Murmures

5ème compte-rendu de tournée pour La fanfare des fous de Soeuf Elbadawi
août 2009 | Bilans d’événements culturels | Théâtre

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Mirontsy, une terre de culture et de tradition, est la seconde ville ouvrant ses portes à la compagnie O Mcezo* sur Ndzuani pour sa tournée dans les villes et villages de l’archipel des Comores. Une tournée organisée par Washko Ink. et BillKiss* avec le soutien de la Fondation Prince Claus en Hollande. « Nos expériences dans les autres cités nous ont beaucoup surpris nous-mêmes, mais celle que nous avons mené à Mirontsy autour du gungu notamment a donné l’impression de dépasser toutes les autres. La ville entière s’est mobilisée à notre passage » résume Faridi Ben Ali, comédien de la compagnie O Mcezo*. En référence aux cinq jours de vie passés dans la légendaire cité des rivières (miro-yontsi) à tisser des liens au nom du théâtre et du mieux-vivre ensemble.

Comme partout ailleurs où elle s’est rendue depuis le 20 juillet dernier, la compagnie a animé un atelier destiné à réfléchir sur de nouvelles pratiques théâtrales dans l’archipel. « On pourrait opposer deux extrêmes à ce théâtre. Le théâtre des années 70, qui était porté par des idées progressistes, mais qui est resté amateur, et le théâtre que nous connaissons actuellement, toujours amateur, mais fondé sur des valeurs plus légères, moins ancrées dans des principes d’éducation. L’expérience faite avec O Mcezo* constitue une belle proposition entre ces deux extrêmes, en nous apportant du théâtre plus policé et plus ancré dans des valeurs citoyennes » selon le Dr Ansoufoudine Mohamed, vice-président de Bibliothèque de Mirontsy, la structure accueillant la compagnie O Mcezo*.

Pour Massound Maaf, secrétaire général de la dite structure, « le théâtre à Mirontsy est quelque chose de plaisant que les gens veulent voir, surtout pour leur divertissement. Le public a donc répondu présent. Un public qui attendait de voir des choses nouvelles par rapport à ce qu’ils connaissent. O Mcezo* nous oblige d’ailleurs à repenser notre rapport au théâtre et à imaginer des perspectives nouvelles pour les arts de la scène ici. Le théâtre qui était joué chez nous jusqu’alors n’avait pas de cadre. On ne savait même pas qui en était le metteur en scène. Avec O Mcezo*, nous ressentons l’effort déployé par les comédiens. Nous apprécions le travail accompli par eux. Leur Fanfare des fous nous laisse donc un très bon souvenir ».

Les dix neuf inscrits au stage donné par la compagnie, issus de différentes structures culturelles de la ville, ont eu à prendre part ensuite à un gungu la mcezo, destiné cette fois-ci à lutter contre la prolifération du sida. Le personnage inventé pour subir le gungu (le « gunguïsé ») était censé être un mari volage (« mzindzi ») ayant semé le mal (nde y virus) partout où il est passé.  » La plupart des jeunes ne savent plus ce que c’était que le gungu par le passé. C’est une tradition que les gens commencent à oublier. Dans l’esprit des gens, le gungu avait quelque chose de punitif. Avec cette façon de l’utiliser au théâtre, il y a quelque chose de ludique qui s’exprime, il y a aussi un côté éducatif pour le citoyen » confie le Dr Ansoufoudine Mohamed de Bibliothèque de Mirontsy.

Le succès rencontré par ce gungu de théâtre, orchestré justement par Bibliothèque de Mirontsy, en étroite collaboration avec les membres de la compagnie O Mcezo*, pourrait faire date, en termes d’affluences et d’ambiances. Enfants et adultes sont sortis de leurs maisons pour suivre la procession des travestis du gungu dans ses tribulations. Le principe d’un théâtre qui interroge le citoyen a également plu à la communauté de Mirontsy. « D’emblée, ça paraît utopique. Comme de prêcher dans un désert. Mais pour avoir saisi de prèsce que signifiait ce gungu la mcezo je sens qu’il est possible de voir le théâtre se mettre au service du citoyen » ajoute le Dr Ansoufoudine Mohamed.

