Murmures

Haïti, Collectif NON de Lyonel Trouillot
décembre 2003 | | Histoire/société | Haïti

Français

Chers amis, l’heure est grave. nos vies sont menacées. L’ensemble de la population réclame le départ du gouvernement et la répression est terrible. Nous avons besoin de l’aide de tous nos amis. personnellement mon nom est sur une liste mise en circulation par les agents du gouvernement (accompagnée de têtes coupées) comme des personnes à abattre. le chanteur du groupe Boukmann Eksperyans a échappé à un attentat perpétré contre lui par des agents du gouvernement. La nation, les artistes sont menacés.
Lyonel Trouillot

Correspondance :
NON, Collectif d`Artistes et d`Intellectuels Haïtiens

Monsieur l’Ambassadeur,

Au nom des idéaux de liberté et de justice exprimés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Collectif NON d’artistes et d’intellectuels pour la défense des libertés se fait le devoir de vous adresser cette lettre. La situation de non respect des normes les plus élémentaires de la démocratie caractérisant le gouvernement haïtien s’est accentuée au cours des dernières semaines pour arriver jusqu’à la profanation de l’espace universitaire, à des actes de d’agression, de barbarie perpétrés contre étudiants et professeurs et contre le recteur et un vice-recteur de l’Université d’Etat. Les droits à la liberté d’expression, à l’information, à la liberté de rassemblement et de manifestation sont violés de manière systématique et brutale. Vous trouverez en annexe le dossier de la NCHR (Comité..) sur les multiples violations des droits de la personne.
Avec un ensemble d’organisations de la société civile, de partis politiques, d’associations syndicales paysannes et ouvrières, d’organisations féministes et religieuses, le collectif NON a déclaré hors-la-loi le gouvernement actuel. Suite à cette déclaration collective dont le texte est également en annexe, nous du Collectif NON demandons à tous les gouvernements amis d’Haïti, de se montrer solidaires de la lutte que mène présentement le peuple haïtien en vue de vivre dans la dignité et dans la liberté. En manifestant à ce régime transgresseur des droits des citoyens et citoyennes votre condamnation de sa politique de répression et d’intimidation, votre gouvernement apportera au peuple haïtien sa plus grande contribution à une commémoration signifiante des deux cents ans d’une indépendance chèrement acquise.
En vue de l’importance des enjeux, nous nous permettons de vous souligner l’urgence de la question. En effet, certains membres de notre collectif sont spécifiquement nommés comme cibles à abattre par des partisans du pouvoir. De manière plus générale, tous les membres du Collectif NON de par leur prise de position publique conjointement avec tous les citoyens et citoyennes qui osent s’opposer à l’instauration de la dictature sont menacés. Nous espérons que la pertinence et l’ampleur des dossiers annexés vous permettront de mieux appréhender la gravité de la situation.
En vous remerciant d’ores et déjà de la contribution que vous pourrez jouer dans cette conjoncture difficile, nous vous prions, Monsieur l’Ambassadeur, d’accepter l’expression de nos salutations respectueuses.
Magalie Comeau Denis
Sito Cavé
Théodore Beaubrun Jr.
Lyonel Trouillot


Annexe
Vingt-cinq blessés à Port-au-Prince, selon un nouveau bilan
AFP | 06.12.03 | 00h51
Environ vingt-cinq personnes, en majorité des étudiants et des professeurs, ont été blessées vendredi par balle, jets de pierres ou coups de bâtons par des membres d’organisations populaires (OP) du parti Lavalas au pouvoir, selon un nouveau bilan communiqué par les radios haïtiennes.
Ces violences ont été vivement condamnées par la ministre de l’Éducation Nationale, Marie Carmelle Austin, qui s’est déclarée « horrifiée » par ces incidents « révoltants ». La police « n’a pas fait son travail et n’a pas été à la hauteur de sa tâche », selon elle.
Parmi les blessés, figurent le recteur élu de l’université d’Etat d’Haïti, Pierre Marie Paquiot, qui a eu les deux jambes brisées, ainsi que le vice-recteur Wilson Laleau. Ce dernier, qui a fermement condamné les violences des partisans du pouvoir, a indiqué que quatre étudiants ont été blessés par balle lors de ces incidents.
Une partie des locaux de la faculté des Sciences humaines, où les étudiants étaient restés bloqués pendant la journée, a été saccagée par les membres d’OP, de même qu’une partie des locaux voisins de l’Institut national de gestion et des hautes études internationales. Plusieurs véhicules de l’université ont également été incendiés alors que deux journalistes ont été blessés à coups de bâton.
Le responsable socialiste Victor Benoît (opposition) a condamné ces violences, de même que le coordonnateur du groupe des « 184 » (organisation de la société civile et patronat), André Apaid, qui s’est rendu à l’hôpital rencontrer des blessés.
M. Apaid s’est déclaré « indigné » par ces incidents « inacceptables » et a dénoncé la « complicité » de certains membres de la police.
L’Inspecteur Général de la police, Rudy Berthomieux, a fait état « d’infiltrations d’éléments armés » auprès des étudiants qui ont fait usage de leurs armes.
En fin de journée, l’ambassadeur des Etats-Unis en Haïti, James Foley, s’est rendu à la faculté pour y constater les dommages.

