Murmures

Le décès de Paul Pelissier
avril 2010 | Décès de personnalités culturelles | Histoire/société | Sénégal

Français

Nous apprenons le décès de Paul Pélissier, survenu le 7 avril 2010.

Sa thèse de géographie sur les paysans et les civilisations agraires du
Sénégal a été une pièce fondatrice pour l’étude et la connaissance des sociétés africaines. Il a dirigé, avec son ami Gilles Sautter, la
réalisation de l’Atlas des structures agraires et a permis ainsi la
publication de nombreux travaux de chercheurs plus jeunes qui lui
exprimeront toute leur reconnaissance et leur dette. Il a manifesté
jusqu’à la fin de sa vie son attachement entier à l’Afrique et sa fidélité
à tous les amis qu’il y a connus.

Charles Becker
Editeur H-West-Africa

On trouvera ci-dessous l’hommage du président du CNFG (Comité national français de géographie)

Artisan d’une Géographie humaine dans la lignée de Pierre Gourou, Paul Pélissier fut un maître exceptionnel auquel des générations d’universitaires, de chercheurs et d’étudiants doivent leur engouement et leur passion pour la Géographie et l’Afrique tropicale.

Jeune agrégé affecté au Sénégal en 1950, appelé par Théodore Monod à diriger l’IFAN-Dakar en 1951, Paul Pélissier joua un rôle essentiel, avec Assane Seck, dans la création et l’essor de l’université de Dakar tout en poursuivant ses propres travaux dans les campagnes sénégalaises. De retour en France en 1961, nommé maître de conférences à l’université de Rouen, puis professeur à la toute nouvelle Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nanterre, il créa en 1972, peu après la transformation en université, le Centre d’Etudes sur l’Afrique noire (CEGAN). Défenseur intransigeant de l’osmose entre enseignement et recherche, luttant contre une artificielle et nuisible séparation, Paul Pélissier fut à l’origine du DEA ‘Environnement et Développement’ au début des années 1980 et l’une des chevilles ouvrières, avec Jean-Pierre Raison, du DEA Géographie et pratique du développement dans le Tiers monde, formation créée en 1985 et commune à Paris X, Paris 1 et l’EHESS. Initiateur, avec Gilles Sautter, de l’Atlas des structures agraires en Afrique noire, il dirigea de 1971 à 1982 le comité technique de Géographie de l’ORSTOM (devenu IRD) sans délaisser ses obligations universitaires, en France comme en Afrique.

Du legs d’un homme libre, ayant su rester à l’écart des dogmes, des modes et des théorisations en vogue dont il déplorait l’emprise sur les sciences sociales, aux antipodes des penseurs de salon et des donneurs de leçons, on retiendra son chef-d’œuvre, Les paysans du Sénégal. Les civilisations agraires du Cayor à la Casamance (1966), ainsi que l’anthologie Campagnes africaines en devenir (1995). Ardent avocat d’une humanité noire vivante et inventive dans les campagnes comme dans les villes, à contre-courant des antiennes stigmatisant les « retards » ou les « inerties » de l’Afrique, attentif aux singularités et aux dynamiques propres aux lieux et aux hommes dans leurs diversités, Paul Pélissier liait recherche et action, chevillant sans cesse Géographie et aménagement.

Opposée à tout enfermement identitaire, valorisant l’altérité, la pluralité culturelle, le poids des encadrements humains et du politique, sa pensée humaniste rayonne bien au-delà de sa discipline et de l’Afrique. Alliant rigueur scientifique, élégance de parole et d’écriture, Paul Pélissier était un être rare, dont la noblesse tenait à l’humble manière d’être aux autres et au monde. Pédagogue et chercheur hors pair, il restera une référence intellectuelle et morale, un arbre indéracinable ancré dans les mémoires.

Alain Dubresson, Président du CNFG

Lire également l’hommage de ses élèves et collègues des Universités de Dakar et de Nanterre:
http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1895
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