La représentation de La fanfare des fous, première création à tourner de la compagnie O Mcezo*, créée en novembre dernier, a elle aussi suscité son lots d’interrogations au stade de Mirontsy. « Plus de cinq cents personnes ! Plus que ce que nous avions l’habitude de voir à l’Alliance française de Moroni, où nous répétitions jusqu’alors » s’émerveille Faridi Ben Ali. Un public assis et debout à la fois, intrigué par une forme de spectacle total inhabituelle. « C’est la première fois que nous avons assisté à un théâtre qui correspond de cette manière-là à la réalité dans laquelle nous vivons. J’ai trouvé la démarche intéressante, et je trouve que ça s’est bien passé » explique Massound Maaf, secrétaire général de Bibliothèque de Mirontsy.

En fait, le séjour de la compagnie O Mcezo* à Mirontsy a été globalement bien accueilli par les habitants. Pour le Dr Ansoufoudine, le projet avait un intérêt multiple. « Par l’esprit même du projet, qui fait en sorte qu’il y ait un contact direct avec les gens, nous espérons pouvoir développer des relations entre les comédiens, issus des différentes régions de l’archipel, et les jeunes de Mirontsy. Le projet est original, en ceci que pour une première fois on allait parler de théâtre contemporain à des jeunes de la localité. Donc il y avait là une curiosité à satisfaire. Le projet permettait aussi de relancer le programme d’activités de la bibliothèque de Mirontsy. Il y a aussi un intérêt purement matériel, dans la mesure où le projet devait permettre de générer quelques moyens pour la bibliothèque ». L’argent récolté lors de la représentation de La fanfare des fous allait au service de la communauté, la compagnie n’était là qu’à titre gracieux. « Il faut dire que la communauté nous le rend bien, puisqu’elle nous accueille en familles, nous héberge et nous fait redécouvrir l’hospitalité comorienne dans son principe originel. Ce que nous donnons n’est rien à côté de ce que nous recevons. Nous réapprenons à vivre avec les autres dans ce pays grâce au théâtre. On retisse des lianes d’espérance » précise Soeuf Elbadawi, directeur artistique de la compagnie.

Pour Massound Maaf, « il est surtout question de servir l’intérêt général dans ce projet. Ce genre d’expérience permet aussi d’avoir une idée sur ce qu’on pourrait faire, et qu’on ne fait pas encore. Nous avons souhaitons garder des liens forts à présent avec la compagnie, entretenir la relation, avoir d’autres expériences du même genre. ». L’expérience d’O Mcezo* repose sur une volonté de rassembler de jeunes comoriens au nom de valeurs citoyennes. Les comédiens de la compagnie ont pour ainsi dire vécu leur première traversée du pays à la rencontre d’autres jeunes, en dehors du circuit d’échanges traditionnel. Pour le Dr Ansoufoudine, « l’occasion nous a permis de surmonter nos peurs, nos appréhensions, nos arrière-pensées surtout face au défaitisme ambiant. Puis on sent qu’il est aujourd’hui possible de faire renaître l’espoir. L’espoir de partager, de rassembler autour de valeurs communes, d’envisager l’avenir sur des valeurs autres que politiciennes dans ce pays ». Pour Massound Maaf, « l’idée est bonne parce que la jeunesse d’aujourd’hui engage l’avenir de ce pays. Il est bien qu’elle soit ensemble. Nous souhaitons avoir des relations plus approfondies entre les jeunes de ce pays et ceux de Mirontsy ».

Cette tournée O Mcezo* a également servi de prétexte pour questionner le devenir de l’action culturelle à Mirontsy. « Par les temps qui courent, la question de la culture se dilue un peu dans une forme de consumérisme facile. On peut citer les dj’s par exemple. L’expérience réalisée avec O Mcezo* permet de croire que l’action culturelle à Mirontsy peut être autre, peut s’exprimer différemment, dans des perspectives moins spontanéistes, plus organisées » avance le Dr Ansoufoudine Mohamed. D’autant que « la culture, selon Massound Maaf, permet de tisser du lien social. Nous voulons qu’elle serve l’intérêt général ».

Vendredi 21 août 09



prochaines dates après les étapes de Ntsudjini, de Fumbuni

et Iconi à Ngazidja, Ouani à Ndzuani



du 21 août au 22 août 09 Mutsamudu

La tournée dans l’archipel des Comores s’interrompera à partir du 22 août 09 pour cause de ramadan et reprendra après le 23 septembre 09.
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