Murmures

Une lettre de membres du jury « première oeuvre » des JCC
novembre 2016 | Divers | Cinéma/TV | Tunisie

Français

Chère Henda, cher Brahim,

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour le moment intéressant passé lors des JCC. J’ai découvert un cinéma auquel je suis peu habituée même si je connais quelques-uns des classiques du cinéma africain dans son ensemble et quelques du cinéma arabe.

Farida et moi-même avons été fascinées et admiratives de l’assiduité et de la passion du public tunisien. Des jeunes, beaucoup de jeunes, se pressant aux portes des nombreuses salles, puis de leurs commentaires et de la finesse de certaines analyses.

Cela a été un plaisir de commencer, avec certains d’entre eux, une conversation enthousiasmante. Le dynamisme de la jeunesse tunisienne est bien là et prometteur de beaux changements si….

Alors oui, cette semaine permet de répondre à la question souvent posée : que peut le cinéma? Il peut et les thèmes traités par nombre des films en sont la preuve.

J’ai été quelque peu surprise par le milieu des professionnels du cinéma dont je ne soupçonnais pas les contours. Mais encore plus par certains comportements, et particulièrement lors des délibérations du jury premières oeuvres.

Lors de notre première rencontre, j’ai pu ainsi entendre des propos pour le moins non professionnels et choquants: « pas la peine de discuter et de connaître les opinions des uns et des autres, il suffit de mettre des notes ». « Le plus important est que le documentaire libanais ait un prix, je l’ai vu il est excellent ». Nous n’étions qu’au début de la sélection et les autres documentaires n’avaient pas encore été projetés.

Ce qui a choqué les deux jurés ayant émis un avis défavorable, c’est non seulement que la décision a été prise et quasiment imposée avant le visionnage des autres documentaires mais aussi qu’aucune discussion n’a été possible sur la pertinence d’un tel choix.

On ne peut que regretter l’absence du cinquième juré. Il semblerait, afin de permettre une totale objectivité dans les décisions, que si un jury ne peut assumer son rôle, il soit rapidement remplacé pour éviter de donner deux voix à un membre, fut il le président et même si cela est la règle.

Cela laisse un goût d’amertume et de tristesse alors qu’un autre documentaire aurait dû recevoir le prix du jury.

Par ailleurs, nous voudrions nous assurer que le film NGO (Nothing’s Going On) a bien reçu la récompense pour la mention spéciale qui lui a été accordée. Ayant encore regardé ce jour, 10 novembre, le site officiel des JCC, dans le palmarès, cette attribution n’est toujours pas mentionnée, alors que la Mention spéciale pour Life’s eye de Wafa Hussein (Egypte) l’est. C’est un oubli qu’il faut rapidement réparer.

Il est à regretter que le président du jury « premières oeuvres » n’ait pas été mieux renseigné sur l’attribution de cette mention et ait omis de lire les arguments que nous avions rédigés à propos de cette première oeuvre.

Cela a privé le réalisateur, Arnold Aganze, de monter sur scène et de voir son travail, fut-il un peu inabouti, reconnu en recevant des mains du président sa récompense. Il est toujours privé de cette reconnaissance puisqu’aucune mention de cette « mention spéciale » n’apparaît sur le site officiel.

Permettez-nous d’user de cette occasion pour remercier toute l’équipe des JCC, pour son soutien, son aide, le sourire et la gentillesse sans faille de certains des membres, nous voudrions particulièrement remercier Skander, qui, durant toute cette semaine, a été d’un professionnalisme à toute épreuve.

Nous avons passé, et malgré les quelques frustrations exprimées ci-dessus, une semaine formidable en regardant le travail de certains qui, peut être demain, deviendront de grands réalisateurs ou de grands comédiens.

N ous espérons que, pour les prochains jurys, il sera fait plus de place, lors des délibérations, à la discussion, l’échange de vue et l’élaboration d’argumentaire sur des éléments centrés sur la qualité, à tous les niveaux, d’une oeuvre et non sur des arguments extérieurs au travail conceptuel et artistique.

Encore un grand merci et longue vie aux JCC et que Vive le Cinéma !

Farida Benlyazid et Mireille Fanon-Mendes-France
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