Murmures

Note introductive au colloque du cinquantenaire du FESPACO
janvier 2019 | Communiqués de festivals | Cinéma/TV | Burkina Faso

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Le FESPACO est né en 1969 dans la ville de Ouagadougou, capitale de la Haute-Volta devenue Burkina Faso depuis 1984. Autrefois capitale de l’Empire Mossi, Ouagadougou s’est transformée au fil des siècles en une mégalopole cosmopolite, riche d’un dynamisme et d’une créativité qui font aujourd’hui son charme et sa notoriété. Ouagadougou est le lieu de mémoire par excellence du cinéma africain. C’est à ce titre qu’elle est la seule ville au monde qui possède une place des cinéastes sur laquelle se déroule à chaque édition du festival une cérémonie à la mémoire des cinéastes disparus, cérémonie qui rassemble les professionnels et festivaliers venus des quatre coins du monde. De cette place part l’avenue des cinéastes dont la première statue est celle du célèbre réalisateur sénégalais Sembene Ousmane
Le festival de cinéma qui se tient dans cette ville a incarné et continue d’incarner un rêve. Celui de femmes et d’hommes investis d’une passion et obsédés par le manque d’images et de récits dans lesquels les Africains du continent et de la diaspora peuvent se reconnaître, s’identifier et forger leur conscience d’être. La passion, la revendication culturelle, politique et historique, le caractère panafricain, l’engagement et la foi, le désir et l’aspiration, l’obstination ont contribué à bâtir, modeler, nourrir et faire croître le FESPACO. Il a été porté par tout un peuple doué d’un sens inné de l’hospitalité et qui a su enfanter un public prêt au voyage et à la découverte d’histoires et de récits ; et qui par son assiduité, son engouement, sa fidélité a permis l’enracinement et la croissance du FESPACO. C’est cette croyance en la capacité du cinéma à explorer le monde et la société, à participer à la construction de l’humanité dans sa diversité qui fait que le FESPACO tient contre vents et marées. Comment rester à la hauteur de cette vision et de cette aspiration, et donner une nouvelle longévité à ce festival, au-delà des cinquante prochaines années ? L’ambition du FESPACO a toujours été et demeure d’offrir un espace de confrontation des imaginaires et des talents, de partage et d’édification tant d’une mémoire que d’un présent et d’un avenir. La caractéristique fondamentale du festival est d’avoir réussi à instaurer une relation fusionnelle entre le public cinéphile ouagalais, panafricain et mondial avec la communauté des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. Il y a de la part de ce public une ferveur, un souffle, une convivialité, une bienveillance, une familiarité respectueuse et une attente inaltérable qui n’échappent pas à ceux qui arrivent au FESPACO pour la première fois et qui seront marqués à vie. Au-delà de cette intensité émotionnelle, beaucoup attendent du FESPACO qu’il trouve les remèdes à tous les maux qui minent les cinémas africains et handicapent leur développement. Les nombreux colloques, les conférences, tables rondes et ateliers professionnels organisés par le FESPACO depuis sa naissance, ont contribué sans aucun doute à faire avancer la réflexion théorique et à mettre à jour des pistes stratégiques pour le développement des cinémas d’Afrique et de la diaspora. Ce sont les 50 ans de ce festival, qui est bien plus qu’un festival, qu’il s’agit de célébrer aujourd’hui de la manière la plus significative. Le colloque est un des éléments clé de cette célébration. Il doit permettre de poser un regard rétrospectif sur le chemin parcouru pendant cinquante ans et de formuler les visions, les désirs et les objectifs pour un futur proche et lointain. En effet, le FESPACO a été l’écran sur lequel a défilé pendant 50 ans l’histoire de l’Afrique marquée non seulement par les soubresauts du colonialisme, la faillite des nouvelles classes dirigeantes postindépendances, le néocolonialisme, les impérialismes économiques et politiques, les assassinats des résistants, mais aussi par les luttes d’indépendances, les expérimentations panafricanistes, les mouvements de libération et les indépendances arrachées par les armes. S’y sont vus représentés aussi l’afropessimisme, la démission des intellectuels, les désillusio ns et le désenchantement, les désastres imposés par injonctions des institutions de Bretton Woods, l’inacceptable détérioration des termes de l’échange, le pillage des ressources minières africaines, les guerres instrumentées de l’extérieur, le drame de la migration vers l’occident, l’accaparement des terres, l’extrémisme violent, le radicalisme religieux, mais également la naissance de l’Union Africaine, les pratiques de la non-violence, la lutte antiimpérialiste, la chute de l’apartheid, le mouvement des non-alignés, les révoltes des peuples et le vent de la démocratie, la lutte contre la corruption, la libération de Nelson Mandela, l’afrofuturisme, le désir et le combat pour une renaissance de l’Afrique
Ce colloque du cinquantenaire est donc une invitation à méditer sur toutes ces questions, de contribuer au façonnement et à la transformation du plus grand évènement culturel du continent. A cet effet, les réflexions s’articuleront autour de quatre axes dans un continuum allant du rétrospectif au prospectif
Cinq grands thèmes ont donc été retenus :
– Il était une fois le FESPACO
– Confronter notre mémoire
– Pérenniser le FESPACO
– Forger l’avenir
– Les nouvelles bases économiques

Le 24/01/2019 à Ouagadougou,
Le Président du comité de coordination,Gaston KABORE
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