Murmures

Brillant et nécessaire. La peau de Claudette Colvin
juin 2019 | Sortie de film, livre, album… | Théâtre | France
Source : Médiapart

Français

NOIRE – Texte et jeu de Tania de Montaigne, mise en scène de Stéphane Foenkinos
LIEU : Théâtre du Rond-Point (Salle Jean Tardieu à 18h30) jusqu’au 30 juin
ADRESSE : 2, avenue Franckin Roosevelt 75 008 Paris



L’écrivaine et journaliste Tania de Montaigne monte sur la scène du Rond-Point pour révéler la vie et le destin de Claudette Colvin et rétablir l’histoire de celle qui aurait dû être Rosa Parks. « Noire » rappelle au passage que le mouvement des droits civiques s’est largement appuyé sur des femmes qui furent effacées de l’Histoire au profit des hommes.

L’introduction se veut aérienne, à l’image de la verticalité des rideaux ou plutôt des paravents qui composent le décor de « Noire », comme autant d’écrans, réceptacles d’images fixes ou en mouvements convoquées tout au long du voyage dans le temps que le public s’apprête à connaitre. L’ouverture se fait ascensionnelle, dans les nuages. Telle une maitresse de cérémonie, une historienne des effacé.es de l’Histoire, une guide zen, tout simplement une accompagnatrice, Tania de Montaigne, dont le récent essai « L’assignation : les noirs n’existent pas » rejoint la pensée de l’ouvrage collectif initiée par la comédienne Aïssa Maïga « Noire n’est pas mon métier », nous invite à un retour en arrière qui va demander un peu plus que de l’empathie afin de se mettre réellement dans la peau de l’autre. Le périple commence en plein ciel. A une altitude de croisière, nous longeons la côte est américaine en direction du sud depuis New York, puis les nuages se dissipent et laissent apparaitre la ville de Montgomery, dans l’état de l’Alabama. Nous sommes en 1955. D’une voix paisible et égale, arborant un beau sourire, Tania de Montaigne évoque la ségrégation dans le sud des Etats-Unis dans les années 1950, particulièrement en Alabama, l’un des états les plus stricts en la matière. Si l’esclavage est bien aboli, la séparation des blancs et des noirs va trouver sa « légitimité » avec l’incontournable Jim Crow, personnage d’une chanson de 1832, le « bon noir », toujours souriant, interprété par un acteur blanc se grimant le visage et les mains et traçant un large cercle rouge autour des lèvres, de façon à ce que la représentation du noir ne soit jamais très éloignée de celle du singe. Dès 1837, la chanson est connue et comprise comme une insulte signifiant « nègre ». Jim Crow, à travers les lois qui portent son nom, en réalité un série d’arrêtés pris dans la états du sud, va régir la ségrégation raciale aux Etats-Unis, séparant les citoyens selon leur race tout en admettant leur égalité de droit. Rappelant que tous les femmes noires ne parlent pas en roulant le r et en levant les yeux au ciel comme Hattie McDaniel dans « Autant ne emporte le vent », Tania de Montaigne précise, « Etre noir ce n’est pas une question de couleur, c’est une question de regard, de ressenti. »

« Ecoutez ma voix et avancez encore. A présent, c’est comme si vous alliez dans le recoin le plus obscur, car, oui désormais, vous êtes noire. Vous êtes une femme, donc moins qu’un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien. Qu’y-a-t-il après la femme noire? Personne n’est revenu pour le dire. »(Noire, Tania de Montaigne)

A Montgomery, dans le bus, Claudette Colvin, quinze ans, rentre de l’école. Elle paie sa place comme un blanc, puis comme tous les jours, doit redescendre pour accéder par l’arrière aux sièges qui sont réservés aux noirs. Pas question d’emprunter l’allée centrale à la vue des blancs – même s’il n’y en a pas – puisque la séparation doit être totale.

LIRE L’INTEGRALITE : https://blogs.mediapart.fr/guillaume-lasserre/blog/200619/la-peau-de-claudette-colvin
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