Murmures

Chants pour remonter les catarctes
novembre 2018 | Projets culturels | Poésie / Conte | Cameroun

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CHANTS POUR REMONTER LES CATARACTES






Le recueil de poèmes d'Emmanuel MAYO proposé aux éditeurs



Dans Chants pour remonter les cataractes, l'auteur de La Chose qui mangeait les sorciers met en garde l'Africain dont il attire l'attention sur les conséquences de son égotisme, de sa mauvaise gouvernance, de son atavique cécité et de son manque de réaction :


Mers vers sont Bric-à-brac Des mots-tracts Ils sont chant De la pie Qui trahit La cachette Les micmacs Du serpent Aux aguets


Mes vers sont Millénaire Et cruelle Meurtrissure De ma terre C’est l’odeur De ces plaies Qui purulent Qui gémissent Qu’on ignore


Mes vers sont Son lointain Du clairon Au matin Qui appelle Aux combats Les moignons Des perclus Oubliés Des nations


L'écrivain rappelle à l'humanité que les besoins primaires de l'humain doivent demeurer la priorité de sa politique. Et pendant qu’il s'insurge contre les discours flatteurs des écrivains et des artistes qui louent les dirigeants ennemis de la démocratie et spoliateurs des concitoyens, il s'adresse aux pays occidentaux dont il s'étonne qu'ils ne comprennent pas que le remède des maux tels que l'émigration et même le terrorisme, c'est la justice dans les termes des échanges, le respect de l’autre dans son expression culturelle et la meilleure répartition des biens de la terre entre les terriens.


Ton tocsin retentit sur l’onde amère ! Ce n’est qu’un enfant qui vient vers son père N’écume plus en guerrier tes océans ! O mon frère, ô maitre de céans Apprête plutôt l’anneau d’or L’habit blanc, le veau et le vin fort Ton fils, l’enfant prodigue A fait tomber tes vaines digues


Il veut de sa mère déchirée Panser l’honneur déchiqueté Il est l’incoercible écho Des temples vidés du Congo Le râle tourmenté de nos griots Que tu as frappés dans le dos


Ses poèmes sont également complainte, cris de douleurs de ceux qui se battent contre la mauvaise fortune, la mauvaise humeur des climats, qui est souvent réaction de la planète face aux traitements iniques que lui inflige l'inconscience du capitalisme outrancier, qui éloigne la paix. Et c'est là où les vers deviennent mitraillette dans nos consciences :


Il n’y aura pas de paix Mais pets d’obus, … Kalachnikovs Et mitraillettes Pétaradant, Déflagration Des canons, Craquants Squelettes De fantômes Sur caparaçon, Leurs canassons Carapatant, Cavalcadant Et concassant De leurs sabots La carapace Du macadam, Cons cabots Et corbeaux En chœur Cacabant Le chaos, Fatras Des pancartes, Traques de gangs, Crac-crac des casses, Poudre et sang, Attentats, Foudre et feu, Sang giclant, Sparadraps, Speculums, Scalpels, Fragments D’ossements Hécatombes Et catafalques Craquant Sous croupissantes Carcasses, Papis papillotants D’apparatchiks Grinçant des dents, Fracas de casse Partout patatras !


Le poète qui n’oublie pas de chanter l’amour, « cocoricote » pour rythmer le combat de ceux qui luttent contre les courants impétueux qui les charrient vers d'impétueuses et destructrices cataractes. Il rappelle enfin la vanité de la vie matérielle en ivitant à lever les yeux vers l'immortalité :


Sous les pierres Des cimetières Dans le froid Sournois des croix Vermoulu silence Et larmes rances Anathèmes Chrysanthèmes Le vent pleure Contre la fleur Vanités Des vanités


Mais sera-t-il entendu ? Il en exprime la crainte dans “Epilogue” :


O veilleur qui t’en vas Qu’emportes-tu dans les grottes De ton âme somnolente ? Le credo obsolète D’un homme de foi suranné Faisant claquer sa chahada Comme une momie dégingandée Qui jaillit des dunes du Sahara ?


… …


Ou alors O veilleur qui t’en vas N’as-tu vu Dans la triste complainte Du colporteur des misères Des fureurs de ton peuple N’as-tu vu que le jonc Agité par le vent !





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