Murmures

Frieda Ekotto : Pour une critique endogène sur les représentations visuelles et littéraires de l’identité lesbienne africaine
novembre 2013 | Projets culturels | Cinéma/TV | États-Unis
Source : Blog sur les femmes africaines dans le cinéma / African Women in Cinema Blog

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Frieda Ekotto, Camerounaise, écrivaine, professeure de littérature francophone; de littérature comparée et d’études africaines à l’Université du Michigan, vit et travaille aux Etats-Unis. Ses recherches et ses écrits encouragent une critique endogène de la représentation des lesbiennes dans le contexte africain. Elle parle de la représentation cinématographique et de l’identité lesbienne (ce qu’elle appelle « les femmes qui aiment les femmes ») ainsi que de son projet, Vibrancy of Silence, un essai philosophique visuel sur des lesbiennes vivant au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Nigéria, et au Ghana.

Frieda, vous êtes professeure de littérature francophone; de littérature comparée et d’études africaines à l’Université du Michigan aux Etats-Unis et vous êtes également écrivaine. Pouvez-nous nous dire quelques mots de votre parcours, vous qui écrivez, enseignez et menez des projets de recherche au croisement de ces champs d’études ?

La question qui sous-tend tout mon travail est la suivante : comment parler de la souffrance d’autrui ? En tant qu’intellectuelle, historienne et philosophe spécialiste de la littérature et du cinéma anglophone et francophone de l’Afrique de l’Ouest et de sa diaspora aux vingtième et vingt-et-unième siècles, je porte une attention toute particulière aux questions de loi, de race, ainsi qu’aux problématiques homo-, bi-, trans-, et intersexuel-le-s (LGBTI). A ce jour, mes activités de recherche ont principalement porté sur la façon dont la loi sert à réprimer et à masquer la souffrance des individus déchus de leurs droits. Dans cet effort, mon intention a été de mettre en évidence l’indicible, afin d’engager une discussion sur la souffrance et de dénoncer cette dernière au travers de perspectives et d’intersections culturelles multiples, tout en offrant une réévaluation du statut et des moyens d’actions des dépossédés.

L’intérêt que je porte à la question de la souffrance m’a conduite à l’envisager sous diverses facettes. Dans mon premier essai, L’écriture carcérale et le discours juridique chez Jean Genet (L’Harmattan, 2001), je prête l’oreille aux rythmes et aux figures rhétoriques dans les écrits de prisonniers français, ces délinquants privés de parole par les discours institutionnels et par un climat de méfiance généralisée à l’encontre des voix « criminelles ». Dans mon récent ouvrage What Color is Black ? Race and Sex Across the French Atlantic (Lexington Press, 2010), je m’attache à montrer comment l’Atlantique francophone a façonné d’une façon qui lui est propre des notions telles la race, l’esclavage et le colonialisme sur tout le pourtour du bassin atlantique. J’étudie aussi la manière dont le monde francophone apporte des points de vue et des épistémologies largement inédits par rapport aux études qui s’en tiennent uniquement à l’Atlantique anglophone.

Dans mon article « Globalisation, immigration et cinéma d’Afrique Francophone: Pour un devenir moderne », je m’efforce de montrer comment la mondialisation et l’immigration soumettent les Africains à une indescriptible souffrance. Pour nombre d’Africains, l’immigration équivaut à une amélioration de leurs conditions matérielles d’existence. A contrario, les cinéastes du continent insistent sur le fait que les performances économiques de l’Occident sont rendues possibles par l’exploitation des immigrés et du travail clandestin. Ils créent des images pleines de dignité humaine afin de montrer que l’individu africain, souvent décrit comme post-colonial, est en fait un individu global qui opère dans toute une gamme de nuances bien plus subtiles que le simple binôme mondialisation/immigration.


LIRE L’INTÉGRALITÉ sur africanwomenincinema.blogspot.fr

En partenariat avec Beti Ellerson, cet article est également publié dans son intégralité sur sur Africultures, article 11898

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