Murmures

Décès de Taieb Louhichi, cinéaste tunisien, le 21 février 2018
février 2018 | Décès de personnalités culturelles | Cinéma/TV | Tunisie

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C’est avec une profond émotion que nous avons reçu l’information transmise à notre rédaction par le producteur Lotfi Layouni (Amilcar Films, Tunis) de la mort d’un des plus grands cinéastes de notre continent. Panafricain dans l’âme, il a contribué à renforcer les liens à travers le continent et aussi les diasporas africaines. Avec son épouse, Martine Louhichi, leur maison était un havre de paix et un lieu de rencontre au moment des JCC. Entre succulente dégustation gatronomique et discussion passionnante sur le cinéma, ces instants précieux faisaient se rencontre Maï Masri, réalisatrice palestinienne, ou Haile Gerima, cinéaste éthiopien expatrié aux Etats-Unis, pour ne citer que ces deux professionnels du cinéma.

Taïeb Louhichi est né le 16 Juin 1948 à Mareth (Tunisie). Après des études de lettres et de sociologie couronnées par un doctorat, il se tourné vers le cinéma et suit une formation à l’Institut de Formation Cinématographique et à l’École de Vaugirard de Paris.
Taïeb Louhichi réalise plusieurs courts métrages, dont Mon village, un village parmi tant d’autres, Tanit d’or aux JCC 1972, le Métayer, Carthage an 12. En 1982, il écrit et réalise son premier long métrage de fiction, L’Ombre de la terre, sélectionné et primé à la semaine de la Critique à Cannes et dans plusieurs festivals mondiaux. Sa carrière s’enrichit, successivement de Gorée, l’île du grand-père (1987), Prix spécial du Jury à Alger, Layla ma raison (Majnoun Layla, 1989, sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise et récompensé à Milan et à Ouagadougou, Noces de lune, primé à Bari, Montréal, Johannesburg…, Option débrouillardise : chant de baye fall, L’Ombre de la terre, entre autres.
En 1998, il a tourné son troisième long métrage de fiction Noces de lune suivi par La danse du vent en 2003. En 2006, Taïeb Louhichi est victime d’un accident de voiture à Dubaï alors qu’il y était pour présider un festival de cinéma. Il y perd l’usage de ses membres. Pugnace, il remonte la pente. Celui qu’on nomme « le plus africain des cinéastes tunisiens » ou le cinéaste du désert, en référence à sa naissance dans le Sud tunisien et à sa façon de filmer le Sahara, continue son chemin comme il a toujours su le faire : élaborer les projets, écrire des scénarii et peut-être même, un livre. Il s’illustre en 2011 avec Les Gens de l’étincelle, un documentaire sur les protagonistes de la révolution tunisienne de 2011. Taïeb Louhichi achève L’enfant du soleil, long métrage sorti en salles en 2014, avec le fils de Sotigui Kouyaté, Mabo KOUYATÉ (dans le rôle de Yanis), aux côtés d’Hichem ROSTOM (Kateb), Sarra HANACHI (Sonia), Mohamed MRAD (Fafou) et Jamel MADANI.



En 2017, il signe un nouveau long métrage La rumeur de l’eau sur le retour d’un metteur en scène exilé – après la révolution tunisienne – tourmenté par son passé amoureux et de militant politique 25 ans auparavant. Il fait appel à plusieurs grands noms : Hishem Rostom, Jamel Madani, Ombretta Machi, Hassen Doss, Fatma Ben Saidane, Sana Rostom, Slah Msadek. Présent lors de la Première Mondiale aux Journées Cinématographiques de Carthage – JCC 2017 (en séances Spéciale, avec EL JAIDA, de Selma Baccar), le critique sénégalais Baba Diop (Africiné Magazine) avait salué « un très grand film d’une belle sensibilité ».
Son inhumation est prévue ce vendredi 23. À sa famille, proches, amis et fans, nos condoléances les plus profondes, par l’ensemble de la critique panafricaine et de la rédaction d’Images Francophones (OIF, Paris).


Thierno I. Dia
Images Francophones



Image : Le cinéaste Taïeb Louhichi (1948-2018)
Crédit : DR
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