Fiche Livre
Histoire/société
HISTOIRE | Février 2004
Histoire trouée (L’). Négation et témoignage.
Catherine Coquio
Edition : Atalante (L’)
Pays d’édition : France
ISBN : 2-84172-248-1
Prix : 29.00
Parution : 03 Février 2004

Français

Le propos général du livre est d’engager une réflexion sur la visibilité ou l’invisibilité, l’écriture ou la non-écriture des catastrophes historiques, à partir de la négation et du témoignage interrogés comme phénomènes d’époque, symptôme nihiliste dans un cas, signe possible d’un effort pour lui répliquer dans l’autre. Historiens, philosophes, critiques de la littérature, psychanalystes, témoins, écrivains, ont été invités à répondre aux questions suivantes :
Quelles sont les procédures par lesquelles une catastrophe historique se trouve niée ou déniée, effacée ou normalisée ? Comment un événement destructeur essentiel pour un groupe humain peut-il disparaître du champ de vision d’autres groupes, à une époque qui propose la perspective d’une connaissance immédiate et universelle de tout ce qui a lieu? Y a-t-il une évolution ou révolution possible des regards à ce sujet?
Qu’est-ce qui, dans un tel événement, le rend d’abord invisible, inintelligible, incompréhensible? Comment peut-il être pensé, transmis, sinon surmonté? Quel rôle peuvent y jouer l’histoire, le droit, la politique, l’art, la psychanalyse, la philosophie?
Y a-t-il une temporalité propre à son émergence comme événement figurable? Quel rapport entretient-elle avec la temporalité du massacre nié, qui suppose une négation du temps?
Le développement des discours de négation et le prix croissant donné au genre du témoignage peuvent-ils être pris comme phénomènes de civilisation, dus aux formes de la violence politique moderne, en particulier génocidaire? Y aurait-il une « ère de la négation » comme on a dit qu’on entrait dans une « ère du témoin » (A. Wieviorka)? Faut-il voir une contradiction, une hétérogénéité, ou un lien fonctionnel entre les deux?
Qu’est-ce qui est dénié ou nié exactement? Le fait, l’événement, leur sens, leur violence, l’histoire, la souffrance, la pensée, l’humanité? Quel rôle joue, au coeur de ces négations, celle de la mort même, qui interdit le deuil et détruit tout horizon de sens?
Il y a des agents et organes de négation institués. Y a-t-il un sujet du déni? Ce sujet peut-il être collectif? Par quels processus (idéologiques, culturels, politiques) se forment les « communautés de déni » (R. Kaës)? Comment se défont-elles? Quelle part y prennent les institutions, les conflits d’interprétation, la confusion des discours, l’inertie mentale? Quel rôle y jouent les pratiques culturelles et scientifiques, les modes d’intellectualisation et d’esthétisation à l’oeuvre jusque dans le travail de mémoire?
Y a-t-il un mode de négation ou déni propre au discours politique, d’Etat et de militance? Coment interpréter le brouillage des polarités idéologiques droite/gauche dans les discours de la négation ? Quel est le statut de la victime dans les discours des pouvoirs et des « contre-pouvoirs », y compris humanitaires? Peut-on imaginer un comportement politique attentif à la réalité du témoin, qui ne se réduise pas au discours des droits de l’homme?
Y a-t-il un genre particulier de violence négatrice et de déni à l’oeuvre dans la figuration artistique? L’art peut-il développer une réplique spécifique à la négation? De quelle « vérité » parle-t-il?
De quoi peut-on porter témoignage? Qui peut le faire et pour qui? De quoi peuvent témoigner le rescapé, le descendant, l’observateur, le tueur, son héritier? Qu’est-ce qu’un témoignage indirect? Quels relais peut-on ou doit-on opérer dans la transmission?
Quels problèmes pose la consécration du témoignage, forcément sélective, dans un patrimoine culturel? Que se passe-t-il lorsqu’un témoignage devient littéraire, lorsque la fiction joue sur le document, et lorsqu’elle prend elle-même une valeur testimoniale? Y a-t-il antinomie entre visée artistique et visée testimoniale? Le témoignage, en entrant en littérature, crée-t-il un « genre »? Y a-t-il, du fait de ses antinomies internes, une violence critique qui lui serait propre ?

Ce livre est issu du colloque international qui a eu lieu les 15, 17, 18 et 19 septembre 2002 à l’Université de Paris IV-Sorbonne, organisé par le centre Littérature et savoirs à l’épreuve de la violence politique. Génocide et transmission, et l’Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l’Humanité et les Génocides. Il a obtenu une aide du Centre National du Livre et du Conseil Scientifique de Paris IV-Sorbonne.


Table des matières


– Questions en préambule.
– Catherine COQUIO
A propos d’un nihilisme contemporain. Négation, déni, témoignage.