Note de presse
NON, collectif d’artistes et d’intellectuels pour la défense des libertés, a pris connaissance par la voix de la Télévision Nationale d’Haïti d’un communiqué en date du 13 décembre 2003 émanant de Monsieur Yvon Neptune portant sur la gestion du droit d’expression du peuple haïtien dans les lieux publics.
Nous rappelons à toutes et à tous que l’ensemble des articles sur lesquels s’appuie ce communiqué va à l’encontre de l’esprit et de la Lettre même de la Constitution de 1987. Le peuple haïtien se souvient que ces textes répressifs ont été utilisés comme menace par Jean Claude Duvalier, à la veille de sa chute.
Une fois de plus, le régime Lavalas confirme sa volonté de réduire à néant les conquêtes de 1986 en rejetant le vote de la Constitution qui garantit les libertés d’expression, de réunion et d’association. L’article 28 de la constitution stipule : « tout haïtien ou toute haïtienne a le droit d’exprimer librement ses opinions, en toute matière, par la voie qu’il choisit et l’article 31 : « la liberté d’Association et de réunion sans armes à des fins politiques, économiques, sociales et culturelles ou toute autres fins pacifiques est garantie ».
Nous dénonçons les manœuvres de ce régime qui visent à intimider la population et à lui faire douter des droits qu’elle a acquis, particulièrement le droit de manifester. La constitution de 1987 nous autorise à manifester, indépendamment des menaces ; des manouvres et de la terreur instituée par la dictature Lavalas.

Nous sommes solidaires de toute manifestation tenue dans le cadre de la constitution et nous tiendrons responsable le régime lavalas de toute atteinte au droit à la vie des manifestants.
Magalie Comeau Denis
Sito Cavé
Théodore Beaubrun Jr.
Lyonel Trouillot
NON, Collectif d’Artistes et d’Intellectuels Haïtiens

Aux artistes
Cher(ère) artiste/intellectuel (le)/ami(e) d’Haïti,
Connaissant votre sympathie pour Haïti et le peuple haïtien, NON, Collectif pour la défense des libertés, se fait le devoir de vous écrire pour attirer votre attention sur la situation de violence et de répression qui sévit en Haïti.
Ces dernières semaines ont consacré la tendance totalitaire du gouvernement. La profanation de l’espace universitaire ; les agressions contre les étudiants et les membres du rectorat de l’Université en la personne du recteur et d’un vice-recteur ; les entraves au droit de manifester et de s’exprimer librement ; les intimidations et agressions contre les médias ; les arrestations arbitraires et illégales ; les massacres perpétrés contre la population de la ville des Gonaïves et du quartier de Raboteau en particulier ; et les assassinats politiques sont autant de symptômes du caractère dictatorial du gouvernement.
Le Collectif NON s’est allié à un vaste rassemblement de diverses organisations de la société civile, de partis politiques, d’associations syndicales paysannes et ouvrières, d’organisations féministes et religieuses, pour déclarer le gouvernement hors-la-loi. Nous annexons un dossier préparé par le NCHR (Comité National de défense des droits des Réfugiés Haïtiens) qui vous permettra d’avoir des données précises sur la réalité haïtienne ainsi que la déclaration collective reflétant la prise de position de divers secteurs de la population haïtienne.
La réaction de la communauté internationale, du monde intellectuel et culturel et des médias étrangers constitue un des éléments essentiels à un dénouement de la crise qui serait favorable à l’ensemble du peuple haïtien. En ce sens, la diffusion de dossiers apportant des informations et données concrètes est indispensable. Nous sommes certains que votre sensibilité d’artiste et/ou d’intellectuel votre engagement profond à la défense des libertés fondamentales vous dicteront les modes d’expression appropriés pour nous apporter ce soutien qui nous est crucial.
En vous remerciant d’ores et déjà de votre contribution à notre cause, nous vous prions de recevoir, Cher(ère) artiste/intellectuel (le)/ami(e) d’Haïti, l’expression de nos sincères considérations.

Pour le Collectif
Magalie Comeau Denis
Sito Cavé
Théodore Beaubrun Jr.
Lyonel Trouillot
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