) lit-on cet extrait d’un verset du Coran :
« Je pensais toujours qu’il me faudrait un jour rendre compte »… »

Rodney St Eloi