Maïmouna la vie devant moi

De Fabiola Maldonado

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Financé par des associations humanitaires allemandes, Maïmouna la vie devant moi est né en fin d’études à l’école de cinéma de Stuttgart de la rencontre de l’Allemande Ulrike Sülzle qui y tient la caméra et de Fabiola Maldonado, originaire du Honduras, qui en assure la réalisation. Une douce mélodie installe dès le départ un rythme qui ne quittera pas le film, en phase avec les gens qu’il montre. Cadrée de face, Maïmouna Ouedraogo avale les kilomètres avec sa mobylette sur le « béton » des routes du Burkina Faso. « Mes amis m’appellent Maï, à la maison on m’appelle Mouna, mon vrai nom par lequel m’appelle mon père est Maïmounata. » Le ton est donné : ce portrait-témoignage est à la première personne et se fera au gré de ce qu’il déclenche. Aucun commentaire mais la voix de Maïmouna : « Je n’aime pas les paresseux car j’aime me battre : il faut prendre la vie du bon côté ! »
A 23 ans, « je ne suis pas femme ». Rien ne presse pour le mariage : elle a la vie devant elle, malgré les remarques désobligeantes : « Le train est déjà passé ». Son travail ? Animatrice rurale contre l’excision, employée de l’association de sensibilisation Bangr Nooma.
Certes, la loi interdit l’excision, mais la coutume a la vie longue. « Nous devrons nous adapter à l’évolution du monde », concède le chef de village qu’elle interroge sans baisser les yeux. La radio l’a précédée dans son travail de sensibilisation, lui préparant le terrain. Mais la tâche n’est pas aisée : « Arriver à convaincre quelqu’un de changer de comportement, c’est pas donné à n’importe qui ! » Tous l’écoutent attentivement au village, hommes et femmes, et la caméra se fait suffisamment discrète pour ne pas gêner. Maïmouna est du style direct, avec un matériel pédagogique adapté : des maquettes du vagin et des lèvres avec ou sans excision. Les rires fusent, qu’elle réprime aussitôt : « Il faut que tu saches quand tu auras une femme ! »
Les femmes, elle s’adresse à elles de femme à femme, provoque leurs questions, cherche à les faire parler. Et au marché, elle ne se laisse pas faire si on ne lui rend pas la bonne monnaie. Inutile de dire que le personnage est bien choisi pour faire bouger. Classiquement mais joliment tourné et monté, sans fioritures inutiles, le film s’attarde sur les moments du quotidien, sur les réactions, les relations. Maïmouna nous devient familière, on partage un bout de sa vie. Jusqu’à ce qu’elle raconte sa propre excision, dramatique. De face, centrée dans l’image : « Un choc qui reste en toi », dit-elle. Cela ne s’oublie pas.
Elle en a parlé avec sa mère, qui a excisé tous ses enfants. « Mais pas les petits-enfants, pas encore ! » Témoignage à la pédagogie subtile, le film contribuera à leur éviter cela. Sans doute parce que plutôt que dénoncer, il prend du recul avec la cruauté de l’acte pour restaurer avec simplicité une relation très humaine ouvrant à l’évolution des mentalités.

///Article N° : 6846


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