Murmures

2ème compte-rendu de tournée pour La fanfare des fous de Soeuf Elbadawi
août 2009 | Bilans d’événements culturels | Théâtre | Comores

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La tournée de la compagnie de théâtre O Mcezo* continue dans les villes et villages de l’archipel des Comores, avec le soutien de la Fondation Prince Claus de Hollande. Après l’étape de Ntsudjini la semaine passée, O Mcezo* s’est trouvée une nouvelle famille à Fumbuni, dans le sud de l’île de Ngazidja. Les jeunes de l’association Masomo na Utamaduni, sous la direction de Soudjay Ahmed Djoumoi Simba, les ont accueillis en fanfare durant cinq jours, du 03 au 08 août dernier.



Hébergés chez l’habitant, les membres de la compagnie ont présenté la fanfare des fous, un spectacle sur la dépossession citoyenne, ce vendredi 07 août 09. L’occasion pour les jeunes de Masomo na Utamaduni de contribuer au projet de construction d’un bloc opératoire, en donnant les fonds collectés lors de la représentation du spectacle à l’hôpital de Fumbuni. « Le théâtre selon nous se doit d’intégrer les dynamiques communautaires existantes, s’il veut rencontrer son public. Notre société est actuellement en crise, et la notion d’intérêt général en a pris un coup. En voulant mettre notre théâtre au service d’un projet à caractère communautaire, nous interrogeons notre capacité à retisser du lien avec les autres. La citoyenneté mise à mal, dont nous parlons dans La fanfare des fous, ne reprendra vie que si nous trouvons le moyen, artistes ou non, de réinventer des utopies collectives. Voilà pourquoi nous parlons de contribuer à l’effort de Masomo na Utamaduni en faveur de l’hôpital de Fumbuni » avance Soeuf Elbadawi, directeur artistique de la compagnie O Mcezo*.



O Mcezo* 09 à Fumbuni fut également un prétexte pour retisser des liens avec une communauté de village. « Je pense qu’il y a eu une espèce de compréhension mutuelle entre les gars de la compagnie et l’équipe de Masomo na Utamaduni. Comme si les deux équipes se connaissaient depuis longtemps. Ce qui n’arrive pas souvent dans ce genre d’action » commente Soudjay Ahmed Djoumoi Simba, responsable de l’association Masomo na Utamaduni, structure d’animation socioculturelle, défendant notamment la tradition d’oralité de l’archipel. La complicité entre O Mcezo* et Masomo se lit à tous les niveaux. « Cela a commencé par les ateliers d’initiation au théâtre. Mais elle se poursuit au jour le jour dans les autres activités programmés durant le séjour de la compagnie » poursuit Soudjay Simba. « Je remarque aussi que dans notre tradition, ce ne sont pas des jeunes qui accueillent des invités (comédiens ou pas) dans nos cités. En principe, on est accueilli par plus âgé. Or, ce sont nos jeunes qui ont campé ce rôle tenu par les adultes d’habitude ». Le même insiste sur « le fait que tout ce qui était prévu durant le passage de la compagnie à Fumbuni s’est inscrit dans un échange réel entre les uns et les autres. Et puis, il n’y a pas eu que des échanges entre des artistes. Il y a eu des échanges entre les artistes et la population de la ville. Aux répétitions, durant les ateliers ou la performance, j’ai noté que les gens de Fumbuni étaient là et posaient des questions pour mieux saisir ce qui se passe ».



Les échanges entre Masomo na Utamaduni et O Mcezo* ont surtout été fructueux dans le sens où une certaine réflexion sur le théâtre aux Comores a été partagé. « Cela nous amène, explique encore le responsable de Masomo na Utamaduni, à nous investir un peu plus dans le domaine. La proposition de la compagnie O Mcezo* vient booster notre propre projet sur le plan théâtral. Nous nous demandons déjà comment nous pourrions pérenniser nos activités, suite à votre passage. Il y a comme une forme d’émulation qui naît de ces échanges… » L’aventure a permis de fabriquer une nouvelle proposition de « gungu la mcezo » [lire « la mtshezo »]avec la participation des comédiens de Masomo na Utamaduni. Une performance artistique inspirée du gungu, une mascarade servant traditionnellement à bannir les individus mettant la communauté de vie en danger. « Vous avez aussi réveillé des choses sur le plan culturel. L’utilisation de la tradition du gungu a frappé le regard des gens, a été compris comme une leçon sur nos héritages culturels. Les plus vieux ont apprécié et ont donné l’impression de revivre une part perdue d’eux-mêmes. Les plus jeunes se sont laissé surprendre, tout en se disant que la tradition avait du bon dans ce qu’elle permettait de condamner par le passé. » Le principe du gungu avait été repris par Soeuf Elbadawi sous la forme d’un théâtre de rue en mars dernier, et contre l’occupation illégale de Maore (Mayotte) par la France. Il répond au souci premier de la compagnie O Mcezo*, qui souhaite développer une approche citoyenne des arts vivants dans l’archipel.



Samedi 08 août 09





prochaines dates après les étapes de Ntsudjini et de Fumbuni



du 08 août au 11 août 09 Iconi

du 11 août au 16 août09 Ouani

du 16 août au 21 août 09 Mirontsi

du 21 août au 22 août 09 Mutsamudu



**retour prévu à Ntsudjini pour la fin septembre.
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