1. ARGUMENTS.

I. Négation et témoignage

Frédéric WORMS. La négation comme violation du témoignage.

Marc NICHANIAN De l’archive. La honte

Michel DEGUY. De l’incroyable.

Nicole LORAUX « Le brouillé dissimule un rêve ».
(Texte précédé d’un avertissement de Patrice Loraux).


II. Négationnismes, révisionnismes

Enzo TRAVERSO. Révision et révisionnisme

Nadine FRESCO. Des illuminés imperméables : généalogie du négationnisme.

Albert HERSKOWICZ. L’antisémitisme aujourd’hui : au-delà de la négation.

Yves TERNON. Historien. Le spectre du négationnisme : analyse du processus de négation des génocides du XXe siècle.

Sévane GARIBIAN. La Loi Gayssot, ou le droit désaccordé.


III. Formes et fonctions sociales du déni

Pierre PACHET. Indifférence, fabulation et négation : les franges de la parole publique.

Véronique NAHOUM-GRAPPE. Anthropologie du regard oblique : le piège des diffractions.

Janine ALTOUNIAN. Emprise et démantèlement du déni. L’importance des délimitations dehors/dedans.

Bernard LEMPERT Le vote et le crime.

Luiza TOSCANE. Le statut de la victime dans les ONG : une expérience tunisienne


2. EVENEMENTS

IV. Turquie-Arménie-Kurdistan

Krikor BELEDIAN. Le retour de la Catastrophe (sur la littérature arménienne en 1918-1922).

Martine HOVANESSIAN. Anthropologie du témoignage et de l’histoire orale : traversée des lieux de l’exil et désappartenance.

Hélène PIRALIAN. Rupture de généalogie et identité perdue : du lien bourreau-victime

Mustapha OVAYOLU. Kurdistan : avis de recherches.

V. Génocides et camps nazis.

– Les camps et la Shoah.

Federica SOSSI. Témoigner de l’invisible.

Georges PETIT. La fin du camp de Langenstein, entre histoire et mémoire.

Aurélia KALISKY/ Refus de témoigner, ou chronique d’une métamorphose : du témoin à l’écrivain
(Imre Kertész, Ruth Klüger)

– Le génocide des tsiganes.

Henriette ASSEO. Le statut ambigu du génocide des tsiganes dans l’histoire et la mémoire.

Marie-Christine HUBERT et Jean-Luc POUEYTO. Génocide et internement : histoire Gadjé et mémoires tsiganes.

VI. Aux marges de l’URSS

Jean-Louis PANNE. La négation de la famine en Ukraine (1932-1933).

Frosa PEJOSKA. L’écriture comme cénotaphe. A propos de Danilo Kis.

VII. Amérique du sud : la disparition.

Pilar CALVEIRO. La mémoire comme virus. Camps de concentration et disparitions des personnes en Argentine

Jean-Louis DEOTTE. Les paradoxes de l’événement d’une disparition.

VIII. Extrême-Orient.

– Japon

Claude MOUCHARD. Le poème et l’advenu : écriture, liens, réels chez Takarabe Toriko

Mehdi CANITROT. L’écriture d’Hiroshima : un exemple de déni culturel.

– Cambodge

Richard RECHTMAN. Produire du témoignage : à propos du film de Rithy Panh, S.21. la machine de mort Khmer rouge.

IX. Israël-Palestine.

Saleh ABDEL JAWAD. Les témoignages palestiniens entre historiographie israélienne et historiographie arabe : le cas de 1948.

Franklin NARODETZKI. Le traitement de la réalité : de la Bosnie à la Palestine.

X. L' »épuration ethnique » en ex-Yougoslavie.

Catherine COQUIO.
Violence et déni dans la littérature : l’ultranationalisme serbe.

Sineva KATUNARIC.
Dans les abris et sous les décombres : aperçu sur une littérature croate.

XI. Le génocide des Tutsi du Rwanda.

Louis BAGILISHYA
Discours de la négation, dénis et politiques.

Jean-Pierre KAREGEYE
Rwanda. Le corps témoin et ses signes.

Speciosa MUKAYIRANGA.
Sentiments de rescapés.

XII. Afrique-Antilles : après l’esclavage et la colonisation.

Yolande GOVINDAMA.
Déni de l’esclavage et sa fonction dans le lien social et la dynamique psychique (Antilles-Réunion).

Mongo BETI.
Repentance (De la France et du Cameroun).

Nils ANDERSSON.
Le témoignage dans le travail d’histoire : l’exemple algérien.

Fatiha TALAHITE.
L’histoire jugera… ou le procès déplacé.

François-Xavier VERSHAVE.
Criminalité économique et crimes contre l’humanité en Afrique : une synergie occultée.