Murmures

Confluences fait appel et répond à René Vautier
novembre 2004 | | Histoire/société | France
Confluences fait appel et répond à René Vautier

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« L’espace culturel Confluences, centre culturel parisien situé dans le 20e arrondissement, subit aujourd’hui une campagne de dénigrement nauséabonde. »
« De quoi s’agit-il ? Nous diffusons depuis trois ans, en partenariat avec ARTE, des films documentaires, dans un cadre de gratuité pour le public et en présence des réalisateurs, qui en débattent ensuite avec les spectateurs. Nous avons notamment reçu Patricio Guzman, Mosco, Marcel Trillat, Thierry Michel, Eyal Sivan, Michel Khleifi, Peter Watkins et des dizaines d’autres.
Le 16 juin 2003, nous devions diffuser un portrait du cinéaste anti-colonialiste René Vautier, intitulé « René Vautier, Cinéaste Franc-tireur », réalisé par Arnaud Soulier et Sabrina Malek (Les Films de Mars.) Avant la projection, nous avons appris une information que nous ignorions : en 1998, Monsieur Vautier est allé témoigner son « admiration » et son « respect » à Roger Garaudy, au procès où celui-ci fut condamné pour contestation de crime contre l’humanité et antisémitisme. Nous nous sommes immédiatement enquis auprès des réalisateurs pour savoir pourquoi ces faits n’étaient pas mentionnés dans leur « portrait » du cinéaste. Ils évoquèrent en réponse la « complexité » de René Vautier. Nous leur avons alors dit que nous diffuserions leur film, que nous les recevrions, mais que nous ne recevrions pas Monsieur Vautier, qui devait initialement participer au débat. Les réalisateurs ont refusé. Nous avons annulé la soirée.
Nous avons parlé ensuite avec Monsieur Vautier au téléphone, à son initiative. Quelques-uns de ses propos méritent d’être rapportés. Si René Vautier nous a declaré « qu’il avait un point de divergence avec Roger Garaudy quant à l’existence des chambres à Gaz », il nous a expliqué que Garaudy n’était « pas antisémite » et nous a répété ce qu’il avait déjà dit au procès, à savoir que, selon lui, « la loi Gayssot » réprimant les propos à caractère négationniste « bloque l’évolution des connaissances de l’histoire.. » Ouf! Nous étions bien content de lui avoir dit de rester chez lui.
Depuis cette date, Confluences est victime d’une campagne aux relents fort désagréables. Monsieur Vautier nous fait un procès et nous réclame 20 000 euros de dommages et intérêts. Un collectif d’associations militantes, tel « Droit Devant » appelle à nous « boycotter » et s’interroge sur l’annulation de la venue de René Vautier à Confluences en ces termes : « Nous voulons espérer que ce triste dérapage ne s’inscrit pas dans la perspective funeste d’une relecture scandaleuse de l’histoire et de l’actualité au détriment de ses acteurs les plus nobles. Et s’il ne s’agit pas ici de la manifestation de pressions extérieures politiques et/ou financières lourdes de sens et de conséquence. » Nous croyons quant à nous que ces propos sont, très précisément, lourds de sens et de conséquences. Confluences est maître de sa programmation en toute indépendance et la liste des participants à ses soirées indique suffisamment que ses responsables ne craignent ni la pluralité des opinions ni les débats sur les questions les plus sensibles. Cette même indépendance l’a amené à refuser de donner la parole à l' »ami » d’un négationniste déclaré. Enfin, des tracts et des affiches anonymes nous dénigrent dans le quartier, des coups de fil « amicaux » et des e-mails agressifs nous parviennent régulièrement. Les artistes qui se produisent chez nous sont sommés de nous boycotter. Nous sommes harcelés.
Nous ne pensons pas que l’honorable passé de résistant et de militant anticolonialiste de René Vautier soit une circonstance atténuante. Au contraire, nous pensons qu’il a apporté tout le poids de sa réputation à Roger Garaudy. Que, malgré le négationnisme de Roger Garaudy, M. Vautier souhaite préserver avec cette personne « des liens très fort d’amitié avec lui » est son affaire privée. Elle cesse de le rester dès lorsque cette amitié s’affiche dans un procès public. Enfin nous rappelons à Monsieur Vautier qu’a l’époque où son amitié avec Roger Garaudy a débuté avec une si touchante intensité, dans ces merveilleuses années 1950, le même Roger Garaudy témoignait déjà devant les tribunaux français pour expliquer que le goulag n’existait pas.
Nous sommes stupéfaits de voir que la confusion de l’époque actuelle est telle que nous nous retrouvions persécutés uniquement par ce que nous refusons de recevoir l’ami public d’un militant antisémite. Nous continuerons à nous battre contre tous les racismes. Nous continuerons à ne pas inviter les amis déclarés des théoriciens négationnistes. Et nous continuerons à diffuser les films de cinéastes courageux qui, sur tous les sujets, prennent le risque de faire réfléchir le public. Nous appelons notre public, qui sait combien nous sommes attachés ces valeurs, à nous faire-part de son soutien en signant cet appel.

