Murmures

La comédie musicale Fela!, Un immense succès à Broadway
août 2010 | Bilans d’événements culturels | Musique | États-Unis
Source : Le Monde du 14.08.10

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La comédie musicale Fela ! continue de faire un malheur à l’Eugene O’Neil Theater sur Broadway, où elle a commencé le 23 novembre 2009, après avoir fait ses premiers pas « off Broadway » en 2008. C’est Bill T. Jones qui a signé la mise en scène de ce show autour de la vie du musicien nigérian, inventeur de l’afro-beat, Fela Anikulapo Kuti (né Ransome-Kuti en 1938, mort en 1997, à 58 ans, du sida). Entièrement dansé, joué et chanté par des artistes noirs, ce succès public et critique fait figure de phénomène.

Jones bascule dans l’entertainment, le divertissement. Qui l’eût cru ? Que ce chorégraphe contemporain pointu, artiste noir engagé, en particulier pour la cause homosexuelle, devienne en moins d’un an l’une des vedettes populaires de Broadway, laisse joyeusement perplexe.


Le décor, entre tôle ondulée, peintures murales naïves, masques africains et loupiottes multicolores, déborde le plateau et envahit le balcon. L’atmosphère de boîte de nuit (celle du Shrine, le club, lieu de travail et de vie où officiaient Fela Anikulapo Kuti, ses musiciens et ses chanteuses-danseuses-épouses à Lagos) est propice à la mise en scène volubile et fluide de Jones, qui brasse à gros bouillons théâtre et danse sur les morceaux les plus connus de Fela.
Les danseuses, entre tradition africaine et hip-hop, la jouent élégance tribale d’aujourd’hui ; les hommes arborent plus sobrement pantalons moulants, vestons et chapeaux. L’orchestre de dix musiciens, tous impeccables, souffle sur la tornade spectaculaire à la mesure jouissive de l’afro-beat, cette excessive combinaison de rythmes et mélodies traditionnels africains, de jazz strident et de funk bien martelé à la James Brown.

Fela (interprété par Kevin Mambo en alternance avec Shar Ngaujah), personnage central du scénario écrit par Jim Lewis, fait tourner son manège de danseuses et de musiciens, sans pour autant les transformer en figurants ni faire basculer le spectacle du côté du one-man-show. Il s’accroche à son saxophone en vedette, monopolise la parole en leader, joue les trouble-fête politique en brandissant son titre de Black President, mais toujours happé dans le tournoiement continu des corps en mouvement. Il apparaît comme une figure charismatique et séduisante, entre musique et politique, sexe et mythologie yoruba.

La figure de sa mère, Funmilayo Ransome Kuti, championne des droits civils et dirigeante de l’Union des femmes nigérianes, qui fut défenestrée en 1977 par des soldats lors d’une opération-commando chez Fela, plane sur celui qui dénonça dès le début des années 1960 la corruption du régime au Nigeria.
Sans suivre point par point toutes les étapes de la carrière chahutée de Fela, l’essentiel de sa vie passe la rampe. Que le destin de Fela Anikulapo Kuti, activiste politique, porte-drapeau de l’identité noire, devienne le sujet d’une comédie musicale à succès aux Etats-Unis, est un coup de maître dont Bill T. Jones se dit fier

Extraits de l’article de Rosita Boisseau par dans le Monde du 14.08.10
Pour lire la suite : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/08/13/fela-rebelle-et-musicien-heros-de-broadway_1398668_3246.html
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