Murmures

Le théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage au pouvoir
octobre 2009 | Appels à contributions / candidatures | Théâtre | France

Français

L’Institut de Recherches en Etudes Théâtrales de Paris III-Sorbonne Nouvelle

en collaboration avec la Fondation DAPPER
présente

Le théâtre de Kossi Efoui :
une poétique du marronnage au pouvoir


un colloque international
organisé par le laboratoire SeFeA

12 et 13 février 2010

en partenariat
avec Paris IV, ANETH et AFRICULTURES

Responsabilité scientifique
: Sylvie Chalaye
Coordination scientifique : Sylvie Ngilla, Laurence Barbolosi, Fanny Le Guen et Virginie Soubrier
Comité d’organisation : Lima Fabien, Agathe Bel, Vanessa Boulaire, Axel Arthéron, Sylvie Ngilla,
Laurence Barbolosi, Fanny Le Guen et Virginie Soubrier
Comité scientifique : Romuald Fonkoua (Univ. De Stasbourg), Jean-Pierre Sarrazac (Paris III), Jean-Pierre Ryngaert (Paris III), Christine Hamon (Paris III), Denis Guénoun (Paris IV), Maria Brewer (Minneapolis), Judith Miller (NYU), Catherine Naugrette (Paris III), Amos Fergombé (Univ. D’Artois), Dominique Traoré (Univ. de Cocody / Abidjan), Xavier Garnier (Univ. de Villetaneuse)

Les années 1990 marquent un tournant dans les écritures d’Afrique noire francophone. Depuis Le Carrefour de Kossi Efoui, pièce inaugurale de cette décennie, la création théâtrale s’inscrit dans une « rupture inventive (1) ». Les auteurs de cette génération, « Enfants terribles des indépendances », ont su se défaire des clichés exotiques et des schémas néo-coloniaux pour élaborer une dramaturgie du contre-pouvoir, de la satire politique et sociale et aborder le théâtre comme un marronnage. C’est le passage du « syndrome Frankenstein » à la naissance d’une génération « alien » qui s’est constituée sa propre dramaturgie, un théâtre de « monstres dramaturgiques qui secouent la société contemporaine » (2).
Cet anniversaire sera l’occasion de réfléchir et d’échanger sur une poétique qui fait du « marronnage  » un processus dramaturgique inédit. Kossi Efoui le définit comme le fait d’ « avancer masqué » et, dans les situations extrêmes, de parvenir à « dégager un espace de liberté incroyable dans un mouchoir de poche ». Et les masques sont multiples (3). Le marronnage est donc cette capacité à jouer des masques pour créer un espace d’expression et de liberté. L’objectif de ce colloque est d’analyser, à partir de la notion de marronnage prise comme concept philosophique, esthétique et politique, l’œuvre dramatique de Kossi Efoui. Il s’organisera autour de 4 axes :

1 – La dimension bio-politique dans le théâtre de K. Efoui ou Rupture (esthétique, politique, …) et subversion
En 1990, Kossi Efoui a 28 ans, il fait partie des jeunes intellectuels togolais qui veulent briser la loi du silence et de la censure. Aux côtés de Kangni Alem et d’autres, Kossi Efoui descend dans la rue pour réclamer la démocratisation du système politique. Aujourd’hui, 20 ans après les émeutes de Lomé, son engagement contre les intégrismes politiques et idéologiques demeure le principal moteur de son œuvre.
La pièce, Le Carrefour, paru en 1990, représente à la fois la naissance d’une esthétique qui rompt les amarres avec les propositions de théâtre précédentes, et les débuts d’une poétique du marronnage. Littéralement au CARREFOUR de deux moments de l’histoire théâtrale africaine, l’œuvre d’Efoui assume l’engagement politique. Il s’agira, dans cette perspective, d’analyser la dimension du politique dans son œuvre, mais de revenir aussi sur ces 20 ans de théâtre.

2 – La dramaturgie du lieu et de l’espace : palimpseste et mémoire ou L’exil et l’errance identitaire
Le théâtre de K. Efoui est une réinvention constante. Les lieux à la fois repliés sur eux-mêmes et ouverts à tous les possibles constituent une mise en abîme théâtrale que les processus de réécriture viennent accentuer. Recherche de la vérité, reconstitution d’une mémoire en bribes, le théâtre de K. Efoui joue de la déchirure et du palimpseste pour ouvrir d’autres horizons, d’autres possibles.
Son œuvre est la MALAVENTURE d’un chemin d’exil et d’errance identitaire. La question du lieu, de l’espace tant géographique que théâtral, et la relation au voyage à l’exil, à l’histoire et au temps doivent permettre de réfléchir aux notions d’errance et de dérive dramatiques dans ce théâtre.

3 – La problématique de l’affranchi : voyage et interzone ou L’entre-deux et l’abîme
Dans ce théâtre de l’échappée, K. Efoui crée des situations d’exil, d’expulsion où les personnages découvrent l’abîme qui les sépare les uns des autres. En marche vers un avenir meilleur ou de retour de leur voyage, les personnages se retrouvent au carrefour de leurs peurs, à la lisière de leurs souvenirs. À la recherche de leurs proches, victimes de rendez-vous manqués, d’une quête identitaire faite de va-et-vient entêtants, ne leur resteraient-ils que le rêve ou la folie pour s’affranchir de cette brutale réalité ?
La problématique du marronnage est ici à explorer à travers les notions d’entre-deux et de voyage. C’est l’image de l’interzone, L’ENTRE-DEUX RÊVES, où la mémoire trouée traverse l’abîme jusqu’à l’impossible retour, où l’amnésie se fait coma. Il y est aussi question de la conscience diasporique, de la mémoire éparpillée.

4 – Dramaturgie du marronnage : un théâtre du volatile ? ou Envol créateur et métaphysique
L’écriture VOLATILE de K. Efoui porte une réflexion métaphysique qui entrelace la musique, le corps et le texte dans une danse avec la mort.
Théâtre de l’instabilité, de la perte de repères, d’une identité tourbillonnante, il y a toujours moyen pour les personnages de dépasser l’enfermement psychologique ou l’emprisonnement physique. Les effets d’entre-deux vertigineux sont dépassés par la qualité volatile de l’écriture, l’envol créateur, et par le blues, la musicalité. Les dimensions spirituelles et philosophiques des situations dramaturgiques permettent de s’envoler au-dessus du trou, du vide, du néant, pour s’affranchir de la réalité.
Il s’agira de s’interroger sur les situations et les techniques dramatiques où la suspension et le volatile sont en jeu afin d’examiner le rapport à la mort : le théâtre de K. Efoui sert-il de cérémonie funéraire ? S’agit-il d’un théâtre-monumentum ?


Merci d’adresser vos propositions de communication (titre + résumé de 25 lignes environ), en précisant dans quel axe vous vous inscrivez,
avant le 15 décembre 2009.


1. Sylvie Chalaye, Afrique noire : écritures contemporaines, Theâtre/Public 158, Paris, mars-avril 2001, p.7.
2. Sylvie Chalaye, Le Syndrome Frankenstein, Théâtrales, Paris, 2004, p.86.
3. Ibid., p.35.
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