Premiers signataires :
Hakim ADDAD, secretaire general de RAJ-Algerie ; Pierre AIDENBAUM, Président d’honneur de la LICRA, Maire du 3ème arrondissement de Paris ; Pouria AMIRSHAHI ; David ASSOULINE, adjoint au maire de Paris, chargé de la vie etudiante ; Julien BASSOULS, life-live production ; Patrick BLOCHE, député de Paris (11ème-12ème) Président du groupe socialiste et radical de gauche au Conseil de Paris ; Dominique BLOCH-BERTHIE; Rony BRAUMAN, Ancien président de MSF ; Mosco BOUCAULT, cinéaste ; Colombe BROSSEL, conseillère de Paris, vice-presidente du groupe socialiste et radical de gauche ; Pascal CHERKI, adjoint au maire de Paris, chargé du sport ; Catherine COQUIO, professeur de Littérature à Poitiers, présidente d’AIRCRIGE (Association Internationale de Recherches sur les Crimes contre l’humanité et les Génocides) ; Alexis CORBIERE, première-adjoint de la mairie du 12ème arrondissement de Paris ; Ariel CYPEL ; Didier DAENINCKX, ecrivain; Julien DRAY, deputé de l’Essonne, vice-président du Conseil Régional Ile-deFrance ; Yassir FICHTALI, Président de l’Unef ; Armand GATTI, dramaturge ; Frédéric GOLDBRONN, documentariste ; Serge GOLDBERG, président de la commission « lutte contre l’antisemitisme » du MRAP ; Yaël el HADAD, commedienne ; Alain HERZOG, administrateur du théâtre de la Colline ; Albert HERSKOVITCH ; Jean-Paul HUCHON, président du Conseil Régional Ile-de France ; Yves JEULAND, documentariste ; Nathalie KAUFMANN, maire-adjointe du 20ème arrondissement de Paris chargée de la culture et du sport ; Anne Charlotte KELLER, conseillère municipale du 20ème arrondissement de Paris ; Chris KUTSCHERA, photographe ; Alain KRIVINE, porte-parole de la LCR ; LEPERS John-Paul, journaliste-réalisateur ; Noël MAMERE, député de la Gironde ; Ariane MNOUCHKINE, metteur en scène ; Dominique NOGUERES, avocate ; Bernard PIGNEROL, maitre des requetes au Conseil d’Etat ; Patrick SILBERSTEIN ; Danielle SIMMONET, maire-adjointe du 20ème arrondissement de Paris chargée de la jeunesse et des résidents etrangers non communautaire ; Eyal SIVAN, cinéaste ; Benjamin STORA, Historien ; Pierre VIDAL-NAQUET, professeur.
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